Stress

Entre normalité et pathologie

Phénomène biologique, physiologique et comportemental normal, le stress est un mécanisme qui permet à l’organisme de s’adapter à toute nouvelle situation. Une fois dépassé, il est à l'origine de nombreuses perturbations, d’où l’intérêt de le reconnaître et de savoir le gérer.

Dr NADIA Kadiri

Professeur de psychiatrie et responsable de l'Institut marocain de thérapies cognitives et comportementales,

Doctinews N° 67 Juin 2014

 

Les travaux de recherche ont montré que la réaction de l’organisme face aux agents stressants se déroule en trois stades :
• Phase d’alarme : le corps tente de s'adapter au stimulus stressant. Le système limbique, « cerveau » des émotions, donne l’alerte au corps. Le système nerveux sympathique active ensuite la glande surrénale et libère l’adrénaline, l’hormone du stress. Sa diffusion dans le sang permet de préparer l’organisme à faire face au stress en augmentant la quantité d’oxygène et de glucose et d'irriguer les organes principaux, notamment le cœur, les muscles et le cerveau.
• Phase de résistance : elle peut durer plusieurs jours, voire plusieurs semaines. L’axe hypotalamo-hypophiso-surrénal entre alors en action et le cortex surrénal élève sa concentration de cortisol sanguin lequel augmente à son tour la glycémie, la pression artérielle et mobilise les ressources de l’organisme.
• Phase d'épuisement : elle est atteinte si cette mobilisation dure longtemps. Les changements physiologiques se transforment en troubles somatiques et psychologiques : hypertension artérielle, diabète, infarctus du myocarde, troubles du sommeil, anxiété, dépression. Les répercussions sont aussi d'ordre social et professionnel avec irritabilité, difficultés relationnelles et diminution du rendement professionnel.

Attention au stress chronique
Des études ont également montré que le stress chronique peut être à l'origine de complications nettement plus graves. Il peut, entre autres, favoriser les accidents cardiovasculaires ischémiques. Une analyse à grande échelle menée en Europe entre 1985 et 2006 auprès de 200 000 personnes actives a révélé, en effet, que les sujets exposés au stress pendant de longues périodes auraient un risque de 23 % plus élevé -par rapport à ceux qui n'y sont pas exposés- de faire un infarctus du myocarde. En matière d’événements coronariens, sur une période de 7 ans de suivi en moyenne, 2 358 ont été recensés au terme de cette étude qui a été publiée dans Le Lancet en 2012 (1). D'autres études scientifiques ont montré que les personnes exposées en permanence au stress peuvent développer également un diabète de type 2. Des chercheurs suédois ont suivi 6 828 hommes qui n’avaient aucun antécédent de diabète, de maladie coronarienne ou d’AVC sur une période de 35 ans. Les résultats de leur étude (2) ont montré que les sujets ayant un stress permanent ont 45 % de risque supplémentaire de développer un diabète. Outre le diabète et les accidents cardiovasculaires ischémiques, le stress peut, selon des travaux récents, favoriser l'apparition de la maladie d'Alzheimer. Une étude menée en Argentine, auprès de 107 personnes, et dont les résultats ont été présentés lors du 22e congrès de la Société européenne de neurologie, a conclu que le stress peut provoquer un processus dégénératif cérébral et déclencher la maladie d’Alzheimer.

