Thérapie de groupe

Partager pour mieux gérer

La thérapie de groupe correspond à une prise en charge d’un groupe de patients présentant une ou plusieurs difficultés communes. Pouvant être assurée par un ou plusieurs psychothérapeutes, elle est basée sur différentes techniques comme la verbalisation des émotions, le jeu de rôle et l’échange guidé entre les patients.

Sonia Benkabbou

Psychologue clinicienne et psychothérapeute à Casablanca

Doctinews N° 66 Mai 2014

 

Apparue dans les années cinquante aux Etats-Unis et issue de la psychanalyse, la thérapie de groupe est une approche thérapeutique destinée à aider le patient à surmonter ses difficultés psychiques à travers l’échange et les jeux de rôle. Son idée fondatrice est de faire profiter les patients de l’effet de groupe en les incitant à prendre conscience du fait que d’autres personnes partagent leur souffrance. Cette approche thérapeutique vise également à renforcer la volonté et l’engagement du patient à faire face à ses problématiques. Pour les spécialistes, le fait d’exprimer ses difficultés psychiques devant un groupe de personnes, dans des cas précis, a en effet un poids et un impact plus importants que lors d’une thérapie individuelle. À la différence de cette dernière, le patient peut recueillir instantanément les observations, voire les critiques des autres membres du groupe lors des échanges, une démarche qui lui permet d’adopter un nouveau regard sur sa difficulté psychique.

Identifier les besoins du patient
Le champ d’intervention de la thérapie de groupe est très vaste et comprend, entre autres, les phobies, les difficultés d’habilité sociale et les addictions. Elle peut également être envisagée dans le cadre d’une prise en charge visant la réinsertion des personnes atteintes de pathologies psychiques lourdes, notamment les troubles psychotiques. Pour autant, elle ne doit être indiquée qu’après un entretien personnalisé conduit par le psychothérapeute afin de déterminer sa pertinence. Selon Sonia Benkabbou, psychologue clinicienne et psychothérapeute à Casablanca, il s’agit d’une étape clé qui conditionne la réussite de la thérapie. « L’entretien préliminaire vise à la fois à déterminer le degré de motivation de la personne, à identifier ses besoins et à savoir si le groupe correspond réellement à ses attentes. Il est associé à des questionnaires qui permettent d’affiner les besoins thérapeutiques et peut varier en fonction de l’approche thérapeutique choisie et de l’orientation du psychothérapeute », explique-t-elle. Dans le cadre d’une thérapie cognitivo-comportementale (TCC) de groupe, par exemple, cet entretien vise à identifier précisément les problématiques actuelles du patient selon le concept de l’« ici et maintenant », l’un des principes fondateurs de la TCC, et conduit à la rédaction de l’ « analyse fonctionnelle ». En fonction du nombre de difficultés auxquelles fait face le patient, plusieurs analyses fonctionnelles sont parfois nécessaires. « Un patient qui boit, fume et se drogue a besoin de trois analyses fonctionnelles différentes avant d’entamer la thérapie. Le procédé permet d’analyser les conséquences, aussi bien positives que négatives, de l’arrêt de ces trois substances et aide le patient à identifier le type de dépendance qu’il souhaite combattre en premier. Plus l’analyse fonctionnelle est précise et exhaustive, meilleure sera la prise en charge du patient », indique Sonia Benkabbou.

