Archives

Dr Houcine Maaouni : Président de la Société Royale Marocaine de Gynécologie-Obstétrique

Doctinews N°42 Mars 2012

Président de la Société Royale Marocaine de Gynécologie-Obstétrique et Médecin Chef de la Maternité Souissi, à Rabat, le Dr Houcine Maaouni attache une grande importance à la collaboration et au partage d’expérience entre sociétés savantes issues d’autres pays. Il milite pour que les filles et les femmes marocaines puissent accéder aux mêmes traitements que toutes les autres femmes, et insiste sur la nécessité de mener des campagnes de sensibilisation et d’information dans le cadre de la prévention et du dépistage précoce de certaines pathologies.

Houcine-Maaouni Houcine Maaouni



‘‘ La santé n’est pas seulement une affaire de médecins et de ministère, tout le monde doit être impliqué. ’’

Doctinews. Quelles sont les principales missions de la Société Royale Marocaine de Gynécologie-Obstétrique (SRMGO) ?
Dr Houcine Maaouni.
La création de la Société Royale Marocaine de Gynécologie Obstétrique date d’avant 1968. Au fil des années, elle est devenue l’une des plus grandes sociétés savantes dans son domaine et a étendu le champ de ses actions à l’ensemble de la gynécologie, à savoir la prévention, la participation à la mise en place de programmes de santé publique, les pathologies gynécologiques, obstétricales… Aujourd’hui, ses recommandations sont prises en considération par les pouvoirs publics dans le cadre de l’amélioration de la santé de la femme et de l’enfant. Par exemple, lors de la mise en place de la stratégie 2008/2012 « pour une maternité sans risque », nous avons recommandé l’introduction des prostaglandines pour lutter contre l’hémorragie de délivrance. Depuis, la mortalité par hémorragie a été réduite de près de 50 %. Nous recommandons aujourd’hui l’introduction de la vaccination contre le cancer du col de l’utérus, vaccin qui devrait bientôt être introduit dans le calendrier vaccinal (programme national d’immunisation).
Nous avons également été sollicités pour participer à la mise en place de protocoles thérapeutiques liés aux cancers (sein, col de l’utérus et bientôt ovaires) dans le cadre de l’assurance maladie obligatoire (AMO), un élément important et nouveau au Maroc car, jusque-là, les médecins n’y étaient pas associés.

La SRMGO organise chaque année un congrès national. Comment choisissez-vous les thèmes abordés ?
La société organise chaque année un congrès autour de thèmes qui intéressent l’ensemble de la profession. Elle permet ainsi aux praticiens qui n’ont pas l’opportunité de se déplacer à l’étranger d’accéder à une formation médicale continue et efficiente dispensée par des sommités issues du monde entier (Europe, Canada, Etats-Unis, Maghreb). Nous travaillons également en collaboration très étroite avec le Collège national de gynécologues obstétriciens français (CNGOF) et nous partageons nos expériences respectives au niveau des trois pays maghrébins dans le cadre de la Fédération maghrébine de gynécologie obstétrique (FEMGO) créée en 1997.
Il est d’ailleurs de coutume d’organiser, à titre rotatoire, un congrès maghrébin annuel autour de thèmes de santé publique qui intéressent les trois pays afin d’édicter des recommandations et de les soumettre aux pouvoirs publics. La SRMGO, que j’ai l’honneur de présider, fait par ailleurs partie de la FIGO (the International Federation of Gynecology and Obstetrics) qui encadre l’ensemble des sociétés de gynécologie. Nous organisons régulièrement des ateliers de travail, en partenariat avec la FIGO et la FEMGO.

La SMRGO est donc très présente sur le terrain de la formation médicale continue. Que pensez-vous de l’implication de l’Etat dans ce domaine ?
Nous sommes une société savante et, à ce titre, il est de notre devoir de participer à la formation médicale continue des gynécologues obstétriciens. Je tiens d’ailleurs à remercier les laboratoires pharmaceutiques qui nous soutiennent dans notre action car nous ne recevons aucune aide financière. Il est temps, à ce propos, que les pouvoirs publics légifèrent et instituent une formation médicale pour l’ensemble des médecins, quelle que soit la spécialité. La Société marocaine des sciences médicales (SMSM), qui oeuvre dans ce sens, a développé un programme riche. La demande est importante. Chaque année, par exemple, nous accueillons environ 600 gynécologues lors de notre congrès. C’est dire l’intérêt accordé et le besoin de formation manifesté par les praticiens. La participation aux symposiums, ateliers de formation... déployés tout au long de l’année est tout aussi significative.

