Méthode PECS dans la prise en charge de l’autisme

De l'échange à la relation sociale

Conçue et développée initialement aux Etats-Unis, en 1985, par Andy Bondy, docteur en psychologie, et son épouse Lori Frost, orthophoniste, pour aider les enfants autistes à communiquer, la méthode PECS (Picture Exchange Communication System) permet à des personnes qui présentent des difficultés d'accès à la parole de communiquer de manière fonctionnelle et autonome et d'accéder à la relation sociale.

Sanaa Fassi Fihri

Orthophoniste enseignante, certifiée PECS

Doctinews N° 51 Janvier 2013

 

La méthode PECS (Picture Exchange Communication System) est un système de communication par l'échange d'images qui peut être utilisé aussi bien avec des enfants que des adultes qui présentent une difficulté à communiquer à l'aide du langage, et tout particulièrement les enfants autistes. « Nous savons que l'empreinte visuelle est plus forte que l'empreinte auditive », explique Sanaa Fassi Fihri, orthophoniste enseignante et responsable de la filière Orthophonie de l'Université Internationale de Casablanca (UIC). « Avec la méthode PECS, nous utilisons un support visuel pour soutenir la compréhension et favoriser la représentation de l'image mentale, avec comme objectif de permettre à l'enfant d'initier l'échange pour exprimer une demande. Ce n'est pas parce qu'un enfant autiste ne communique pas qu'il n'en a pas besoin ni envie. La difficulté, pour lui, consiste à transmettre des messages, d'exprimer son besoin ou son envie, ce pour quoi le PECS a été conçu. »

 

Une méthode en six étapes

La méthode PECS se décline en six étapes qui visent chacune l'atteinte d'objectifs spécifiques.
La première étape doit permettre à l'enfant d'accéder à la relation d'échange. Il s'agit, pour le thérapeute, d'amener l'enfant à tendre une image. « Cette démarche peut prendre quelques secondes, quelques jours ou plusieurs mois, tout dépend de la nature du trouble de l'enfant », explique Sanaa Fassi Fihri. Le thérapeute travaille toujours avec un(e) assistant(e) qui accompagne l'enfant dans ses gestes, si nécessaire. L'assistant(e) peut, par exemple, aider ce dernier à tendre son bras vers l'image pour la saisir, guider son bras vers le thérapeute… jusqu'à ce que l'enfant acquiert seul ce geste. L'assistant(e) ne parle pas et est placé(e) derrière l'enfant (contrairement au thérapeute qui se trouve toujours face à l'enfant pour établir un contact visuel) et qui verbalise sa demande.
Lorsque la relation d'échange est instaurée, c'est-à-dire lorsque l'enfant est en mesure, seul, de tendre l'image, le thérapeute introduit une notion de distance, dans le cadre de la deuxième étape. À l'aide d'un velcro, il accroche l'image sur un classeur, outil qui sera le matériel de travail de base, et le pose à proximité de l'enfant. Le patient doit aller vers le classeur, saisir l'image et la remettre au thérapeute. « La relation devient triangulaire (enfant, thérapeute et classeur) et, peu à peu, le thérapeute élargit la distance entre le classeur et l'enfant pour qu'il puisse acquérir de l'autonomie, évoluer dans l'espace », poursuit la spécialiste. Lorsque l'enfant est capable de se diriger seul vers le classeur pour saisir l'image et la montrer au thérapeute, il peut accéder à la troisième étape, celle de la distinction. Plusieurs images sont alors proposées à l'enfant qui porte son choix sur 4 à 5 d'entre elles. Ces images forment les objets désirés (choisies antérieurement) et sont placées à l'intérieur du classeur. L'enfant doit formuler une demande en retirant du classeur l'image qui représente ce qu'il désire à ce moment-là. « S'il veut jouer au ballon, il montre le ballon. S'il veut écouter de la musique, il montre le CD… Il est important, à ce stade, de toujours accéder à sa demande pour qu'il associe son geste à la reconnaissance de sa demande et d'encourager la parole. Le thérapeute nomme et parle au nom de l'enfant en utilisant le « je » pour l'aider à s'identifier. »

 

