Miel et médecine

Des perspectives thérapeutiques prometteuses

Utilisé depuis la nuit des temps pour traiter diverses maladies, le miel, dont les vertus thérapeutiques ont été prouvées par plusieurs études cliniques, bénéficie aujourd’hui d’un regain d’intérêt de la part de la communauté scientifique.

Dr Mustapha Akmisse

Président de l’Association marocaine de recherche en médecine traditionnelle et médecin orthopédiste-traumatologue

Doctinews N° 63 Février 2014

 

Les premières traces qui attestent de l'utilisation du miel en médecine remontent à l'antiquité. Des papyrus datant de plus de 4000 ans avant J-C révèlent qu’en Egypte pharaonique le miel était utilisé notamment comme moyen contraceptif. Dans la Grèce antique, il était préconisé pour traiter la fièvre et l’ulcère, et certains médecins l'associaient à des plantes pour prendre en charge l'impuissance sexuelle. Cependant, la médecine arabo-musulmane a réservé une place particulière au miel, d’autant plus qu’il est cité dans le Coran comme produit bénéfique pour la santé (S.16 ; V. 68) : « Et voilà ce que ton Seigneur révéla aux abeilles : Prenez des demeures dans les montagnes, les arbres et les treillages que les hommes font » et V. 69 : « Puis mangez de toute espèce de fruits, et suivez les sentiers de votre Seigneur, rendus faciles pour vous. De leur ventre, sort une liqueur, aux couleurs variées, dans laquelle il y a une guérison pour les gens. Il y a vraiment là une preuve pour des gens qui réfléchissent. » Les médecin andalous et maghrébins tels Ibn Al Baytar (1197-1248) dans son ouvrage « Kitab al ghani limufradat al adwia wal aghdia » ou « le livre de compilations des médicaments et des aliments » et Abderrazak l’Algérien (fin du XVIIe S) dans son œuvre « Kechf arroumouz fi charhi al aaqaqir oua alaachab » ou « Révélation des énigmes dans l’exposition des drogues et des plantes » ont consacré de longs chapitres aux vertus fortifiante, anti-constipante et apaisante en cas de mal de gorge. Enfin, dans le livre « Tuhfat Al Ahbab fi mahiat annabat wa al aachab » ou « don précieux aux amis, traitant des qualités des végétaux et des simples » (traité anonyme de la matière médicale traduit pour la première fois en 1881 par Jean Meyer dans le Journal de Médecine et de la pharmacie de l’Algérie), on trouve la recette de l’oxymel, mélange de miel, d’eau et de vinaigre qui serait efficace contre les douleurs articulaires.

Secrets thérapeutiques
Malgré les nombreux écrits sur ses multiples vertus thérapeutiques relayés à travers les âges, la médecine moderne ne s’est intéressée à cette substance que tardivement. En effet, jusqu’à la deuxième moitié du XXe siècle, peu d’études scientifiques lui ont été consacrées. Porté par la vague de la médecine douce, le miel bénéficie aujourd’hui d’un intérêt grandissant. Au fil des essais cliniques, il commence à livrer peu à peu ses secrets thérapeutiques.
Des études ont révélé que ce produit issu de la ruche contient de nombreuses substances dont l’effet thérapeutique a été prouvé depuis longtemps. Il en est ainsi des flavonoïdes, des métabolites secondaires qui appartiennent à la famille des polyphénols et qui aident l’organisme à mieux lutter contre les radicaux libres. Ils sont, en outre, impliqués dans le mécanisme d’action contre les inflammations, notamment celles liées aux infections respiratoires. Une étude (1) réalisée par des chercheurs américains et à laquelle a pris part près d’une centaine d'enfants âgés entre 2 et 18 ans et présentant une affection des voies respiratoires supérieures, a montré qu’un traitement à base de miel uniquement permet de réduire la gravité de la toux, améliore le sommeil et apaise les maux de gorge. Son efficacité est même supérieure à celle de certains antitussifs pour soulager la toux nocturne. L'efficacité avérée du miel serait, selon les scientifiques, liée à sa capacité à favoriser la sécrétion de salive et de mucus qui adoucissent la gorge, à sa forte teneur en sucre qui augmente la production d'opioïdes endogènes et à ses propriétés anti-oxydantes et antimicrobiennes. Les résultats des études sur l'effet thérapeutique du miel sur la toux confirment, par ailleurs, les recommandations de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) qui préconise un traitement à base de miel pour soulager la toux nocturne chez l'enfant âgé de plus d'un an.

Action antibiotique
Au-delà de ses propriétés anti-inflammatoires, le miel possède une action antibiotique. Si cette vertu est connue depuis fort longtemps, les scientifiques n’ont jamais été en mesure d’établir son mécanisme exact. Certains estimaient qu'elle était favorisée par le pH acide du miel, peu favorable au développement des bactéries ou à la présence très faible des protéines nécessaires à leur nutrition. D'autres considéraient qu'elle était davantage liée au peroxyde d'hydrogène, un composant chimique anti-germinatif. Récemment, une équipe de chercheurs néerlandais (2) a pu, pour la première fois, identifier le facteur clé responsable de l'effet antibiotique du miel. Il s’agit de la défensine, une protéine impliquée dans l’immunité innée et dont le dysfonctionnement peut être associé à plusieurs pathologies, notamment la maladie de Crohn. Les tests effectués ont montré que la défensine est en mesure de neutraliser des bactéries comme le Bacillus subtilis, l’Escherichia coli et le Staphylococcus aureus, qui peuvent, parfois, être résistantes aux antibiotiques. Même si les résultats de ces recherches semblent ouvrir de nouvelles perspectives dans la prise en charge des résistances aux antibiotiques, les scientifiques expliquent que, comme tous les antimicrobiens, la défensine que contient le miel perdra de son efficacité au fil du temps, lorsqu'elle sera utilisée plus fréquemment. Il n'en demeure pas moins que le miel constitue, à l'heure actuelle, une alternative intéressante lorsque les bactéries ne peuvent être éliminées par à une antibiothérapie « classique ».

