Périnatalité

Il faut une politique suivie d’effets

La santé mentale, en matière de périnatalité, devrait être l’objet d’une attention toute particulière, car elle affecte non seulement la santé de la mère, mais également celle de l’enfant né ou à naître. Une prise en charge spécifique devrait donc lui être accordée au Maroc.

Avec la collaboration du Pr Nadia Kadiri

Responsable du Laboratoire de Santé Mentale, Cognition et Psychopathologie, Unité de périnatalité, Faculté de Médecine, Université Hassan II.

Doctinews N° 54 Avril 2013

 

LLa périnatalité, au sens chronologique du terme, recouvre la période du développement qui va de la grossesse jusqu’à la deuxième année de vie environ après l’accouchement. « Sous le terme de périnatalité, on entend tous les mécanismes inter et transgénérationnels concernant le désir d’enfant, la grossesse, la naissance et la petite enfance », explique le Pr Kadiri, psychiatre et responsable du laboratoire de recherche en périnatalité. De fait, la santé mentale périnatale est une discipline caractérisée par la pluridisciplinarité de ses acteurs (pédiatres, gynécologues-obstétriciens, endocrinologues, puéricultrices et sages-femmes, éducatrices de jeunes enfants, travailleurs sociaux, radiologues, psychiatres, psychothérapeutes et psychologues d’adultes et d’enfants). Avec la dépression du post-partum, d’autres pathologies sont à considérer tels que les troubles anxieux et les troubles de l’adaptation qui sont les plus fréquents. D’autres troubles, plus sévères, perturbent le processus de rencontre de la maman avec son bébé. Il s’agit des psychoses délirantes aiguës, de l’aggravation de pathologies préexistantes avec survenue d’accès mélancoliques, d’accès maniaques et d’épisodes de réactivation schizophrénique. Il est à noter que toutes les études montrent que la grossesse, cet évènement heureux dans la vie d’un couple, est un facteur de risque de déstabilisation de tous les troubles mentaux. La grande majorité des troubles mentaux du post-partum se déclenche autour des deux premiers mois qui suivent l’accouchement, les deux premières semaines constituant également une période de grande vulnérabilité. Parmi les facteurs de risque établis, on retrouve toute pathologie mentale antérieure à la grossesse, des difficultés relationnelles avec les partenaires, le milieu familial, le jeune âge de la maman, un milieu socio-économique bas.

La dépression du post-partum
La dépression du post-partum est cependant la pathologie la plus fréquemment rencontrée, avec une prévalence de l’ordre de 20 % au Maroc. Les critères diagnostiques sont identiques à ceux d’un épisode dépressif majeur décrit dans le DSM-IV et les plaintes des patientes, lorsqu’elles sont exprimées, s’orientent autour de l’asthénie, de céphalées, de manque de concentration, d’impression d’épuisement, d’insomnie… La détection précoce est un facteur important dans la prise en charge. En effet, la dépression du post-partum, tout comme d’ailleurs les autres troubles mentaux, n’affecte pas seulement la mère. Elle concerne également le devenir immédiat et à plus long terme du nouveau-né, si ces troubles se chronicisent. À l’échelle mondiale, l’OMS (Organisation mondiale de la santé) estime que 200 millions d’enfants de moins de cinq ans ne réalisent pas leur potentiel de développement cognitif en raison d’une déficience des soins fournis par les dispensateurs de soins primaires et de l’absence d’alimentation et de soins de santé adéquats. « La dépression périnatale est définie comme l’un des facteurs de risque modifiables pour le développement physique, émotionnel, psychologique et intellectuel des enfants, dont les effets peuvent s’étendre largement à l’âge adulte », poursuit l’organisation dans un document technique intitulé « Santé mentale de la mère, de l’enfant et de l’adolescent : défit et orientations stratégiques 2010 -2015 ».

Une bonne santé mentale de la maman est garante d’une bonne santé de son bébé.



