Stimulation magnétique transcranienne

Une technique éprouvée en psychiatrie

Utilisée depuis les années quatre-vingt, la stimulation magnétique transcranienne est une technique préconisée en psychiatrie pour traiter la dépression, lorsque cette dernière s’avère résistante au traitement médicamenteux, ainsi que les hallucinations auditives liées aux pathologies psychotiques.

Dr Aziz Badr

Psychiatre responsable de l'unité de SMT à la clinique Villa des Lilas- Casablanca.

Doctinews N° 62 Janvier 2014

 

La SMT a été introduite pour la première fois au Maroc à l’initiative du Dr Hachem Tyal, psychiatre et fondateur de la première clinique psychiatrique privée au Maroc. Non invasive et totalement indolore, la stimulation magnétique transcranienne (SMT) consiste à stimuler certaines zones du cerveau du patient par un champ magnétique produit grâce à un appareil spécifique. Elle permet de modifier l’activité de ces zones en générant une dépolarisation des neurones.

Efficacité scientifiquement prouvée
Bien que des études soient en cours pour évaluer ses bénéfices sur d’autres types d’affections psychiques, la SMT est réservée pour l’instant au traitement de la dépression réfractive et aux hallucinations auditives liées aux maladies psychotiques. Ses bénéfices dans la prise en charge thérapeutique de ces deux affections ont été prouvés par plusieurs études cliniques menées à travers le monde. L’une des plus récentes a été présentée lors du dernier congrès annuel de l’American Psychiatric Association, en avril dernier, et a porté sur son intérêt dans le traitement des dépressions sévères. Menée auprès de 257 patients, cette étude observationnelle et multicentrique a montré que lorsqu’elle est appliquée pendant une phase aiguë de quatre à six semaines, la SMT permet d’obtenir une réponse clinique significative chez les patients. Ainsi, 68 % d'entre ces derniers ont présenté une amélioration de leur état clinique et 45 % ont obtenu une rémission complète (1). L’efficacité de la SMT dans la prise en charge des hallucinations auditives chez les personnes souffrant de troubles psychotiques a été également démontrée par une série d’études cliniques. Le Dr Ralph Hoffman, chercheur à l’université de Yale, a expérimenté cette technique auprès de plusieurs patients schizophrènes. Ses travaux ont révélé une diminution linéaire significative de la fréquence des hallucinations grâce à la SMT, sans toutefois pouvoir agir sur leur intensité ou leur durée. (2)

Une « add-on therapy »
Selon le Dr Aziz Badr, psychiatre responsable de l'unité de SMT à la clinique Villa des Lilas de Casablanca, malgré ces résultats concluants, la SMT ne doit pas pour autant être utilisée en première intention, mais uniquement comme complément au traitement médicamenteux suivi par le patient. « La SMT est une « add-on therapy », une thérapie complémentaire qui vient renforcer le traitement médicamenteux déjà suivi par le patient. Dans le cadre d’une prise en charge de la dépression, elle ne doit être envisagée que face aux cas réfractaires aux traitements médicamenteux, lorsque le psychiatre a déjà prescrit un premier antidépresseur, puis un second, éventuellement de classe différente, sans que cela n’améliore l’état du patient. De même, la SMT ne peut être utilisée chez les personnes atteintes de pathologies psychotiques que pour renforcer l’action des médicaments visant à réduire la fréquence des hallucinations auditives », explique-t-il. Son taux de réussite dépend de plusieurs facteurs, notamment la gravité de la maladie, le type de traitement médicamenteux associé ou déjà essayé et la réaction à la stimulation, qui peut être différente d’un patient à un autre. « Il existe un protocole thérapeutique bien défini qui précise les modalités du traitement par SMT. Pour obtenir les meilleurs résultats, le médecin traitant doit l’adapter au profil du patient et au type de pathologie. Globalement, entre 6 et 7 patients dépressifs sur 10 répondent favorablement à la SMT. Ce taux est moins bon chez les personnes atteintes de maladies psychotiques, car ce type d’affections est plus sévère et implique plusieurs fonctions du cerveau. Il est d’environ 50 % », précise-t-il.

