Allaitement maternel

Comment prévenir les difficultés

La pratique de l’allaitement maternel peut être émaillée par la survenue de certaines difficultés. Le soutien postnatal des mères est primordial pour dépister les situations à risque et proposer un suivi plus étroit et un accompagnement adapté, de sorte que soit optimisée la conduite pratique de l’allaitement et sa poursuite assurée pendant les deux premières années de vie du bébé.

Pr Amal Thimou Izgua

Professeur de l’enseignement supérieur en pédiatrie - Service de Néonatologie - Hôpital d’Enfants de Rabat

Doctinews N° 56 Juin 2013

 

E

n raison de ses nombreux bénéfices physiologiques, nutritionnels, immunologiques et psychosociaux à court et à long terme, l’allaitement maternel est le mode d’alimentation recommandé pour les nourrissons. Cependant, la prévalence de l’allaitement reste faible dans de nombreux pays avec un recul du pourcentage d’enfants allaités exclusivement au sein pendant les six premiers mois de vie et une durée totale d’allaitement inférieure aux objectifs fixés par les recommandations de l’OMS (Organisation mondiale de la santé). Au Maroc, les dernières enquêtes révèlent un taux d’allaitement évalué à 46 % avec seulement 15 % de femmes allaitant exclusivement jusqu’à l’âge de 6 mois.

De nombreux facteurs en cause
mipares, dans l’établissement et le maintien de l’allaitement, viennent au premier rang. En effet, la pratique de l’allaitement maternel peut être émaillée par la survenue de certaines difficultés pouvant être prévenues, car résultant généralement d’une conduite inappropriée de l’allaitement. Or, nombreuses sont les mères qui renoncent à l’allaitement ou qui introduisent des aliments de complément durant les premières semaines après l’accouchement, à cause de ces difficultés.
La prévention de ces difficultés nécessite l’intervention de professionnels de santé qualifiés (sage-femme, infirmière, médecin généraliste, gynéco-obstétricien et pédiatre) et ayant les compétences d’écoute et de mise en confiance. Cette prévention passe par l’information et l’éducation anténatale des femmes enceintes sur les modalités pratiques de l’allaitement et par un soutien et un accompagnement des mères allaitantes tout au long de leur projet d’allaitement pour repérer, grâce à l’observation des tétées et l’évaluation de la pratique de l’allaitement, toute technique inadéquate et toute difficulté

Les difficultés à l’allaitement
Mamelons ombiliqués
Ils sont perçus par les mères comme un obstacle insurmontable à l’allaitement et peuvent atteindre la confiance de la mère en sa capacité d’allaiter. Il est donc nécessaire de rassurer ces femmes et de renforcer leur confiance en les informant, lors des consultations prénatales, sur le fait que l’enfant ne tète pas le mamelon, mais le sein, et qu’il pourra téter efficacement. Aucune autre préparation des seins n’est nécessaire en cours de grossesse. En postnatal, ces femmes doivent être assistées lors des premières tétées pour que leur soient montrées les techniques favorisant la saillie des mamelons, tel l’usage de tire-lait, pour les aider à étirer le mamelon avant une tétée.

Crevasses et gerçures
Ces lésions de la surface cutanée du mamelon ou de l’aréole sont très fréquentes durant le premier mois d’allaitement avec une incidence pouvant atteindre 96 % des mères. Douloureuses et parfois cause d’abandon de l’allaitement, elles sont favorisées par une mauvaise position du bébé ou une prise incorrecte du sein. Il est donc important de montrer à la mère, dès les premières tétées, la bonne position du nourrisson au sein et de l’aider à positionner son enfant de sorte que le corps du bébé soit soutenu contre la mère, ventre contre ventre, face au sein, et sa tête placée sur le même axe que son corps.
Une bonne prise du sein sera assurée lorsque :
Le menton touche le sein ;
La bouche est grande ouverte ;
La lèvre inférieure est éversée vers l’extérieur ;
On voit plus l’aréole au-dessus de la bouche qu’au dessous.
En fin de tétée, il est recommandé d’appliquer une goutte de lait sur le mamelon et l’aréole sans les laver.
Si ces lésions mammaires persistent malgré la correction du positionnement du nourrisson et de la prise du sein, il faut rechercher une surinfection mycosique.

Engorgement mammaire
Rapporté dans 20 à 85 % des cas, il résulte de tétées inefficaces ou insuffisantes en nombre ou en durée, d’un retard à la mise au sein après la naissance et de l’utilisation de compléments alimentaires. Cet engorgement entraîne une augmentation du volume du sein qui devient tendu et douloureux, rendant la prise de sein difficile et l’écoulement du lait gênant. L’engorgement mammaire peut se compliquer de mastite, voire d’abcès s’il n’est pas rapidement pris en charge. Cette prise en charge consiste à stimuler le réflexe ocytocique en appliquant des compresses chaudes sur le sein puis à le vider par tétée, si possible, ou en tirant le lait grâce à la technique d’expression manuelle ou à l’aide d’un tire-lait. La technique d’expression manuelle doit être bien expliquée aux mères :
Placer l’aréole entre le pouce et l’index et presser le sein vers la cage thoracique ;
Comprimer puis relâcher jusqu’à ce que le lait s’écoule ;
Répéter plusieurs fois de la même façon en appuyant sur tout le pourtour pour exprimer le lait de toutes les régions du sein et le vider.
La prévention de l’engorgement passe par l’adoption de tétées efficaces grâce à un bon positionnement du nourrisson et une bonne prise du sein et par un allaitement à la demande, 24 heures sur 24, sans restriction de fréquence ou de durée des tétées.