Quel est l’état actuel du secteur de la gynécologie au Maroc ?
Le Maroc connaît un déficit en ressources humaines. Les praticiens du secteur privé exercent essentiellement dans les grandes villes comme Casablanca, Rabat, Fès, Meknès, Marrakech. Dans le secteur public, il existe un système de zoning qui oblige à une répartition plus large, mais elle est encore insuffisante. La régionalisation est un élément important de la politique de santé. La création d’hôpitaux régionaux pourrait aider à résoudre le problème de l’accueil des patientes car les cinq centres hospitaliers du Royaume ne peuvent pas répondre aux besoins d’un pays aussi vaste que le Maroc. Il faudrait, par exemple, créer des centres régionaux de néo-natalité avec des anesthésistes réanimateurs pour prendre en charge les nouveau-nés le plus rapidement possible et dans les meilleures conditions. Il faut également poursuivre le déploiement du SAMU obstétrical, un SAMU doté d’ambulances équipées, car la gynécologie, qui regroupe un ensemble de spécialités, englobe la réanimation, la prise en charge des nouveau-nés… La maternité Souissi, où j’exerce, réalise près de 16 000 accouchements par an, dont quelque 3 500 césariennes. Nous recevons parfois des patientes dans des états critiques. que nous ne connaissons pas et qui nous sont référées au dernier moment. Le travail est colossal. Nous espérons qu’avec l’avènement de nouveaux hôpitaux dans la région les problèmes seront résolus. Je pars du principe qu’il faut servir bien et partout, et la régionalisation est un élément clé pour y parvenir. Il faut également que tout le monde s’implique davantage. Chacun doit être responsable.

Quand vous dîtes tout le monde, de qui s’agit-il plus précisément ?
La santé n’est pas seulement une affaire de médecins et de ministère, tout le monde doit être impliqué. J’avais milité pour qu’il y ait une charte entre le ministère de tutelle et toutes les collectivités locales, les municipalités et les autres départements ministériels ainsi que les ONG. La réduction de la mortalité maternelle implique la sensibilisation. Elle nécessite aussi la réduction de la pauvreté. Victor Hugo disait « Le vrai secours aux misérables est l’abolition de la misère. » La généralisation du Ramed pourrait être une solution, notamment pour la population rurale. Cependant, il faut informer cette population, les médecins, les dirigeants des hôpitaux. Il s’agit d’un régime important qui a mis du temps à émerger, mais je constate que nombre de personnes ne sont pas informées. Qui est concerné, quelle est la procédure à suivre, comment en bénéficier, à quoi cela ouvre-t-il droit, à qui s’adresser… il faut élaborer des supports d’information et de vulgarisation au niveau de la population. Par ailleurs, en plus, il faut des routes, de l’eau potable, de l’électricité… Il faut éduquer, impliquer le ministère de l’Education nationale, les parlementaires, le ministère de l’Intérieur… Les difficultés existent, mais au Maroc, des chantiers sont ouverts depuis une dizaine d’années et la lueur commence à jaillir de tous les côtés. Nous devons poursuivre dans ce sens et inculquer, à chacun, le sens de la responsabilité. Nous avons des droits, mais aussi des devoirs.

À votre avis, comment résoudre le problème des consultations tardives et encourager le dépistage ?
La réalité est là et pas seulement dans le domaine de la gynécologie. Nous accueillons des patientes qui présentent des pathologies gynécologiques méconnues et à un stade avancé (masses pelviennes, pathologies sénologiques). Au niveau de la maternité Souissi, par exemple, l’association Lalla Salma de lutte contre le cancer et le ministère de tutelle ainsi que la direction du Centre hospitalier Ibn Sina et la direction de la maternité ont été les initiateurs, en 2006, de la création d’un centre de dépistage du cancer du sein et du col de l’utérus. Des boxes de consultations existent au niveau de ce centre avec deux unités : l’unité dédiée au dépistage et au diagnostic précoce du cancer du sein, et l’autre dédiée au dépistage du cancer du col (le choix s’est porté sur la méthode IVA, méthode de dépistage peu coûteuse et qui donne d’excellents résultats). Pour les cas suspects, leur prise en charge par les colposcopistes a lieu sur place. Ce centre a été dupliqué dans plusieurs villes du Royaume (il en existe cinq pour l’instant). Par ailleurs, nous espérons que le vaccin anti HPV 16 et 18 soit introduit dans le programme national d’immunisation afin que toutes les filles et les femmes marocaines en profitent. Cependant, il faudrait sensibiliser les médecins généralistes, les pédiatres, les gynécologues, les filles et les parents sur cette infection sexuellement transmissible car la sensibilisation est fondamentale.

La prise en charge de la ménopause se heurte-t-elle aux mêmes contraintes ?
Il existe un traitement hormonal, à base d’oestrogènes très proches des hormones naturelles, qui agit sur les bouffées de chaleur, les troubles de l’irritabilité, le prurit vulvaire, les maladies thrombo-emboliques… L’étude WHI (Woman Health Institute), menée depuis dix ans maintenant, a montré l’efficacité de ce traitement qu’il est préférable d’administrer au début de la ménopause. Là encore, il est question de sensibilisation et d’information.

