Pour un été sans problème

Le soleil sous haute protection

Bien que l’exposition au soleil ait des bienfaits sur la santé (apport en vitamine D, bien-être et stimulation du moral, traitement dans certaines pathologies cutanées…) elle peut causer, en cas d’excès et de non protection, des lésions cutanées, accélérer le vieillissement ou encore être la cause d’un cancer de la peau…

DR MOUNIR SBAI

Médecin dermatologue - Rabat

Doctinews N° 35 Juillet 2011

 

Chaque année, la vigilance s’impose : il faut éviter de s’exposer au soleil entre 10 h et 16 h alors que l’intensité des rayons ultraviolets est maximale ! De plus, la durée d’exposition doit être progressive : au-delà de 45 mn, voire 20 mn par grand soleil, la peau sature risquant d’engendrer un coup de soleil.
Une protection efficace est celle qui protège contre les ultraviolets B (UVB) qui provoquent l’érythème de la peau et des brûlures, et des ultraviolets A (UVA), qui eux, sont responsables du déclenchement des Lucites, des photosensibilisations médicamenteuses et de l’aggravation de certaines dermatoses (acné, rosacée, lupus…). La méthode de protection par les vêtements reste efficace, surtout contre les UVB (comme les crèmes solaires), mais aussi contre les UVA et les radiations visibles. Néanmoins, il faut savoir qu’un vêtement mouillé arrête moins les UV qu’un vêtement sec (ce que beaucoup de parents ignorent, malheureusement), qu’ une couleur foncée assure une protection contre les UV alors qu’une couleur claire protège contre les infrarouges ; les tissages serrés (tels que la serge de coton, les satins imprimés…) offrent un meilleur coefficient de protection.
Certains compléments alimentaires, riches en caroténoïdes (béta-carotène ou lycopène) et idéalement dosés en antioxydants (Vitamine A, E et sélénium), préparent la peau aux bains de soleil et permettent de contrecarrer les effets de vieillissement encourus. Généralement, cette cure par voie orale doit débuter une quinzaine de jours avant l’exposition au soleil. Afin d’éviter tout abus pouvant avoir des conséquences néfastes pour le corps, ces substances doivent être prises sur prescription médicale.

 

Les crèmes solaires, un concentré de protection

Aujourd’hui, les préparations antisolaires dépassent le domaine de la cosmétologie pour entrer dans celui de la médecine préventive. Pendant longtemps, en effet, les crèmes solaires ont été utilisées exclusivement contre les UVB. Un peu plus tard, des filtres solaires UVA ont été ajoutés à ces produits pour garantir une protection plus large, notamment en évitant le problème du vieillissement accéléré par le soleil et en prévenant les effets cumulatifs d’expositions répétées (rides, taches, kératoses…). Actuellement, l’attention se concentre sur la prévention des cancers de la peau par le biais de la protection solaire.
Les crèmes solaires sont formées par l’association de plusieurs principes actifs, à savoir les filtres et les écrans solubilisés ou dispersés dans un excipient et associés à des agents complémentaires (anti-radicaux libres, anti-inflammatoires, céramides hydratants).
Les filtres sont des molécules synthétiques qui assurent une protection photochimique en absorbant l’énergie de certains photons (en l’occurrence, les rayons ultraviolets). Les filtres chimiques ne sont pas efficaces sur l’ensemble du spectre UV. Il existe des filtres à spectre d’absorption étroit, sélectifs des UVB (dérivés du benzilidène camphre, benzimidazoles, cinnamates, esters de l’acide para-amino-benzoïque PABA) et des filtres à spectre large efficaces contre l’UVA (benzophénones, dérivés du dibenzoylméthane). En général, plusieurs filtres sont associés pour obtenir le maximum d’absorption spectrale, sans dépasser une concentration de 6/8 % dans le produit fini. D’un autre côté, l’absorbance de chaque filtre est fonction de sa concentration. Les filtres solaires, correctement appliqués, divisent par 10 le risque de cancers cutanés. Mais ils sont nettement sous-utilisés, souvent par ignorance des conséquences sévères de l’exposition aiguë aux rayonnements solaires.
Les agents « écrans », quant à eux, sont des poudres microscopiques inertes opaques (talc, oxyde de zinc, oxyde de fer, mica, dioxyde de titane). Ils assurent une protection physique par réflexion de la lumière (tels des miroirs microscopiques) et diffusion du rayonnement UV. Ces substances, qui n’entraînent pas d’allergies, absorbent à la fois les UVA et les UVB et sont surtout indiquées chez les enfants et pour les peaux pathologiques et/ou allergiques. Leur efficacité dépend de leur concentration.
Cependant, leur opacité les rend difficilement acceptables du point de vue cosmétologique expliquant leur concentration qui dépasse rarement les 5 % dans le produit.
Généralement, le choix de la forme galénique des produits antisolaires se porte sur les émulsions hydrophile/lipophile qui se fixent à la surface de la peau et résistent à l’eau et aux transpirations. L’appellation « Waterproof » signifie qu’une protection résiduelle doit persister après 2 bains mais, quelles que soient les conditions, l’application doit être renouvelée toutes les deux heures et en quantité suffisante.
La consistance de ces produits est choisie selon la région de son application : une crème pour le visage, un lait pour le corps et un stick pour les zones fragiles (lèvres, nez, cicatrices, grains de beauté…). Les solutions huileuses, ayant rarement un indice de protection élevé, sont souvent utilisées en application capillaire pour protéger les cheveux contre le soleil.

