Hypnose auprès des enfants

Un outil d'aide aux soins douloureux

Bien souvent, les soignants passent beaucoup de temps et déploient beaucoup d'énergie pour effectuer un geste difficile auprès d'un enfant (ponction lombaire, points de suture, réduction de fracture) et tout autant pour un acte qui semble banal tel qu'une vaccination. Il n'est pas rare de se retrouver à plusieurs pour « contenir » un enfant. Dans ces conditions, l'hypnose devient un outil non négligeable, en ce qu'elle permet de prodiguer les soins dans des conditions beaucoup plus sereines.

Par Isabelle Ignace,

Psychologue à l'Unité d'évaluation et de traitement de la douleur, Hôpital Robert Debré, Paris, hypno-thérapeute, formatrice à l'hypnose dans le secteur hospitalier.

Doctinews N° 52 Février 2013

 

Il est légitime, pour les soignants, de rechercher des moyens d'action efficaces et rapides pour faire diminuer ou atténuer la douleur de l'enfant et bien souvent son anxiété associée, ainsi que celle des familles. L'hypnose est un outil concret qui, bien utilisé, permet de trouver des pistes rapides et efficaces dans bon nombre de situations. Il permet, pour environ 70 % des enfants accompagnés, d'obtenir une diminution du vécu douloureux de 50 %. Pour 10 à 15 % des enfants, l'effet de l'hypnose sera quasiment négligeable et n'aura pas d'effets négatifs, tandis que pour 10 à 15 % d'autres enfants, l'effet de l'hypnose sera presque ressenti comme « magique » dans la mesure où l'enfant sera agréablement surpris de n'avoir « rien senti et que ce soit déjà terminé ».

 

Une attitude presque intuitive

Toute personne qui travaille auprès des enfants pratique déjà l'hypnose sans le savoir ! Chaque praticien a développé des « astuces maison » qui ont pour point commun un immense respect de l'enfant pour lui proposer une hyper-focalisation de l'attention sur un objet ou sujet différent de sa peur et/ou de sa douleur. Il s'agit toujours de donner à l'enfant quelque chose à faire ou à imaginer faisant partie de son monde, et sur lequel il aura donc un contrôle personnel. Par exemple, jouer avec des bulles de savons avec un enfant de deux ans et demi pendant quelques instants, puis lui proposer de souffler fort une énorme bulle au moment de la vaccination, a pour objectif d'hyper-focaliser son attention sur autre chose que sur la zone douloureuse, tout en le faisant respirer.
Se former à l'hypnose auprès des enfants consiste à mettre un peu d'ordre dans ce qui est fait intuitivement, mieux comprendre comment fonctionne cette technique et, surtout, perfectionner sa technique et son vocabulaire de façon à alléger sa pratique en la rendant plus ludique. Il existe une sorte de « grammaticalité » de l'hypnose, des paroles à éviter, d'autres à solliciter, un peu comme pour l'apprentissage d'une langue étrangère passionnante.
Pratiquer l'hypnose avec un enfant permet de lui redonner les rênes d'un pouvoir décisionnel lié à son propre monde imaginaire, de l'aider à passer de la soumission au soin pour être acteur de quelque chose qu'il peut alors maîtriser. Il s'agit, en fait, d'une forme de dissociation.
Cette pratique, bien loin des représentations originelles de l'hypnose, se base sur la saturation des cinq sens (vision, audition, sensation, kinesthésie, etc.) afin de permettre l'occultation des pensées angoissantes du moment. Focaliser son attention sur un imaginaire plus créatif permet ainsi à l'enfant de se détourner des éléments facteurs de stress et de douleur. Il s'agit de lui proposer une échappatoire, par la force de son imaginaire, à condition, seulement, et ceci est très important, qu'il y adhère. Cette pratique est à la fois aussi utile pour des douleurs aiguës que pour des douleurs chroniques.

 

Préambule à la pratique

En tant que praticien, avant de se décider à faire de l'hypnose avec un enfant douloureux, il faut prendre en compte un certain nombre de règles de bon sens.
Il faut vérifier que les antalgiques possibles ont bien été mis en place, de façon à utiliser l'hypnose non pas en remplacement, mais en complément. Pratiquer l'hypnose demande de l'humilité et beaucoup d'humanité. Les techniques hypnotiques ne seront efficaces qu'avec une base de « cœur » qui ira toucher l'enfant. Il faut également vérifier qu'il est possible et adapté de pratiquer l'hypnose dans la situation précise et se fixer des objectifs possibles à réaliser en diminuant l'intensité de la peur et de la douleur ainsi que sa durée. Le praticien doit chercher à se reconnecter à l'enfant qu'il était et retrouver la façon dont il aurait apprécié qu'un adulte s'adresse à lui pour gagner sa confiance. Il est important de diversifier les techniques d'hypnose en fonction de l'âge des enfants et de l'intensité de la douleur provoquée par les soins. Il faut savoir utiliser le langage hypnotique en tant que technique de communication adaptée à la situation et déontologiquement acceptable et, enfin, donner des outils d'autohypnose à l'enfant afin qu'il puisse les réutiliser dans d'autres circonstances, en particulier pour des enfants souffrant de douleurs chroniques.

