Homéopathie

Le grand pouvoir des petites doses

Bien que son efficacité ait été vivement débattue à travers le monde, l’homéopathie perdure depuis le XVIIIe siècle. Aujourd’hui, l’OMS (Organisation mondiale de la santé) la considère comme une médecine complémentaire ou parallèle (MCP) et, parmi les autres médecines dites douces ou naturelles, ses vertus bénéficient d’un regain d’intérêt de la part des patients.

Dr Rajaa Chbani Idrissi

Présidente de l'Association d'homéopathie de Marrakech

Doctinews N° 43 Avril 2012

 

Révolution médicale pour les uns, effet placebo pour les autres, la controverse autour de l’homéopathie n’a en rien altéré son succès puisque, depuis 200 ans, par le biais de cette pratique médicale originale, sont soignés de nombreux patients.  C’est en 1796 que  le Docteur Samuel Hahnemann pose les jalons d’une nouvelle médecine dont il précise les fondements dans un ouvrage paru en 1810, intitulé « Organon de l’Art de Guérir ». Son succès, face à des maladies incurables à l’époque, offre à la méthode l’occasion de se répandre dans de nombreux pays tout au long du XIXe siècle. Avec les progrès et l’avènement des médecines classiques durant le siècle suivant, la pratique homéopathique connaît un certain déclin, jusqu’à ce que la prise de conscience écologique, l’évolution des idées sur la prise en charge médicale et l’avantage du coût des médicaments poussent les patients à s’y tourner à nouveau.

 

La loi des semblables et de l’infinitésimalité

Par rapport à l’approche médicale classique, dite allopathie, l’homéopathie repose sur des principes innovants, mais qui se fondent pourtant sur des concepts anciens. Le nom d’homéopathie, issu des mots grecs homeo et pathos, signifiant « similaire » et « souffrance », fait référence au principe de similitude, généralement attribué aux travaux d’Hippocrate, mais également évoqués dans les écrits de Paracelse, de Jan Baptist Van Helmont et de Georg Ernst Stahl. Selon le concept « similia similibus curantur » (« Le semblable soigne le semblable »), une substance qui, à forte dose, provoque un groupe de symptômes chez une personne en bonne santé, peut, à faible dose, guérir le malade souffrant de ce même groupe de symptômes. Cette pratique induit une sollicitation des mécanismes de défense de l’organisme par les médicaments homéopathiques.

 

La thérapie homéopathique considère qu’un individu est un tout physique et psychologique.

Ce premier principe va de pair avec la loi de l’infinitésimalité, ou procédé des hautes dilutions. La théorie homéopathique considère en effet que les dilutions successives jusqu’à une proportion infinitésimale, et la dynamisation  des produits souches, potentialisent des effets curatifs. Ces produits peuvent être d’origine minérale (sel marin, soufre, or, diamant…) ou animale (venin d’abeille ou de serpent, encre de seiche…), mais les substances végétales comme l’arnica, la chélidoine, la belladone, le quinquina… sont les plus utilisées. L’extrait original est dilué (généralement dans un mélange d’eau et d’alcool), en proportion décimale (basse dilution), centésimale (CH centésimale hahnemanienne inscrite sur les tubes) ou  millisimale (haute dilution) jusqu’à disparition de toute trace chimique des molécules, puis « dynamisé » par une série de secousses.

 

La médecine de la personne

La thérapie homéopathique considère d’autre part qu’un individu est un tout physique et psychologique, que l’environnement auquel il est relié influe sur sa santé et que chacun exprime la maladie à sa façon. Selon la formule des homéopathes, « l’homéopathie ne traite pas les maladies, mais les malades ». De fait, le médecin doit questionner le patient afin de cibler les symptômes qui lui sont propres et qui le différencient d’un autre malade atteint de la même affection. Par conséquent, la première consultation, qui peut durer de 30 à 45 minutes, voire plus selon les cas, consistera à prendre connaissance d’un certain nombre d’éléments tels que le passé médical, l’apparition et la nature des troubles, les antécédents familiaux, l’histoire du patient, les réactions générales de l’organisme, mais aussi le tempérament, les rêves, les humeurs… Cette personnalisation de la thérapie, qui individualise la maladie, le diagnostic, et donc le traitement, est à la base de la pratique homéopathique. Avec elle, et un suivi précis et rigoureux du patient, le médecin homéopathe instaure une approche innovante de la relation médecin-patient. L’exactitude du diagnostic nécessite une certaine coopération entre les deux acteurs, et l’efficacité du traitement dépend en grande partie de cette intrication patient-praticien-remède.

