Micronutriments

Des substances organiques vitales

Les micronutriments (vitamines, minéraux, oligo-éléments…) sont des éléments essentiels au bon fonctionnement de l’organisme. Leur carence, souvent liée à la faim ou à la malnutrition, peut être à l’origine de plusieurs complications. Au Maroc, le ministère de la Santé a lancé en 2000 le Programme national de lutte contre les troubles dus aux carences en micronutriments.

Dr Asmaa Bennis

Spécialiste en Médecine nutritionnelle et miconutritionnelle fonctionnelle et Médecine esthétique

Doctinews N° 60 Novembre 2013

 

L

es micronutriments sont un groupe de nutriments qui comprend, entre autres, les vitamines, les minéraux et les oligo-éléments. Si l’organisme ne les réclame qu’en quantité infime, ils sont pourtant essentiels à bien des égards. Ainsi, les vitamines renferment un ou plusieurs radicaux nécessaires à la synthèse d’une enzyme ou d’une hormone. Elles interviennent dans le processus de coagulation sanguine, du métabolisme cellulaire, du développement des os, de la lutte contre les infections… Les minéraux et les oligo-éléments, qui participent également à la production d’enzymes et d’hormones, sont dotés de la faculté de se fixer sur les protéines et de changer leurs propriétés. Ils sont impliqués dans de nombreux processus physiologiques, notamment dans le fonctionnement du système nerveux, la régulation du fonctionnement thyroïdien, le métabolisme…
La distinction entre minéraux et oligo-éléments repose sur la quantité de ces substances présentes dans le corps. Au-delà de 5 grammes, ces dernières sont qualifiées de minéraux (calcium, magnésium, potassium, phosphore et sodium). En dessous de cette valeur, elles portent le nom d’oligo-éléments (zinc, fer, iode, cuivre, fluor, sélénium…).


La « faim invisible »
Malgré leur importance, les vitamines, les minéraux et les oligo-éléments restent largement sous-consommés dans de nombreuses régions du globe. Dans un document intitulé « Directives sur l’enrichissement des aliments en micronutriments » publié en 2011, l’Organisation mondiale de la santé (OMS), estime que plus de 2 milliards de personnes souffrent de carences en micronutriments. La malnutrition par carences en micronutriments a d’ailleurs été qualifiée de « faim invisible » ou « faim cachée » (hidden hunger en anglais) par les Nations unies.
Les pays en voie de développement sont les plus concernés par cette problématique, et plus particulièrement les populations les plus vulnérables de ces pays (femmes enceintes, enfants et personnes âgées). Au Maroc, les enquêtes réalisées par le ministère de la Santé ont montré que les carences en micronutriments touchent une large frange de la population. Ainsi, 10 % des femmes en âge de procréer et 40,9 % des enfants âgés de 6 à 72 mois souffrent d’une carence en vitamine A, 63 % des enfants âgés de 6 à 12 ans ont une carence en iode, et 37,2 % des femmes enceintes souffrent d'anémie due à un apport insuffisant en fer. Une autre étude, menée par des médecins hospitaliers de Marrakech en 2009, a révélé que 90 % des femmes présentaient une carence en vitamine D, malgré l’ensoleillement de la région. Le mode d’alimentation est le premier incriminé puisqu’il repose sur la densité calorique bien plus que sur la densité nutritionnelle, et les enfants et les adolescents en sont les premières victimes.
Dès 2000, le ministère de la Santé a lancé le Programme national de lutte contre les troubles dus aux carences en micronutriments avant d’éditer, en 2008, un document intitulé « Lutte contre les troubles dus aux carences en micronutriments - Manuel à l’usage des professionnels de santé – 2008 ». Axé sur plusieurs stratégies, notamment le renforcement de l'éducation nutritionnelle chez les populations les plus vulnérables, le plan vise à réduire, d’ici 2015, l’anémie ferriprive d’un tiers par rapport à son niveau de l’an 2000 et à éliminer les carences en iode et en vitamines A. Pour pérenniser cette action, les intervenants, aussi bien du secteur public que privé, ont constitué, sous l’égide du ministère de la Santé, un groupement national comprenant des représentants de plusieurs départements ministériels, d'ONG et d'industries agro-alimentaires. Baptisé « Alliance Nationale pour la Fortification (ANF) », ce groupement a contribué à la mise en place d'une stratégie nationale de fortification des aliments de base. La farine est fortifiée en fer, en acide folique et en vitamines du groupe B, l’huile de table et le lait en vitamines A et D3 et le sel en iode.