Réduire les risques des effets indésirables
Pour le praticien, la SMT constitue pour les patients résistant aux traitements une alternative intéressante qui, sans cette technique, sont condamnés à suivre les mêmes traitements durant plusieurs années, avec leur corollaire d’effets indésirables et parfois même de complications. « Chez les patients atteints de maladies psychotiques et ayant des hallucinations auditives, les traitements sont souvent lourds et ont parfois des conséquences neurologiques et de nombreux effets indésirables. En utilisant la SMT, le médecin traitant peut réduire la dose et le nombre des traitements prescrits. Le patient bénéficie ainsi d’une meilleure qualité de vie et est moins exposé aux risques des effets indésirables. Chez les personnes dépressives, le bénéfice est tout aussi notable, avec une diminution significative des risques d’effets indésirables et secondaires Grâce à cette technique, nous pouvons obtenir un taux de réinsertion sociale plus satisfaisant », souligne le Dr Badr. « La seule contrainte liée à cette technique est l’obligation pour le patient de suivre quotidiennement des séances d’une trentaine de minutes pendant environ trois semaines. Il doit donc être en mesure d’aménager son temps pour se conformer au protocole du traitement », poursuit-il.

Peu développée au Maroc
Malgré son intérêt, la SMT reste encore très peu développée au pays. A l’heure actuelle, elle n’est proposée que par une seule clinique dans tout le royaume. Au niveau du Maghreb, seule la Tunisie dispose d’une unité équipée du matériel nécessaire à sa réalisation. « La SMT connaît actuellement un grand essor dans d’autres pays, notamment en France, où elle est pratiquement disponible dans toutes les grandes villes. Au Maroc, et dans les autres pays du Maghreb, son développement se heurte encore au coût élevé du matériel et parfois au manque de professionnels de santé formés », explique le Dr Badr. De plus, elle n’est, pour l’instant, pas remboursée par les organismes de sécurité sociale. Bon nombre de patients ne peuvent donc en bénéficier. « Pour obtenir des résultats satisfaisants, le patient doit souvent effectuer de nombreuses séances étalées sur plusieurs semaines, ce qui peut augmenter significativement le coût du traitement. Dès son lancement, nous avons entrepris des démarches pour qu’elle soit prise en charge par les organismes de couverture médicale. Malheureusement, ces démarches n’ont pour le moment pas encore abouti. Je garde toutefois espoir que cette technique soit un jour remboursée au même titre que la sismothérapie. Le principe des deux techniques est en effet très proche puisqu’il s’agit d’une stimulation électriquement induite et transcranienne. La SMT présente toutefois l’avantage de ne nécessiter aucune forme d’anesthésie et n’expose le patient à aucun risque d’effet indésirable », indique le praticien. Selon lui, les structures psychiatriques au Maroc gagneraient à s’équiper en unités spécialisées en SMT compte tenu de son bénéfice thérapeutique avéré. « Il y a quelques années, nous discutions entre spécialistes de l’apport de la SMT et de son intérêt en psychiatrie, et le Pr Driss Moussaoui (3) avait manifesté son enthousiasme à l'égard de cette technique et émis le souhait de la voir un jour proposée au Maroc. À l’époque, nous n’imaginions même pas que ce vœu pouvait un jour se réaliser tant il semblait inaccessible. Il est devenu aujourd’hui une réalité. J’espère que, dans un avenir très proche, d’autres structures dédiées à la santé psychique au Maroc pourront également la proposer aux patients psychotiques et dépressifs et améliorer ainsi leur prise en charge », conclut-il.

Histoire
De la physique à la psychiatrie

Les premières études dédiées à la stimulation magnétique transcranienne (SMT) datent de 1914. Des scientifiques se sont appuyés à l’époque sur une loi en physique appelée « Faraday » pour produire un champ magnétique capable d’outrepasser la barrière des os et des méninges et atteindre le cerveau. Ces expérimentations se sont poursuivies jusqu'aux années quatre-vingt lorsqu’un médecin anglais, du nom de Barker, utilisa la SMT pour la première fois pour mesurer l’activité du cerveau. La SMT est aujourd’hui utilisée dans des unités psychiatriques spécialisées pour traiter certaines pathologies psychiques.


Références :
1) Demitrack MA, Carpenter l, Bonneh-Barkay D, A multisite, longitudinal, naturalistic, observational study of transcranial magnetic stimulation (TMS) for major depression in clinical practice, The American psychiatric association's 2013 annual meeting, abstract NR12-5, présentation du 21 mai 2013.
2) Hoffman RE, Gueorguieva R, Hawkins KA et al. Temporoparietal transcra-nial magnetic stimulation for auditory hallucinations : safety, efficacy, and moderators in a fifty patient sample. Biol Psychiatry 2005 ; 58 : 97-104.
3) Ancien directeur du Centre psychiatrique universitaire Ibn Rochd.

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