« Je veux », une étape cruciale

Lorsque l'enfant a acquis cette notion de distinction, il peut passer au stade de la construction de phrases simples, quatrième étape. Le classeur est étoffé d'images, dont celles qui symbolisent le « je veux ». Dans un premier temps, le thérapeute place l'image du « je veux » sur le classeur et l'enfant doit y associer celle de l'objet désiré parmi toutes les autres images placées à l'intérieur du classeur. Puis, le symbole du « je veux » est glissé à l'intérieur du classeur. « Il ne faut pas donner à l'enfant ce qu'il demande tant que la demande n'est pas correctement formulée », insiste Sanaa Fassi Fihri. « En revanche, une demande correctement formulée doit toujours trouver un écho positif. »
Au cours de la cinquième étape, l'enfant est amené à exprimer des sentiments, des émotions telles que la colère, la joie… à faire parler ses sens (« je regarde », « j'entends »…). La parole, vivement encouragée, conduira à la dernière étape, celle du développement du langage spontané. « Tous les enfants ne parviennent pas à accéder au langage, il existe différentes formes d'autisme et certaines sont associées à d'autres troubles, mais le travail mène toujours à une satisfaction car il leur permet d'échanger, de communiquer, d'exprimer des besoins et envies, et d'acquérir une certaine autonomie. Il améliore de façon certaine la qualité de vie », souligne Sanaa Fassi Fihri qui conclut : « Il ne faut jamais baisser les bras ».

 


 

Interview de Sanaa Fassi Fihri,

Orthophoniste enseignante, certifiée PECS

Qui peut utiliser la méthode PECS ?

Cette méthode peut être utilisée par toutes les personnes qui interviennent dans le champ de la petite enfance et des enfants en difficulté, et par tous ceux qui côtoient l'enfant quotidiennement (parents, fratrie, éducateurs…). Elle ne doit pas être limitée au cadre de la prise en charge. Il s'agit d'un travail d'équipe qui vise à permettre à l'enfant d'évoluer au quotidien.

 

À quel âge est-il conseillé de mettre en place la méthode ?

Le secret de la réussite est basé sur la prise en charge précoce. Dès que le diagnostic est posé, il faut instaurer une prise en charge qui peut associer plusieurs méthodes. L'utilisation du PECS s'intègre dans les stratégies éducatives comportementales. Elle peut être mise en place parallèlement à la méthode TEACCH (Treatment and Education of Autistic and related Communication Handicapped Children) par exemple, qui privilégie l'approche éducative, pédagogique ou à la méthode ABA (Applied Behaviour Analysis), basée sur l'approche comportementale.
Quand une méthode ne fonctionne pas avec un enfant, il ne faut pas hésiter à en appliquer une autre. Mais l'expérience que j'ai acquise me permet d'affirmer que l'on obtient de très bons résultats avec la méthode PECS à condition de respecter le potentiel et le rythme de l'enfant. On peut même dire aujourd'hui que 75 % des petits de moins de 7 ans qui ont utilisé la méthode PECS ont pu accéder au langage. On se rend compte aussi que les troubles du comportement disparaissent. Aujourd'hui, le PECS est pratiqué dans 27 pays et s'applique sans problème chez des enfants autistes, dès 10 mois.
Je fais souvent référence à une citation de Descartes : « L'homme est composé d'un corps, d'un esprit et d'une âme ». Il faut croire en l'âme de chacun, la respecter et lui permettre de s'exprimer.

 

Comment se déroule la formation à la méthode PECS ?

La formation dure en moyenne trois jours. Elle s'articule autour de chacune des étapes que les intervenants doivent connaître. Ces étapes sont chronologiques et validées à l'aide d'une grille d'évaluation que l'on apprend à utiliser au cours de la formation. La formation doit également permettre à l'intervenant d'être en mesure de rectifier les erreurs en fonction du comportement de l'enfant, de manière à ce qu'il puisse progresser.

 

L'outil de travail est-il standard ?

Le classeur et les images sont les outils de travail de base. Le support visuel a toutes les qualités pour être le point de départ du travail. Cependant, il faut savoir adapter le matériel à l'enfant, à sa culture, à son environnement, à ses capacités. La méthode PECS procure des images de base qui seront enrichies par des images qui représentent le quotidien de l'enfant. Il est important, au départ, de le laisser choisir les images qui représentent les « objets désirs ». Elles constituent un élément de motivation et la motivation constitue un point d'appui permanent de la méthode et de l'apprentissage en général. L'enfant demande et obtient quelque chose qu'il aime, il est gratifié, reconnu. J'insiste sur ces aspects de gratification, de valorisation et d'encouragement sur lesquels tous les intervenants doivent s'appuyer.

 

Cette méthode est-elle utilisée au Maroc ?

Le PECS est utilisé par quelques associations dont les intervenants ont suivi des formations. La difficulté aujourd'hui consiste à la faire adopter par les familles et l'entourage des enfants pour ne pas en limiter l'utilisation au cadre de la prise en charge. Malheureusement, au Maroc, l'autisme continue à être ignoré et tardivement dépisté, lorsqu'il l'est. Il faut poursuivre le travail d'information et de sensibilisation à l'autisme pour permettre aux familles de s'impliquer davantage. Mais la situation évolue peu à peu et elle continuera à évoluer.

 

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