Importance des jeux de rôle
Lorsque l’entretien préliminaire est réalisé et l’indication de la thérapie clairement posée, le patient est invité à rejoindre un groupe de personnes partageant les mêmes difficultés. Il est tenu de respecter certaines règles, rappelées au début de chaque séance par le psychothérapeute. Il doit notamment veiller à respecter le temps de parole de chacun, être ponctuel et ne pas divulguer les discussions tenues au sein du groupe. Il doit, en outre, participer activement aux discussions lors des séances, et surtout aux jeux de rôle, un outil thérapeutique qui constitue l’un des piliers de la thérapie de groupe. « Lors des séances de thérapie de groupe, nous proposons, dans un premier temps, des jeux de rôle basés sur des thématiques inspirées de la difficulté rencontrée par les patients. Au fil des séances, nous laissons la liberté aux patients de choisir eux-mêmes les sujets des discussions. L’objectif est de les aider à exprimer leurs émotions et de leur apprendre à mieux gérer les situations angoissantes. Les jeux de rôle sont ensuite commentés, et parfois même critiqués par les autres membres. Le psychothérapeute doit toutefois veiller à ce que les réactions et les observations ne soient pas blessantes ou violentes à l’égard des acteurs », précise la praticienne. Par ailleurs, les jeux de rôle sont souvent associés à des exercices de mise en situation que le patient doit réaliser à l’extérieur. Ils sont destinés à évaluer sa réaction face à des situations pouvant exacerber sa difficulté dans la vie réelle.

Reproduire à l’extérieur
Si, pour certains patients, les jeux de rôle effectués lors des séances de groupe constituent une véritable épreuve à surmonter, les exercices réalisés à l’extérieur le sont davantage, d’où l’importance de l’évaluation préalable, pour éviter que le patient ne se retrouve en situation d’échec. La difficulté découle du fait que les patients sont privés de toute assistance et doivent gérer seuls la situation. « Lors des séances de groupe, le patient évolue dans une sorte de cocon et fait face à des personnes qu’il connaît. Dans la vie réelle, il doit redoubler d’effort pour accomplir l’exercice demandé. Dans le cadre de la prise en charge d’une difficulté d’affirmation de soi, par exemple, le psychothérapeute peut demander au patient d’entrer dans une boulangerie pour acheter un pain au chocolat et de changer d’avis au moment où la boulangère le met dans le sachet. Cet exercice peut se révéler extrêmement difficile pour un patient éprouvant des difficultés d’affirmation de soi », souligne Sonia Benkabbou. Le déroulement de l’exercice est ensuite raconté en détail lors de la séance suivante puis soumis à la discussion. Afin de pouvoir l’évaluer objectivement, le patient doit faire preuve de sincérité et rapporter ce qui s’est réellement produit.

Eviter les dérives
Pour aider les patients à réaliser des progrès et pouvoir agir sur leur comportement, les activités proposées, qu'elles soient effectuées à l'extérieur ou dans le cadre des ateliers de jeux de rôle, doivent absolument être encadrées par des praticiens qualifiés, ce qui est loin d'être le cas au Maroc. De l'avis des spécialistes, bon nombre de thérapies sont assurées par des personnes qui n'ont aucune formation en psychologie, ce qui peut conduire à des dérives, voire même à mettre la santé des patients en danger. Pour éviter ces risques, les spécialistes plaident pour un encadrement plus rigoureux à travers des garde-fous qui interdiraient aux personnes non qualifiées de pratiquer des thérapies de groupe. Il en va, expliquent-ils, de la santé des patients.

Conduite de la thérapie
Des préalables à respecter

Pour que la thérapie de groupe fonctionne, l’homogénéité du groupe est essentielle. Les patients doivent nécessairement présenter les mêmes difficultés psychiques afin de faciliter les échanges et le partage entre les membres. Il est également important de limiter le nombre de participants à huit personnes, au maximum, afin d’offrir à chaque patient le temps nécessaire pour s’exprimer, d’autant que la séance dépasse rarement deux heures. En revanche, il n’existe pas de règle quant à la durée totale de la thérapie. Cette dernière dépend des objectifs thérapeutiques et du type de trouble dont souffre le patient. De même, le déroulement d’une séance de thérapie de groupe varie en fonction de son objectif. Une TCC de groupe est toujours guidée par le psychothérapeute, et les patients ont une liberté modérée à interagir entre eux. Pour une thérapie axée sur les habilités sociales, le thérapeute accorde plus de liberté aux patients pour qu’ils échangent entre eux, en veillant toujours à ce que le temps de parole de chacun soit respecté.

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