Troubles du sommeil et sécurité routière…

Totalement antinomiques !

Une étude américaine (1) a montré que le risque d’accident ou de quasi-accident est quatre à six fois plus élevé pour un conducteur somnolent par rapport à un conducteur vigilant.. Evaluer et traiter les causes de la somnolence au volant pourrait donc contribuer à éviter un grand nombre d’accidents de la route, surtout au Maroc où l’on a enregistré, d’octobre 2010 à février 2011, 24 829 accidents dont 1 187 mortels.
Des chiffres qui ont tout de même baissé d’environ 11 %, comparés à la même période de l’année précédente, après l’entrée en vigueur, le 1er octobre 2010, du nouveau code la route ! (2)

Dr Fouzia kadiri

Chef du service ORL du CH Mohammed V et responsable du Centre régional du sommeil – Casablanca

Doctinews N° 34 Juin 2011

 

La somnolence a un effet négatif certain sur la conduite automobile car elle est la cause directe de 20 % des accidents de la circulation ! On pourrait même comparer le manque de sommeil à une prise d’alcool puisqu’il a été démontré qu’une nuit blanche équivaut à une alcoolémie de 80 mg d’alcool par 100 ml de sang (en France et en Belgique, par exemple, le taux légal est de 50 mg d’alcool par 100 ml de sang) et que deux heures de sommeil de moins par nuit, cumulées sur deux semaines, sont l’équivalent d’une nuit blanche. La fatigue serait le principal coupable de la somnolence et le syndrome d’apnée obstructif du sommeil (SAOS), la principale cause médicale (la somnolence est trois fois plus fréquente chez les patients présentant un SAOS). La somnolence diminue la concentration et la capacité de réagir à un événement inattendu. C’est pour cette raison que, durant l’évaluation du risque de somnolence chez un patient conducteur, il faut non seulement prendre en compte les accidents où ce conducteur s’est endormi, mais aussi tous les autres. Les accidents de la route causés par la somnolence surviennent très souvent à la fin de la nuit ou au milieu de l’après-midi (heures correspondant au cycle journalier de l’hypovigilance physiologique) ; dans la plupart des cas, il s’agit de sorties de route sur autoroutes avec absence de passagers et absence de signes d’évitement. Il existe néanmoins d’autres causes d’hypersomnolence diurne, tels la narcolepsie (prévalence de 0,07 %), le syndrome des jambes sans repos (7 %), la prise de certains médicaments ou encore la dépression qui doit être recherchée en l’absence d’étiologie évidente.

Somnolence diurne excessive = épisodes de sommeil involontaires au cours de la vie sociale ou professionnelle :
- Légère : peu de répercussion,
- Modérée : répercussion modérée,
- Sévère : importante perturbation.

 

Evaluation de la somnolence

Les troubles attentionnels et la somnolence sont les plaintes principales des patients porteurs d’un syndrome d’apnées obstructives du sommeil (SAOS). L’évaluation de la vigilance chez ces patients est donc déterminante, tant sur le plan diagnostique que thérapeutique. Pour ce faire, en plus de la connaissance des antécédents d’accidents du patient et des facteurs associés, plusieurs tests existent pour aider le clinicien.
La méthode la plus utilisée pour le diagnostic, mais également pour le suivi thérapeutique, est le questionnaire d’Epworth qui permet une appréciation initiale. Le test d’OSleR (Oxford Sleep Resistance Test) représente une variante du test de maintien de l’éveil (TME) proposée par le groupe d’Oxford. Au cours de ce test, l’endormissement n’est plus attesté par la visualisation directe des électroencéphalogrammes, mais par une absence répétée de réponse à une stimulation lumineuse. Le test itératif de latence d’endormissement (TILE) permet une évaluation objective de la somnolence diurne excessive. Pour que ces deux derniers tests soient fiables, il est nécessaire que les techniques de réalisation soient effectuées selon les recommandations publiées par les sociétés savantes américaine et française. Les TME et TILE restent difficiles à effectuer en routine clinique (nécessité d’appareillages et de personnels qualifiés). Toutes ces techniques « objectives » ont des normes publiées, mais souvent établies sur de petits échantillons de population.