 

Plusieurs cibles thérapeutiques

Selon le site web des laboratoires Boiron, 300 millions de personnes dans le monde, dans plus de 80 pays, ont recours à l’homéopathie. L’une des raisons de cette réussite est son absence totale de toxicité, qui répond au fondement hippocratique « Primum non nocere » (« D’abord, ne pas nuire »), et en fait un remède de choix pour les femmes enceintes et les enfants. Par ailleurs, son prix, beaucoup plus accessible, concurrence clairement les médicaments allopathiques. Un large public y a recours pour soigner les maladies occasionnelles aiguës, comme les grippes et les épidémies virales, les gastro-entérites ou les rhinites, ainsi que les traumatismes (coups, entorses…). Elle peut aussi être utilisée dans le traitement préventif et curatif des maladies « de terrain », les troubles chroniques ou récidivants tels que les mycoses, cystites, migraines, eczéma, psoriasis, herpès, asthme ou déficience immunitaire. De plus, les médicaments homéopathiques sont reconnus pour leur vertu anti-récidive parce qu’ils agissent de manière durable sur l’ensemble de l’organisme. L’homéopathie a également trouvé sa place dans le traitement de pathologies fonctionnelles ou psychosomatiques et des troubles psychiques (angoisses, dépression nerveuse…).   
Actuellement, l’homéopathie est largement utilisée par les vétérinaires et des recherches sur l’action des dilutions homéopathiques sur le végétal  sur plusieurs décennies ont mis en évidence son effet probant.

 

Trois grandes écoles

Selon l’école à laquelle ils appartiennent, les médecins homéopathes recommandent la prise d’un ou de plusieurs médicaments. Les praticiens fidèles aux préceptes de Samuel Hahnemann ne prescrivent qu’un médicament à la fois pour soigner l’état global du patient. Parallèlement à cette approche traditionnelle, dite uniciste,  l’approche pluraliste, répandue en France, consiste à additionner différents produits pour traiter les symptômes. En homéopathie complexiste, plusieurs éléments sont mélangés avant la dilution pour obtenir des produits qui combattent un type de syndrome en particulier (grippe, rhume, allergies respiratoires…). Quoi qu’il en soit, contrairement à ce que suggère l’idée de médecine naturelle et non toxique, l’automédication n’est pas recommandée, surtout dans l’approche uniciste, car elle pourrait fausser le diagnostic, interagir avec d’autres médicaments, ou tout simplement ne pas convenir à la personne. En fait, la prescription homéopathique requiert des connaissances professionnelles spécifiques afin que soit posé un diagnostic précis et adapté au patient.

 

L’homéopathie au Maroc

L’homéopathie a été introduite au Maroc dès les années 1930. Une reprise de l’approvisionnement par différents laboratoires ou sociétés a eu lieu à partir de 1985, avec dispensation de cours d’homéopathie pour former des médecins et des pharmaciens à Casablanca.
La pratique homéopathique s’est développée, notamment avec le passage d’une filiale des laboratoires Boiron sur le marché marocain, relayée par les laboratoires Bottu, et la création d’une formation professionnelle à la faculté de médecine de Rabat, en convention avec le Centre d’études et de documentation homéopathique (CEDH) de Lyon (France). Si la Société marocaine d’homéopathie (SMH), pionnière dans ce domaine, ne comptait qu’une quarantaine de membres en 1988, le regroupement d’homéopathes marocains s’est étoffé et d’autres instances, telles que l’Association d’homéopathie de Marrakech (AHM), défendent la pratique de cette médecine naturelle et proposent des formations continues aux professionnels de la santé.

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