Rachis cervical et épaule

Quelle orthèse, pour quelle pathologie ?

Au cours de ces dernières années, des progrès considérables ont été réalisés dans la conception des orthèses de série. Désormais, toute une panoplie d’orthèses est disponible sur le marché, mais seuls les prescripteurs et les dispensateurs bien informés indiqueront la bonne orthèse au bon patient, conformément aux règles de bonne pratique..

DR Oussama Ellatifi

Docteur en pharmacie

Doctinews N° 57 Juillet 2013

 

L

es orthèses sont des appareillages destinés à suppléer ou à corriger une fonction déficiente. Utilisées à titre préventif, curatif ou dans le cadre de soins post-opératoires, elles s’appliquent à différentes parties du corps, dont le rachis cervical et l’épaule.



Colliers cervicaux
Les colliers cervicaux sont classés en 4 catégories : colliers C1, C2, C3 et C4.
Les C1 sont disponibles en différentes hauteurs et circonférences, et seront prescrits à des patients présentant une cervicarthrose, un torticolis, ou dans le cadre d’un sevrage progressif après le port d’un collier rigide.
Il faut retenir qu’aucune orthèse ne doit se porter sans prendre des mesures et sans la faire essayer au préalable. Ce préalable relève de la conformité aux règles de bonne pratique.
Les C2, analogues aux premiers, sont semi-rigides. En effet, la flexion de la tête sur le thorax est limitée par une plaque en plastique. Quand cette dernière est amovible, le collier C2 est dit évolutif vers un collier C1.
Les C2 sont indiqués dans la névralgie cervico-brachiale (NCB) et dans les névralgies aiguës.
Les C3, rigides, à hauteur réglable, munis ou non d’une mentonnière, sont indiqués dans les traumatismes cervicaux, les entorses cervicales de moyenne gravité, et les névralgies cervico-brachiales traumatiques.
Les C4, ou « mini-minerves » ou colliers Philadelphie, sont également dénommés « quatre appuis » (mentonnier, sternal, occipital et dorsal). Ils sont indiqués dans les traumatismes du rachis cervical pour une immobilisation en urgence, les immobilisations post-opératoires et d’autres pathologies médicales : métastases, spondylodiscites.

Conseils pour la pratique
Pour une bonne dispensation, l’orthésiste doit prendre les mesures du patient (circonférence du cou, hauteur menton-sternum) et lui faire essayer l’orthèse en s’assurant qu’elle apporte un certain confort et n’occasionne pas de douleurs.
En portant un collier cervical, le patient doit avoir le regard horizontal, la tête en légère extension ; au niveau de la fermeture postérieure, les deux extrémités du collier doivent se rejoindre sans espace entre elles, de préférence bord à bord, en évitant une superposition excessive qui crée un bourrelet inconfortable en décubitus.
Disposer d’un stock minimum d’orthèses est indispensable, car ces dernières répondent le plus souvent à une urgence et doivent, par conséquent, être dispensées immédiatement. Par ailleurs, une bonne adaptation nécessite, le plus souvent, l’essai de plusieurs tailles de différentes hauteurs.
L’orthésiste doit être très attentif à la prescription médicale. Si elle est incomplète ou imprécise, un appel téléphonique au médecin devient nécessaire. En effet, le patient est rarement en mesure de donner des informations fiables, car il est soit préoccupé prioritairement par l’aspect esthétique du collier, soit il est « dans la dénégation » de ce qui lui arrive dans les suites immédiates d’un traumatisme (1).

post-opératoires et d’autres pathologies médicales : métastases, spondylodiscites.

L’appareillage de l’épaule

La ceinture scapulaire peut être le siège d’affections traumatiques ou non, touchant l’une ou l’autre de ses différentes composantes ostéo-articulaires.
Pour chaque affection il existe, le plus souvent, une thérapeutique par orthèse de série.