 

Des éléments facilitateurs

Il est primordial que l'équipe soignante adhère à l'hypnose ou, du moins, ne complique pas l'intervention. Si les soignants sont certains de l'utilité de cet accompagnement et de l'intérêt de son aspect ludique, les soins se feront de manière beaucoup plus détendue pour chacun (enfant, famille et équipe). Pour cela, la prise de contact initiale avec l'enfant, quelques minutes avant le geste douloureux, est importante ; notamment pour regrouper des informations rapides pouvant être réutilisées. La présence des parents, qui peuvent être de précieux alliés, ne doit pas être occultée. Ils connaissent les passions ou les activités favorites de leurs enfants, éléments qui permettent de pratiquer l'hypnose. Ils deviennent ainsi des ressources et des acteurs actifs lors du soin et, grâce à ce partenariat, l'enfant est rassuré et donc plus détendu et moins sensible à la douleur.

 

Les différentes techniques hypnotiques

La distraction 
Il s'agit d'offrir à l'enfant la possibilité de faire autre chose pendant le soin comme, par exemple, souffler des bulles de savon. Cette activité aura pour avantage, à la fois de réguler la respiration, mais aussi de métaphoriser la douleur, la peur et la colère, enfermées dans les bulles transparentes et poussées au loin par le souffle enfantin. Il est possible, également, de s'aider d'un jeu de main permettant d'oublier la prise de sang sur l'autre bras. Dans tous les cas, il s'agit toujours de rendre l'enfant actif lors du soin de façon à le faire sortir d'une position passive.

L'imagerie visuelle
Cette technique permet à l'enfant de mettre en scène l'imagination en y intégrant les cinq sens. Il est moins difficile pour un jeune garçon de s'imaginer chuter en marquant un but au foot avec ses joueurs préférés plutôt que de subir une réduction de fracture en se focalisant sur la salle de soin, sa peur et sa douleur.

L'hypnose conversationnelle
Un enfant effrayé par le soin met toute sa concentration sur ce dernier. Il est déjà en transe hypnotique… négative ! Dans ce contexte anxiogène, les explications des soignants « ça ne fera pas mal », « c'est presque fini », etc. peuvent parfois aggraver les choses car elles focalisent l'attention de l'enfant sur ses peurs et sur un vécu totalement subjectif. Il est donc préférable de commencer par reconnaître la détresse émotionnelle et les sensations désagréables de l'enfant, sans les nier : « Oui c'est douloureux ce que tu vis là… ».
Dans un deuxième temps, il s'agira d'attirer l'attention de l'enfant sur quelque chose qui stimulera son imaginaire : « Tout à l'heure tu m'as dit que tu adorais faire des compétitions de judo… est‐ce que tu crois que tu pourrais faire comme si tu étais un jour de compétition, de sentir tes pieds au sol, l'odeur de la salle, de voir la couleur du tapis ? ». Une hypnose conversationnelle peut donc se mettre en place par un jeu de questions/réponses entre l'accompagnant et l'enfant.

MEOPA associé à l'hypnose
Le mélange équimolaire d'oxygène et de protoxyde d'azote est énormément utilisé à l'hôpital pour enfants Robert Debré à Paris. Il est associé à des techniques hypnotiques, seul ou en complément à des analgésiques et/ou des sédatifs. Le MEOPA potentialise l'hypnose et inversement.
Le masque peut alors être présenté comme un masque de cosmonaute, de plongée… L'accompagnateur doit interagir activement avec le patient pendant l'administration du gaz, et l'accompagner dans son monde imaginaire.

Depuis une dizaine d'années, de plus en plus de soignants se forment aux techniques hypnotiques chez l'enfant. À ce jour, plus de 900 personnes le sont dans différents hôpitaux français. L'hypnose contribue à ce que les soins soient vécus de façon différente car il s'agit d'un outil ludique, qui atténue de manière très significative les perceptions douloureuses et contribue à la prise en charge de la douleur.

 


Bibliographie

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