Définition du syndrome d’apnées obstructives du sommeil = critères A ou B + critère C
  A : somnolence diurne excessive non expliquée par d’autres facteurs,
  B : deux au moins des critères suivants non expliqués par d’autres facteurs :
- Ronflement sévère et quotidien,
- Sensations d’étouffement ou de suffocation pendant le sommeil,
- Eveils répétés pendant le sommeil,
- Sommeil non réparateur,
- Fatigue diurne,
- Difficultés de concentration,
- Nycturie (plus d’une miction par nuit),
  C : Critères polysomnographiques ou polygraphiques  : index d’apnée-hypopnée > 5 / h de sommeil

 

Diagnostic du SAOS

Le risque d’accidents chez les patients atteints d’apnée obstructive du sommeil étant de deux à sept fois plus élevé que chez une population normale, il est impératif de rechercher chez un somnolent un SAOS. C’est l’étude de l’enregistrement du sommeil et des paramètres cardio-respiratoires qui nous permet de faire le diagnostic de cette pathologie des voies aériennes supérieures dûe au relâchement et à la collabsibilité des muscles du pharynx. Le
bilan électrophysiologique est réalisé soit dans un Centre du Sommeil, soit en ambulatoire. Le résultat de cette exploration est défini par le nombre d’apnées et d’hypopnées par heure de sommeil.
Apnée = pause respiratoire > 10 s
Hypopnée= diminution du débit respiratoire > 50 % avec désaturation en oxygène et/ou micro-éveil

 

Sévérité du syndrome des apnées obstructives du sommeil SAOS/ Index d’apnée-hypopnée (IAH)/ heure de sommeil
- Léger : IAH est > 5 et <15 événements par heure ;
- Modéré : IAH est ≥15 et <30 événements par heure ;
- Sévère : IAH ≥30 événements par heure.
 

Facteurs associés à l’augmentation des risques de somnolence au volant
- Durée de sommeil de moins de 5 heures par nuit (dette de sommeil),
- Prise d’alcool,
- Prise de sédatifs et de narcotiques,
- Horaires de travail variables,
- Trajet de longue durée.

 

Le SAOS, un syndrome à prendre au sérieux
Le SAOS entraîne un sommeil de mauvaise qualité avec des conséquences néfastes sur la vie active : manque d’attention, troubles de l’humeur, troubles de la concentration, diminution de la libido, problèmes socioprofessionnels, fatigue chronique et, plus grave encore, la somnolence diurne excessive peut entraîner un accident du travail ou un accident de la route.
Le SAOS augmente de 300 % (3) le risque d’hypertension, d’infarctus du myocarde (crise cardiaque) et d’accident cérébral vasculaire (AVC). Les patients qui présentent un IAH (Index d’apnée-hypopnée) élevé, surtout associé à une insuffisance cardiaque droite ou à une somnolence diurne excessive, doivent être considérés comme présentant un risque élevé d’accident.
Pour prévenir un SAOS, il convient de traiter précocement le ronflement (non traité, celui-ci se complique dans 10 % des cas d’un SAOS), avoir un poids santé, éviter le tabac, l’alcool et les hypnotiques.
Le traitement du SAOS relève des spécialistes qui vont juger du choix entre le traitement diététique, de l’orthèse d’avancée mandibulaire, de la chirurgie ou de la pression positive continue (PPC).
De manière générale, lorsqu’un patient présente une pathologie de type syndrome d’apnées obstructives du sommeil, il semble important de mettre en place une stratégie visant à limiter tout épisode de privation de sommeil ou tout travail en horaires postés qui peuvent aggraver significativement la somnolence lors de la conduite automobile. Il est également important de sensibiliser le conducteur à l’augmentation du risque d’accidents en présence de somnolence diurne excessive…

 


Références

(1) Klauer S, Dingus TA, Neale V et al. The impact of driver inattention on near-crash/crash risk : An analysis using the 100-car naturalistic driving study data. Contract No. DTNH22-00-C 07007 (Task Order No. 23), Blacksburg VA : Virginia Technological Transportation Institute 2006: P. 226.
(2) Selon le Comité national de prévention des accidents de la circulation (CNPAC)
(3) D’après une présentation du Dr Pierre Maye, pneumologue, directeur Clinique du sommeil et Professeur agrégé au CHUM, Université de Montréal (lors de la journée provinciale de sensibilisation à la fatigue au volant - 14 Octobre 2010)

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