Effet cicatrisant
D’autres vertus thérapeutiques du miel ont été scientifiquement prouvées par la science ces dernières années. L'une des plus remarquables a trait à la prise en charge des plaies. Si les guérisseurs et les sorciers utilisaient le miel depuis la nuit des temps pour aider à la cicatrisation des plaies, la médecine moderne considérait qu'une telle pratique relevait davantage du charlatanisme et ne lui accordait, par conséquent, pas ou peu d'intérêt. Aujourd'hui, de plus en plus de praticiens utilisent le miel en milieu hospitalier pour favoriser la cicatrisation des plaies, quelle que soit leur étiologie ou leur forme. Ils s’appuient sur des études cliniques qui ont confirmé son effet cicatrisant. L'une des plus concluantes a été menée au CHU de Limoges par les Pr Bernard Descottes et Ghislaine Pautard, entre 1984 et 2009, et a concerné plus de 3000 patients. Les deux praticiens ont utilisé avec succès des pansements à base de miel pour traiter plaies, ulcères et cicatrices chirurgicales infectées. Bien que les mystères de l'action cicatrisante du miel ne soient pas encore totalement élucidés, les chercheurs pensent que le glucose qu'il contient joue un rôle clé dans la fermeture et l’assèchement de la plaie. Il favoriserait aussi l’émission des cytokines (hormones impliquées dans le fonctionnement du système immunitaire) et des interleukines (protéines qui servent de médiateurs entre les cellules du système immunitaire). Par ailleurs, les expérimentations cliniques ont montré que certains types de miel sont plus efficaces que d'autres pour traiter les plaies. Les cliniciens ont constaté que l'utilisation de variétés à base de thym, une plante dont les propriétés antiseptiques sont reconnues, permettent une cicatrisation plus rapide des plaies.

Des précautions s'imposent
Certains types de miel seraient donc plus efficaces que d'autres pour prendre en charge des affections spécifiques. Les spécialistes expliquent que les propriétés thérapeutiques du miel dépendent, entre autres, de son origine sécrétoire (miel de nectar ou de miellat) et son type (mono ou polyfloral). Les miels monofloraux sont les plus utilisés car ils permettent aux praticiens de proposer une réponse thérapeutique ciblée. Pour autant, le miel ne doit pas être prescrit à tous les patients sans tenir compte de leur profil ou de leurs antécédents car il peut être parfois à l'origine de graves complications, notamment chez les nourrissons âgés de moins d'un an. Susceptible de contenir des spores de Clostridium botulinum, le miel peut provoquer le botulisme, une pathologie caractérisée par une faiblesse musculaire qui peut évoluer vers une paralysie. Les personnes diabétiques doivent également faire preuve de prudence si elles souhaitent suivre une thérapie à base de miel en raison de sa teneur assez élevée en glucose. Pour limiter les risques d'hyperglycémie, elles doivent veiller à intégrer le miel dans la ration quotidienne de glucides autorisée par leur médecin. D'autant qu'à l'heure actuelle, il n'existe que peu de protocoles de traitement en raison du nombre encore limité d’études scientifiques consacrées aux contre-indications du miel. Celles actuellement en cours devraient sûrement contribuer, dans le futur, à établir avec plus de précision les modalités de traitement pour chaque indication et aider ainsi à minimiser les risques des effets secondaires du miel dans le cadre d'une utilisation thérapeutique.
 

Indications
À chaque affection son miel

Il existe aujourd'hui une grande variété de miels. Chacune est indiquée pour un usage thérapeutique bien précis. Face à une infection respiratoire, par exemple, un miel à base d'eucalyptus, de thym ou de lavande réputés pour leur effet antiseptique, doit être privilégié. Pour traiter une insomnie ou des palpitations, le miel d'oranger est plus recommandé en raison de son action sédative. Il est également préconisé pour traiter les états spasmodiques, surtout chez l’enfant. Le miel d’acacia peut être utilisé pour réguler le transit intestinal et est recommandé aux patients en convalescence. La médecine traditionnelle marocaine emploie également de grandes quantités de miel dans les préparations « Sellou ou sffif », « l’amlou » et « lanjbar », réputés efficaces comme aphrodisiaques ; dans le sud marocain, on continue à fabriquer de l’hydromel, une boisson fermentée obtenue à partir du mélange d’une part de miel et de 15 parts d’eau. Ce breuvage est utilisé comme produit énergisant.


Références :
1- Paul IM, Beiler J, et al. Effect of honey, dextromethorphan, and no treatment on nocturnal cough and sleep quality for coughing children and their parents. Arch Pediatr Adolesc Med. 2007 Dec ; 161(12) : 1140-6.
2- Kwakman PH, te Velde AA, de Boer L, Speijer D, Vandenbroucke-Grauls CM, Zaat SA. How honey kills bacteria . FASEB J. 2010 Jul; 24(7) : 2576-82. Epub 2010 Mar 12.

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