Inégaux face au stress
Notre capacité d’adaptation au stress et à le gérer est très variable d'un individu à l’autre, et chez un même individu d'un moment à un autre. Des facteurs biologiques, psychologiques, éducationnels, sociaux et conjoncturels déterminent cette variabilité inter et intra-individuelle face au stress.
La réaction de stress dépend de deux facteurs principaux :
1- Les facteurs externes que sont les stresseurs et le soutien dont on dispose, lequel joue un rôle « protecteur » ;
2- La personne elle-même et ses aptitudes à faire face.
Selon le Pr Nadia Kadiri, professeur de psychiatrie et responsable de l'Institut marocain de thérapies cognitives et comportementales, il ne fait aujourd'hui aucun doute que la réponse au stress varie en fonction du type d'agent stressant et de la capacité de chacun à y faire face. « Face à un stresseur matériel tel que le traitement d'une grande quantité d'informations dans un laps de temps réduit ou l'accumulation de tâches, certaines personnes finissent par ne plus savoir ce qui doit être traité en priorité. En conséquence, elles travaillent plus qu’elles ne le peuvent et peuvent se tuer à la tâche sans que le rendement ne soit satisfaisant. Outre les sources matérielles, le stress peut être dû à des agents de stress de type relationnel. Des conflits entre collègues au travail, des pressions venant de la hiérarchie, un manque de reconnaissance ou de communication sont autant de facteurs qui peuvent déclencher le stress chez la personne », explique le Pr Kadiri qui ajoute que la capacité de chacun à faire face au stress conditionne grandement la réaction aux agents stressants. Certaines personnes sont plus vulnérables que d'autres, notamment les sujets dits de « type A ». Il s'agit d'individus exigeants vis-à-vis d'eux-mêmes et des autres, souvent impatients, ne connaissant pas leurs limites et qui se dépensent sans compter pour atteindre un objectif fixé. Lorsqu'elles n'arrivent pas à surmonter leur stress, leur quotidien devient un véritable calvaire, d'où l'importance pour eux d'apprendre à bien gérer les situations stressantes.

Identifier l'agent stressant
Il existe plusieurs programmes de gestion de stress destinés à aider les personnes réagissant mal au stress à adopter des réactions mieux adaptées. Mais avant d'envisager ces programmes, les spécialistes insistent sur l'importance d'identifier d'abord les sources de stress auxquelles la personne est confrontée. « Pour les personnes submergées par le stress et qui éprouvent une grande souffrance, tant physique que psychologique, l'idéal serait de recourir à un psychothérapeute. Ce dernier utilisera des questionnaires qui lui permettront, d'une part, de détecter la source de stress et, d'autre part, de quantifier le stress du patient. Après l'évaluation des données recueillies, le praticien pourra mettre en place le programme de gestion de stress qui répond le mieux aux besoins du patient », indique le Pr Kadiri. Les approches thérapeutiques préconisées varient, par ailleurs, selon le type de la difficulté constatée. Le programme prescrit comporte souvent des exercices de relaxation et est associé à un régime alimentaire adapté. « Très souvent, les personnes stressées ont recours au café ou au tabac pensant que ces substances les aident à déstresser. Or, il s'agit d’excitants qui aggravent leur état et les empêchent de résister aux effets négatifs du stress. Un régime alimentaire sain, associé à une bonne hygiène de vie, est un élément clé dans la lutte contre le stress négatif », souligne à nouveau la praticienne qui insiste également sur l'importance de pratiquer régulièrement une activité physique. L'important n'est pas tant de rechercher la performance, mais d'aider l'organisme à libérer les tensions accumulées et de renforcer ses capacités à affronter les situations stressantes.

Tai-chi-chuan
Un remède efficace

Né il y a plus de 2 500 ans en Chine, le Tai-chi-chuan est un ensemble de mouvements codifiés inspirés des arts martiaux. Pratiqué le plus souvent en groupe, cet art ancestral consiste à déplacer son corps lentement et doucement tout en respirant profondément et en méditant. Une pratique régulière permet d'apaiser le corps et surtout de contrôler ses réactions face aux situations stressantes. Il est également indiqué pour les personnes souffrant de troubles de sommeil liés au stress.

Références
1) Job strain as a risk factor for coronary heart disease: a collaborative meta-analysis of individual participant data. The Lancet. Oct 2012 ; 380(9852) : 1491–1497.
2) Perceived stress and incidence of Type 2 diabetes : a 35-year follow-up study of middle-aged Swedish men. Diabetic Medicine. Janvier 2013 ; 30(1) : e8-16.
3) Charly Cungy. Savoir gérer son stress, coll. Savoirs Pratiques, Retz, 1999, 2003, 2006.

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