Anneaux claviculaires
Encore appelés anneaux de Hidden ou clavicular, ils forment un bandage en chiffre de huit et maintiennent l’épaule en rétropulsion. Ils sont indiqués dans la fracture de la clavicule, la subluxation sterno-claviculaire et la luxation acromio-claviculaire.
Pour les mesures, selon les marques, l’orthésiste devra tenir compte du tour de poitrine, de la carrure en cm ou de la largeur d’épaule de face.

Les supports d’avant-bras ou « coude au corps »
Ils sont indiqués dans le support de l’avant-bras plâtré ou non, l’hémiplégie, pour limiter la descente de la tête humérale et la paralysie périphérique. Il faut mesurer la longueur de la section du membre à soutenir, coude et/ou main, compris ou non, selon l’affection et l’état du patient.
Les modèles avec deux bretelles permettent une répartition harmonieuse de la charge et limitent les contractures musculaires, améliorant ainsi la rééducation éventuelle.

Les supports d’avant-bras avec coussins d’abduction
Ces orthèses mettent en abduction le bras jusqu’à 60° de l’épaule en position neutre (sans rotation). Elles préviennent la rotation interne, et certains modèles immobilisent même en rotation externe.
Leurs indications sont :
Immobilisation après traumatisme de l’épaule et du coude ;
Immobilisation post-opératoire dans les lésions de la coiffe des rotatteurs ;
Luxation /subluxation de l’articulation gléno-humérale ;
Réparation des tissus mous ;
Pour les modèles positionnant l’épaule en rotation externe :
Positionnement post-opératoire après libération d’une rétraction sévère de la capsule articulaire antérieure.
La mesure tient compte de la longueur de l’avant-bras depuis le pli de flexion du coude jusqu’aux articulations métacarpo-phalangiennes.
Les supports d’avant-bras avec coussin d’abduction sont le plus souvent appliqués à l’hôpital en post-opératoire. Le degré d’abduction est unique pour une attelle donnée (1).

Les orthèses d’immobilisation
Elles sont de deux types : Mayo Clinic ou Dujarrier.
L’orthèse Mayo Clinic est constituée d’un manchon soutenu par deux bretelles se croisant dans le dos et d’une écharpe qui maintient l’humérus contre le thorax.
L’orthèse de Dujarrier se présente sous la forme d’un gilet qui enveloppe complètement le bras et le thorax, tête humérale comprise, et permet une bonne immobilisation.
Il existe sur le marché des orthèses similaires, mais qui ne sont pas strictement identiques.
Les orthèses Mayo Clinic et Dujarrier limitent les mouvements du bras et de l’épaule, le coude maintenu au corps. Elles immobilisent également la diaphyse ou la tête humérale en cas de fracture, et soutiennent la tête humérale pour en éviter la décoaptation et la subluxation ou pour limiter la douleur due à la tension sur la capsule articulaire.
Elles sont indiquées dans les fractures de la diaphyse ou de la tête humérale et dans les suites de luxation de l’articulation scapulo-humérale.
La mesure concerne la longueur de la section du membre à soutenir pour l’orthèse Mayo clinic  et le tour de poitrine pour l’orthèse Dujarrier.
Un même bandage de Dujarrier peut être posé indifféremment à droite ou à gauche, à la condition de positionner les éléments de l’orthèse en conséquence.
Pour la pose du bandage Mayo Clinic, il faut être attentif à la longueur du manchon. Elle correspond à celle de la portion de l’avant-bras à soutenir qui inclut quelquefois la main et/ou le coude. Les bretelles supportent harmonieusement la charge à la condition de se croiser dans le dos.
Ce bandage est préféré chez la personne âgée car il génère une immobilisation moins contraignante que Dujarrier. Cependant, en cas de fracture de la tête humérale, il existe, en décubitus dorsal, un risque de rétropulsion de celle-ci et de déplacement secondaire de la fracture (1).

Références
1- Les orthèses de série, guide à l’usage des praticiens, Jacques CALLANQUIN, Pierre LABRUDE, édition pharmathèmes, mars 2010, ISBN : 978-2-914399-26-5.
2- Catalogue THUASNE 2011, France.
3- Catalogue GIBAUD 2010, France.

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