L’enjeu des interactions mère-enfant
Comme l’explique le Pr Nadia Kadiri, « À travers le monde, et dans notre pays, la dépression du post-partum, à bien distinguer du classique baby-blues, atteint environ une femme sur cinq accouchées. Elle a des conséquences importantes sur le développement physique, affectif, cognitif et social de l’enfant. Une mère dépressive instaure des interactions pathogènes avec son nourrisson. Or, la qualité des premiers échanges mère-bébé est primordiale pour le devenir psychique de l’enfant. La dépression anténatale, qui couvre la période de la grossesse, affecte également 10 à 20 % des grossesses avec un impact négatif sur le développement et la maturation cérébrale du fœtus, dû à l’altération du climat intra-utérin secondaire aux modifications des hormones maternelles et de la fonction monoamine en rapport avec la dépression maternelle. Elle peut être un facteur de risque d’accouchement prématuré, de complications obstétricales et de dépression du post-partum… » Il est donc essentiel de mettre en place une politique de périnatalité qui soit suivie d’effets, car la démarche préventive, diagnostique et thérapeutique, initiée pour la future mère, s’inscrit aussi à titre préventif pour l’enfant né ou à naître. Le rapport du Conseil national des droits de l’Homme de 2012, sur la santé mentale, relève l’absence d’une spécificité de prise en charge dans ce domaine et la non prise en compte de la dimension genre.

 

Questions au Pr Nadia Kadiri,
Responsable du Laboratoire de Santé Mentale, Cognition et Psychopathologie, Unité de périnatalité, Faculté de Médecine, Université Hassan II

Quel est le champ d’action de la périnatalité ?
Le domaine de la périnatalité est un domaine très vaste qui englobe des aspects psychologiques, psychiatriques, sociaux, relationnels et médicamenteux. Son champ d’action recouvre la prise en charge des patientes présentant des troubles mentaux plus ou moins sévères et qui sont désireuses d’enfants. Un accompagnement idéal se faisant avant la conception et après l’accouchement. À noter la problématique de la prise médicamenteuse, notamment des psychotropes, qui est à soupeser de manière très précise, en fonction de plusieurs facteurs, tels que : état psychiatrique de la parturiente, type de la maladie psychiatrique, type du psychotrope et ses éventuels effets secondaires sur le fœtus. En tant que médecin, notre rôle est de soigner le patient qui sollicite nos compétences. Être en face d’une patiente enceinte nous engage à lui assurer un soin tout en tenant compte de la sécurité de l’être en devenir en elle. Cette sécurité dépend de l’état de la maman et des médicaments éventuellement tératogènes. Cette tératogénéicité pouvant être physique ou comportementale, immédiate ou tardive. Le rôle du médecin est d’expliquer aux futurs parents tous les avantages et les risques d’une prise de traitement et de leur donner le choix. Son champ d’action recouvre également la prévention et le soin des troubles qui surviennent en cours de grossesse et en post-partum, et la prise en charge des troubles psychologiques en rapport avec la problématique de la grossesse, de l’avortement, de l’accouchement, de la maternalité et de la parentalité.

Vous dirigez le laboratoire de recherche en périnatalité. Quelles sont ses activités ?
Le laboratoire de recherche entre dans le cadre de la formation doctorale en santé mentale, cognition et psychopathologie. Nous menons depuis quelques années des recherches sur la dépression du post-partum et la dépression anténatale. Nous travaillons également sur l’interaction mère-bébé, ses aspects physiologiques et chez des patientes qui présentent un trouble mental. Une recherche en cours concerne la reconnaissance faciale du bébé et l’impact que peut avoir le visage d’une mère déprimée sur son développement.

Quel message pourrait-on transmettre aux médecins (généralistes, pédiatres, gynécologues…) face à une future mère ou à une jeune maman présentant des signes de fragilité ?
Il existe des moyens de prise en charge psychothérapeutique, médicamenteuse ou sociale efficaces. Je pense que la prise en charge sociale au Maroc est essentielle. La présence de la famille, de l’entourage dans notre culture doit être renforcée. Il s’agit d’une spécificité culturelle qu’il faut savoir préserver dans un pays où les manques sont nombreux. Malheureusement, elle a tendance à se perdre avec l’éloignement géographique, l’étroitesse des lieux… Mais lorsqu’une maman est indisponible, si elle est obligée de se soustraire de son rôle, l’image maternelle pourra être préservée pour l’enfant grâce à la présence d’un relais qui saura instaurer une interaction aimante et chaleureuse.

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