Carences en micronutriments
Risques et conséquences

• Carence en vitamine A : cécité crépusculaire ou héméralopie ;
• Carence en vitamine C : scorbut ;
• Carence en vitamine B1 : béribéri ;
• Carence en vitamine B5 ou PP : pellagre ;
• Carence en vitamine B9 (folates à l’état naturel ou acide folique dans sa forme synthétique) : malformation du tube neural : spina-bifida, anencéphalie, etc. ;
• Carence en vitamine D : rachitisme, ramollissement des os chez l’adulte ;
• Carence en vitamine K : trouble de la coagulation ;
• Carence en vitamine E : trouble de la reproduction ;
• Carence en iode : goitre, nanisme, crétinisme ;
• Carence en fer et en acide folique : anémie ;

Source : « Lutte contre les troubles dus aux carences en micronutriments - Manuel à l’usage des professionnels de santé » - Ministère de la Santé – 2008

Fortifier les aliments de base
La fortification des aliments de base est justement l’une des recommandations majeures des organismes internationaux pour réduire les carences en micronutriments dans le monde. Un rapport daté de 2009, préparé par l’Initiative pour les micronutriments avec de nombreux partenaires (1) a appelé la communauté internationale à déployer plus d’efforts pour mettre en place des stratégies plus efficaces qui visent à renforcer les programmes d’enrichissement des aliments par les micronutriments vitaux, notamment l’iode, la vitamine A et le fer. Les recommandations émanant du rapport s’appuient sur plusieurs enquêtes internationales, menées dans les pays en voie de développement. Elles ont révélé que dans les régions où la consommation d’iode est suffisante, le quotient intellectuel moyen est de 13 points supérieur à celui des collectivités où la population souffre de carence en iode. De même, des recherches ont démontré qu’une supplémentation en vitamine A chez une population à risque de carences permet de réduire d’environ 23 % la mortalité des enfants de six mois à cinq ans.
Il s’agit, de plus, d’initiatives peu coûteuses. Le coût annuel d’iodation du sel, par exemple, n’est que de cinq cents par personne et une capsule de vitamine A coûte à peine deux cents l’unité. La fourniture de micronutriments a d’ailleurs été considérée par le Consensus de Cophenhague, en 2008, comme le meilleur investissement au monde en matière de développement.

De la carence à la prévention
Au-delà de leur action vitale, les micronutriments suscitent l’intérêt des scientifiques dans le domaine de la prévention. Depuis plusieurs années, ils étudient l’effet des micronutriments sur les pathologies dégénératives telles que la maladie de Parkinson, d’Alzheimer ou encore le cancer… Les résultats de certaines études d’intervention, menées notamment aux Etats-Unis (étude CARET) et en Finlande (l’étude ATBC) -bien qu’ils soient contestés par une partie de la communauté scientifique- ne sont pas concluants, et de nombreuses études sont encore nécessaires pour affirmer avec certitude que tel nutriment permet d’agir efficacement sur une pathologie donnée. « En fait, ce qui manque le plus aux recherches en nutrition ce sont des données sur la biodisponibilité, le métabolisme et le mode d’action des micronutriments », précise l’Institut national de la recherche agronomique (INRA) dans un document intitulé « Les micronutriments en nutrition préventive ».
L’unité des maladies métaboliques et des micronutriments (UMMM) de l’INRA -Clermont-Ferrand- Theix a justement initié une étude ayant pour but de préciser les mécanismes d’action des micronutriments et micro-constituants sur certaines pathologies (diabète, maladies cardiovasculaires…), de mesurer leur biodisponibilité dans diverses conditions (interactions avec d’autres composés de l’alimentation, effet de l’état physiologique des sujets...) et d’étudier leur métabolisme. Même s’il est encore embryonnaire, ce type de recherche scientifique augure une nouvelle ère dans l’utilisation des micronutriments car il permettra de dévoiler avec plus de précision les mécanismes d’action des différents micronutriments et contribuera à la mise au point de produits mieux adaptés aux besoins des patients.

Dosage biologique ciblé
Un examen clé

Un apport équilibré en micronutriments contribue au bon fonctionnement des organes, tissus et micro-tissus et aide ainsi à prévenir l’apparition ou à contrôler le développement de certaines maladies chroniques et leurs complications. Si certaines carences se manifestent par des symptômes aisément identifiables (fatigue chronique, pâleur, chute de cheveux, fourmillement, surpoids, maigreur…), le dosage biologique ciblé constitue un outil indispensable pour déterminer la stratégie thérapeutique adaptée. Il permettra au médecin d’élaborer un programme alimentaire et/ou de prescrire des compléments alimentaires en fonction de l’évaluation clinique et biologique souvent nécessaire pour déterminer les doses et la durée dans le respect des apports journaliers recommandés. Il faut toutefois s’assurer que l’organisme du patient est en mesure d’absorber et d’assimiler correctement les micronutriments grâce notamment à l’intégrité de la paroi intestinale.


Référence
1) Partenaires : Initiative Flour Fortification, USAID (United States Agency for International Development,) GAIN (Global Alliance for Improved Nutrition), OMS (Organisation mondiale de la santé), Banque mondiale, Unicef. Soutenu par l’Agence canadienne de développement international.

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