L’insuffisance lactée
Rapportée par les mères dans plus de 50 % des cas, l’insuffisance lactée est le principal motif d’arrêt de l’allaitement dans les deux premiers mois après la naissance. Elle peut être simplement perçue par une mère stressée et n’ayant pas confiance en sa capacité d’allaiter, surtout devant les pleurs de son bébé et son besoin de téter fréquemment.
L’insuffisance lactée est exceptionnellement primaire. Elle est le plus souvent secondaire à une conduite inadéquate de l’allaitement, souvent avec un retard à la mise au sein après la naissance et surtout une insuffisance des tétées qui sont courtes, peu fréquentes ou remplacées par des biberons de préparations pour nourrissons. En effet, toute diminution du nombre de tétées sur 24 heures aboutit à une diminution de la production lactée pouvant entraîner une insuffisance de prise de poids chez le nourrisson qui ne cesse de pleurer et finit par refuser le sein, ce qui débouche sur un cercle vicieux. Cette insuffisance secondaire de lait est souvent transitoire et réversible après des interventions de soutien visant à rétablir l’allaitement avec succès et à entretenir la lactation.
L’insuffisance lactée peut être évitée par l’information des mères sur les facteurs qui stimulent la production lactée tels que :
Le démarrage de l’allaitement en salle de naissance dans la demi-heure suivant l’accouchement et le contact peau à peau –qui favorise la mise en route optimale de la lactation et est significativement associé à un meilleur taux d’allaitement maternel et à une durée plus prolongée ;
L’adoption d’une technique d’allaitement adéquate avec un positionnement correct du nourrisson et une bonne prise du sein pour obtenir des tétées efficaces et la vidange du sein à chaque tétée ;
L’adoption d’un allaitement exclusif et à la demande, aussi bien le jour que la nuit, les tétées nocturnes étant facilitées par la cohabitation du nourrisson avec sa mère.

La reprise du travail
Considérée par certaines mamans comme un obstacle à la poursuite de l’allaitement, la reprise du travail est un motif d’introduction des biberons de préparations pour nourrissons ou d’arrêt de l’allaitement, du fait des longues périodes de séparation avec le bébé et de la fatigue et du stress engendrés par la reprise du travail. Or, la reprise de l’activité professionnelle n’est pas incompatible avec la poursuite de l’allaitement maternel, à condition que la mère soit soutenue, conseillée et informée des moyens susceptibles de préserver l’allaitement dans cette situation. Les conseils seront personnalisés et adaptés à chaque mère pour maintenir une production de lait adéquate. Selon les cas, plusieurs possibilités peuvent s’offrir :
Placer le nourrisson dans une crèche au sein du lieu de travail, si elle existe, ou la plus proche possible pour pouvoir l’allaiter ; si le domicile est proche du lieu de travail, la maman peut y retourner pour donner le sein à son bébé lors des pauses. À ce propos, la création de crèches et de lieux appropriés dans les entreprises pour l’expression du lait maternel et sa conservation doit être encouragée ;
Si, par contre, le lieu de travail est éloigné, la mère pourra tirer son lait avant d’aller au travail et le laisser pour qu’il soit donné au bébé pendant son absence. En effet, le lait maternel tiré peut être conservé au réfrigérateur à + 4 °C pendant 48 heures et réchauffé au bain-marie avant d’être donné au nourrisson. Le lait maternel peut également être congelé à – 18 °C et conservé pendant 4 mois ;
La maman pourra exprimer son lait toutes les 3 heures -sur les lieux de son travail-, et le conserver au réfrigérateur afin qu’il soit donné à son bébé en son absence. S’il n’y a pas de réfrigérateur, le lait exprimé sera jeté. L’avantage de cette expression du lait consistera à entretenir la production lactée de la mère.
Poursuivre les tétées au sein matin et soir et à la demande, chaque fois que la mère est avec son bébé.
Globalement, le succès et la réussite d’un allaitement maternel sont tributaires de la qualité de l’éducation prénatale et postnatale des mères sur les modalités pratiques de l’allaitement et du soutien et de l’accompagnement de ces mères par des professionnels de santé formés en matière de counseling en lactation.
Ce rôle de soutien et d’information doit débuter au courant de la grossesse, moment privilégié pour que les professionnels de santé puissent recueillir les craintes des futures mamans ainsi que les fausses idées reçues. Ils devront prodiguer les conseils nécessaires pour renforcer et restaurer la confiance des mères dans leur capacité à allaiter leur bébé et leur montreront les modalités d’un allaitement bien conduit pour prévenir la survenue de difficultés à l’allaitement. 
Le soutien postnatal des mères est primordial pour dépister les situations à risque et leur proposer un suivi plus étroit et un accompagnement adapté afin d’optimiser la conduite pratique de l’allaitement et assurer sa poursuite pendant les deux premières années de vie.

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