Prise en charge des patients par l’hypnose

Une alternative thérapeutique efficace lorsqu’elle est bien menée

Bien qu’elle ait fait ses débuts dans le domaine médical depuis le 19e siècle en Europe (Dr Freud, Dr Braid, Pr Bernheim, les Dr Janet et Pavlov), ce n’est qu’avec les travaux du Docteur Milton Erickson, psychiatre américain (1904-1984), que l’hypnose thérapeutique a connu un véritable essor.

Dr Bouchra Ammor

Médecin généraliste et hypno-praticienne - Casablanca

Doctinews N° 39 Décembre 2011

 

Classiquement, on définit l’hypnose comme un état de conscience modifiée : on parle d’état de transe hypnotique. Les personnes hypnotisées ne sont pas endormies, mais bien conscientes, tout en ayant accès à leur inconscient. Elles sont donc dans un espace de la psyché le plus large possible ! Tous les mécanismes sensoriels sont en éveil et certaines zones du cerveau, particulièrement sollicitées, travaillent de manière synchrone. C’est pourquoi, actuellement, on parle plutôt d’expansion de la conscience pendant l’état de transe.
Après une phase d’induction, qui permet au patient de se relâcher et d’entrer dans le processus hypnotique avec une communication entre le conscient, le corps et l’inconscient, la technique hypnotique   est basée sur les suggestions indirectes et sur les métaphores. Le médecin les utilise tout au long des séances, avec un langage poétique, de façon adaptée et subtile.

 

L’hypnose, pour quelles situations ?

L’utilité et l’efficacité de la pratique de l’hypnose ont été scientifiquement démontrées dans un large panel de cas. L’hypnose est indiquée pour soigner différents types de douleurs, de maladies ou de situations d’inconfort, rencontrés sur les plans psychique et/ou somatique.

 

Des études ont démontré que 87 % des patients atteints de fibromyalgie obtenaient un soulagement grâce à l’hypnose.

En effet, une thérapie par hypnose est tout à fait indiquée dans des manifestations variées d’anxiété et de stress ou encore dans les phobies qui mettent l’individu en situation d’inconfort ou de souffrance. L’hypnose s’avère efficace dans le traitement des dépressions, notamment réactionnelles. Son utilité est également démontrée dans les cas de troubles du comportement tels que la boulimie, l’anorexie, les addictions (alcool, tabac, drogues...), l’énurésie, ou les troubles sexuels. Elle trouve particulièrement son champ d’action dans les troubles psychosomatiques : migraines, maladies dermatologiques (lichen plan, psoriasis, pelades, certains eczémas), les troubles fonctionnels digestifs (colopathie, syndrome de l’intestin irritable...), autant de symptômes qui peuvent être améliorés par des traitements médicamenteux, mais dont le caractère chronique ou récidivant laisse supposer un problème intrapsychique non résolu, et souvent non conscient. Dans ces situations, l’hypnose s’avère pertinente pour accéder à l’origine de la maladie. Les résultats sont également probants pour certaines pathologies bien particulières telles que la fibromyalgie. Des études ont démontré que 87 % des patients atteints de fibromyalgie obtenaient un soulagement grâce à l’hypnose.
Un des domaines où l’hypnose est fortement utilisée est celui des douleurs : dans différentes localisations, de différente intensité, ainsi que celles du patient en fin de vie. Dans ces derniers cas, l’objectif consiste non seulement à soulager le patient de sa douleur, mais aussi à lui apporter un certain bien-être et lui permettre une meilleure qualité de vie. Enfin, n’oublions pas que l’hypnose est utilisée en anesthésie, seule ou en association : l’hypnosédation est souvent pratiquée en chirurgie dentaire, en obstétrique ou dans d’autres actes chirurgicaux ou exploratoires.