 

Indices de protection, un choix crucial

L’évaluation de l’indice de protection (IP) d’une crème solaire se fait en exposant une petite surface de peau (généralement un carré de 10 cm sur 10 cm, sur le dos) à des doses d’UVB croissantes à partir d’une lampe au xénon qui reproduit le rayonnement ultraviolet du soleil jusqu’à la congestion et la rougeur de la peau (dose érythémale minimum DEM). L’indice de protection est le rapport existant entre le temps nécessaire pour obtenir un coup de soleil avec et sans produit (une dose de produit solaire de 2 mg par cm2 est appliquée sur la zone témoin).
L’IP d’un produit antisolaire est un moyen d’estimer son efficacité photoprotectrice, mais il reste indicatif car sa mesure est statique et ne prend pas en compte les frottements, la transpiration et les bains. En pratique, un IP de 2 à 5 protège faiblement, permettant le bronzage, mais n’évitant pas le coup de soleil, un IP de 6 à 9 empêche le coup de soleil, mais également le bronzage si la crème solaire est appliquée trop souvent, un IP de 10 à 15 signifie une protection élevée (ces produits arrêtent les UVA et UVB) et un IP de 16 et au-delà offre une protection totale (*).
Certains laboratoires indiquent toujours un indice inférieur à l’indice moyen qu’ils obtiennent car la couche de produit solaire appliquée est en pratique au moins deux fois plus mince qu’en laboratoire. De plus, la transpiration a tendance à diluer le produit. L’indice de protection théorique écrit sur l’emballage doit souvent être divisé au moins par deux pour avoir une signification honnête.
Bien entendu, le choix de la crème doit dépendre du phototype individuel. Plus ce dernier est bas, plus l’indice de protection doit être élevé. Ainsi, les peaux moins claires choisiront des indices de 15, 20 et 25 et une exposition moindre pour ne pas risquer les brûlures. Les peaux claires, émaillées de taches de rousseur ou sujettes aux rougeurs nécessitent un indice de 30 à 40. Pour les peaux blanches et rousses, il faut appliquer un indice de 50 de même que pour les peaux pathologiques, celles sujettes aux taches brunes et celles des enfants. Les peaux mates, naturellement protégées par la mélanine, quant à elles, nécessitent des indices moins élevés.
Le choix d’un produit solaire doit également prendre en compte l’intensité de l’ensoleillement et il ne faut pas oublier que l’indice de protection n’est pas le même sur toutes les régions du corps : les parties saillantes et fragiles (visage, cou, épaules, mains, décolleté) doivent être protégées par des indices élevés.

 

à chaque peau sa crème

Les produits antisolaires présentent parfois des effets secondaires potentiels : irritation de la peau (rare quand l’excipient n’est pas alcoolique), allergies de contact exceptionnelles (benzylidène camphre, benzophénones), photo-allergies de contacts (oxybenzone, isopropyldibenzolméthane).
L’industrie des crèmes solaires ayant récemment connu un grand essor, certains produits, en plus de leur action préventive contre les méfaits du soleil, peuvent contenir des substances dépigmentantes, anti-rougeurs ou anti-acné, d’où l’intérêt de consulter son dermatologue pour une bonne prescription de la crème la mieux adaptée à chaque peau.
En conclusion, durant la période estivale ou durant les vacances, il faut bronzer en évitant à la peau un vieillissement prématuré et surtout en évitant le mélanome. Il faut également penser à bien hydrater sa peau après l’exposition et boire régulièrement. Enfin, il ne faut pas oublier que l’application d’un écran doit être accompagnée des autres précautions de protection solaire surtout à la plage où les rayons se réfléchissent sur les cristaux de sable.
Qu’en est-il au Maroc ? Ces dernières années, les comportements vis-à-vis du soleil commencent à changer. La vente des crèmes solaires est en nette augmentation quoiqu’aucune étude nationale n’ait été menée dans ce sens. Mais la multiplication des vendeurs et des espaces de santé en est une preuve. Cependant, un effort doit être fourni de la part des autorités et des industriels pour rendre le prix de ces produits accessible à toutes les tranches de la population.

 


 

ATTENTION !

- Même par temps couvert, 85 % des rayons UV peuvent traverser les nuages.
- Les UVB peuvent pénétrer la surface d’une piscine jusqu’à un mètre de profondeur
- La neige renvoie 70 % du rayonnement, le sable 25 % et l’eau 10 %.
- Même protégé par un produit antisolaire, il ne faut pas prolonger exagérément l’exposition au soleil. En retardant la réaction douloureuse aux rayons UV et en supprimant la rougeur, les crèmes solaires risquent de permettre des expositions prolongées responsables de conséquences néfastes à long terme.
- Les gouttes d’eau (après la baignade ou celles de la transpiration) diminuent les propriétés protectrices de la crème ou de l’huile solaire (même pour les waterproof) ; de plus, l’eau a des vertus photosensibles qui peuvent densifier l’action du soleil sur la peau, d’où la recommandation de renouveler l’application du produit solaire toutes les deux heures et après chaque bain.
- Le coup de soleil est toujours nocif, en particulier pour les enfants qu’il prédispose au mélanome une fois qu’ils sont devenus adultes.

 

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