Vous êtes également impliqué dans la prise en charge de l’infertilité. Que préconisez-vous pour l’améliorer ?
Effectivement, nous sommes impliqués dans la prise en charge de l’infertilité, une problématique de taille qui affecte les couples aussi bien sur le plan psychologique que matériel. Ils sont désemparés. Le Maroc ne dispose pas de centre public de procréation médicale assistée. Un premier centre sera bientôt opérationnel à Rabat. C’est un début, mais l’essentiel est de servir bien et partout, comme je le disais plus haut. En Tunisie, il existe de nombreux centres publics qui répondent à l’objectif d’assister ces couples dans leur projet de maternité en réduisant les coûts. Nous devons réguler et organiser la pratique de la procréation médicale assistée au Maroc. Par ailleurs, il faut sensibiliser les pouvoirs publics, l’ANAM (Agence nationale d’assurance maladie) et les organismes de prévoyance sociale pour la prise en charge de cette pathologie.

Vous intervenez sur plusieurs fronts à la fois. Avez-vous une priorité ?
Tout est prioritaire, mais la lutte contre la mortalité maternelle et infantile doit rester un chantier prioritaire. Donner la vie est un événement heureux qui doit le rester. Au risque de me répéter, il faut informer et sensibiliser les femmes, aussi bien dans le domaine de la maternité que dans d’autres domaines car, aujourd’hui, de nombreuses pathologies sont précocement dépistables à l’aide d’un simple examen. Plus elles sont détectées tôt et meilleures sont les chances de guérison. En matière de contraception, le Maroc a obtenu d’excellents résultats parce qu’il s’est donné les moyens d’y parvenir grâce à une volonté politique.

Alors justement, puisque vous parlez de politique, avez-vous une demande particulière à formuler au nouveau ministre de la Santé ?
Je le félicite pour sa nomination. C’est un grand Monsieur, un grand technicien, un enseignant de qualité, qui a mené de grands chantiers, notamment en qualité de président de la Société marocaine d’urgentologie, une âme généreuse, qui réussit toutes les actions qu’il entreprend. Nous attendons beaucoup de notre ministre de tutelle. Poursuivre le chantier de la maternité sans risque, introduire le vaccin anti-HPV, prendre en charge la problématique de l’infertilité, généraliser le RAMED, poursuivre ses actions au niveau des urgences, des services qui doivent être le miroir de l’hôpital. En cinq ans, il est possible d’obtenir des résultats à condition que tout le monde s’implique, ministère de l’Intérieur, communes rurales, municipalités, parlementaires, acteurs du secteur… L’expérience menée dans le cadre de l’INDH est significative à cet égard. La santé est un tout et elle est la réussite d’un pays. Je tiens, à ce propos, à féliciter l’ensemble des médecins pour les efforts consentis pour la santé malgré toutes les critiques qui leurs sont adressées. Les hôpitaux communiquent mal et les patients, les citoyens, ne perçoivent que les aspects négatifs. Or, la situation a évolué, elle continue d’évoluer grâce au travail et aux efforts quotidiens de toutes les équipes.

Auriez-vous un conseil à adresser aux futurs médecins gynécologues ?
Je ne me permettrai pas de donner des conseils. Aujourd’hui, la gynécologie évolue vers des pôles d’excellence. Donc, l’avenir est à la spécialisation en chirurgie, en coeliochirurgie, en obstétrique, en sénologie…

---------------------------------------------

La maternité Souissi
Un exemple à suivre

Avec peu de moyens, beaucoup de sérieux et d’abnégation, la maternité Souissi est devenue en quelques années un établissement de référence. De nombreux efforts ont été consentis par l’ensemble du personnel permettant aujourd’hui à l’établissement de prodiguer des soins de qualité et d’offrir un accueil probant et humanisé, et ce malgré l’insuffisance en personnel paramédical et une activité croissante. En 2011, la maternité a enregistré 21 168 admissions. Le nombre d’accouchements a été porté à 16 155 et les urgences obstétricales et gynécologiques ont accueilli 27 685 patientes. Elle dispose également d’un centre de dépistage des cancers gynécologiques (sein et col de l’utérus) et d’un matériel et équipement performants, en plus d’un service de réanimation anesthésie de référence pour la prise en charge de pathologies lourdes, qui fait un travail exceptionnel, et d’un service de cardiologie pour la prise en charge des patients et patientes indigentes performant. Ces réalisations ont par ailleurs été rendues possibles grâce à la mobilisation de l’administration pour initier et accompagner les réformes. La maternité Souissi ne compte pas s’arrêter là puisque de nombreux projets sont en cours comme, par exemple, le développement du diagnostic prénatal et de la médecine fœtale, d’une unité de référence en technologie contraceptive, l’organisation de la prise en charge en réseau d’une parturiente à risque, la création d’une unité kangourou, la construction d’un nouvelle salle de naissance….

Copyright © 2018 Doctinews.

All rights reserved.