 

L’accès à l’inconscient

Cet important champ d’action s’explique par le fait que l’hypnose est un travail sur l’inconscient, cette partie subtile de la psyché, acteur majeur du fonctionnement de l’être humain tout autant que la partie consciente. Cette part intérieure, inconnue, a un impact primordial sur nos actions, nos pensées, nos sensations vécues de manière consciente, et interfère sur elles, même imperceptiblement. L’hypnose est d’ailleurs un état naturel que chaque personne vit sans s’en rendre compte, un état qui nous permet de faire plusieurs choses en même temps comme conduire, surveiller la route, le tableau de bord, écouter de la musique et répondre à un passager qui pose une question.
L’inconscient peut alors être considéré comme une mémoire interne cachée, qui enregistre tout ce qui est vécu par une personne (inconscient individuel), prenant en compte l’impact de l’environnement, mais aussi l’impact de tout ce qui précède la vie intra-utérine, dépasse le vécu du seul individu, et que le Dr Karl Gustave Jung a nommé « inconscient collectif ».
Ainsi, l’inconscient peut nous signifier l’existence de conflits internes qui se traduisent par des troubles psychiques, somatiques ou du comportement. Le médecin dirige donc ses patients vers des séances de thérapie par l’hypnose. Il les aide à accéder à leur inconscient parce que ce dernier recèle toutes leurs ressources, alors qu’elles n’en ont pas connaissance. L’hypnose sollicite ces ressources insoupçonnées pour les mettre au service de la personne, ce qui induit une dynamique du changement et un accès au bien-être et au soulagement.

 

La nécessaire implication du patient dans  le processus

Bien que l’hypnose fasse partie des thérapies dites brèves, le nombre de séances varie selon la pathologie, son vécu par le patient, mais aussi selon l’implication du patient et son engagement dans le processus thérapeutique. En effet, la démarche consiste à amener le patient à se connecter à son inconscient, à accueillir ce qu’il lui révèle, puis de laisser faire, de manière subtile, le travail s’accomplir. Pour progresser entre chaque séance et permettre une continuité du processus thérapeutique, le patient est d’ailleurs amené à pratiquer l’autohypnose chez lui, quand il le souhaite.
La réussite du processus dépend avant tout de son désir de s’engager dans le chemin qui va l’amener d’un état de souffrance ou d’inconfort à un état d’amélioration, voire de guérison ou de confort. Pour que changement il y ait, le patient est amené à être dans une attitude de lâcher prise (par rapport à ses limitations internes, ses croyances erronées), et d’ouverture vers des possibilités non imaginées auparavant.

 


 

L’écoute, un préalable indispensable

L’objectif d’un médecin est de soigner, de soulager les souffrances et de faciliter le chemin vers la guérison, par ses différentes approches et moyens dont il dispose. Passer plus de temps avec les patients, les écouter, tenir compte de leur ressenti, particulièrement dans les situations ou l’absence de cause organique laisserait supposer l’existence d’un conflit interne, est un préalable indispensable avant de proposer une thérapie par l’hypnose. Celle-ci peut être proposée seule ou comme traitement complémentaire. Mais la pratiquer sans historique de la maladie et surtout de certains éléments de la vie du patient n’est pas recommandé. De même, l’hypnose ne peut remplacer un traitement médicamenteux chez les patients ayant un cancer. Néanmoins, une association, en support/soutien, est bénéfique pour ces patients.

 

Des professionnels formés

Pour accéder à l’inconscient et y puiser les ressources qui vont permettre au patient de trouver ses solutions, la transe hypnotique doit être guidée par un médecin. Le médecin peut utiliser cet outil qu’est l’hypnose dans toutes les indications ou situations citées plus haut, et qui relèvent de son domaine habituel de pratique.  Une formation spécifique aux objectifs et techiques de cette thérapie est indispensable. Il existe plusieurs écoles de formation, qui  permettent l’obtention d’un diplôme destiné aux divers professionnels de la santé, dont une au Maroc. Pourtant, nombreux sont les patients marocains susceptibles d’être aidés et soulagés grâce au recours à l’hypnose. Beaucoup de médecins, quelle que soit leur spécialité, rencontrent des patients qui sont des candidats potentiels à l’hypnose. Une meilleure connaissance de cet outil thérapeutique permettrait à ces praticiens d’orienter leurs patients vers des confrères formés. Car cette voie, qui a fait ses preuves à l’étranger, reste encore à explorer et exploiter au Maroc. à savoir que l’Association Marocaine d’Hypnose Clinique a vu le jour en mars 2011, et regroupe une quarantaine de médecins formés, toutes spécialités confondues.

 

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