Thérapie cognitivo-comportementale

Des indications multiples

Les psychothérapies sont des méthodes de traitement psychologique se fondant sur la communication avec un thérapeute formé à la technique de psychothérapie qu’il pratique. La thérapie cognitivo-comportementale est une psychothérapie basée sur l’application de la méthode expérimentale à la psychothérapie.

Pr Ahmed bennis

Professeur en cardiologie

Doctinews N° 44 Mai 2012

 

Selon la perspective cognitivo-comportementale , l’être humain vient au monde riche de tout un ensemble de bagages génétiques et physiologiques sur lesquels il pourra s’appuyer pour interagir avec son environnement et effectuer les apprentissages nécessaires à la gestion des situations auxquelles il sera confronté. Trois outils principaux lui permettent d’être en relation avec son environnement : les cognitions, les émotions et les comportements.
Le terme « cognition » regroupe les pensées, les images, les souvenirs qui permettent à la personne de penser le monde qui l’entoure, de l’appréhender par la raison, de lui donner un sens, de décoder les informations qui lui en parviennent et de les traiter.
Le terme « émotion » regroupe les affects de la personne (angoisse, peur, tristesse, colère, joie, plaisir, etc.) et ses sensations physiologiques (accélération du rythme cardiaque, bouffée de chaleur, nœud dans l’estomac, boule dans la gorge, etc.).
Le terme comportement correspond à ce que fait l’individu (acte, action motrice), ce qu’il dit (discours, comportement verbal), ce qu’il exprime par ses attitudes, ses regards, la position de son corps, le ton de sa voix, etc. (comportement non verbal).
Ces trois niveaux « cognition/émotion/comportement » sont en constante relation et s’influencent les uns les autres : il n’est pas possible qu’une cognition apparaisse sans qu’une émotion ne soit éprouvée (aussi discrète soit-elle) ou qu’un comportement (aussi peu visible soit-il) ne soit adopté. L’émotion éprouvée entraîne à son tour des modifications cognitives et comportementales qui produiront, en réaction, une nouvelle modification dans les autres niveaux et ainsi de suite.

 

L’efficacité de la tcc a été cliniquement prouvée dans le traitement de 15 troubles mentaux sur 16.

La thérapie cognitivo-comportementale (TTC) est appliquée de manière collaborative et socratique. Elle est basée sur l’établissement d’une compréhension partagée entre patient et thérapeute du problème. À travers cette thérapie, le thérapeute et le patient identifient le problème, le mode de son installation, de déclenchement et de maintien. Le thérapeute propose des méthodes pour changer ce fonctionnement, le patient les met en pratique. Ils évaluent les résultats afin de les généraliser.

 

Un champ d’application très vaste

Basée sur des expérimentations cliniques, la thérapie cognitivo-comportementale consiste à repérer avec le patient les distorsions de son fonctionnement psychique et comportemental, afin de l’amener à les modifier de façon progressive et rationnelle. En France, selon un rapport publié en 2004 par l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (INSERM), l’efficacité de la thérapie cognitivo-comportementale a été cliniquement prouvée dans le traitement de 15 troubles mentaux sur 16.
Ses bénéfices ne sont plus à démontrer. Elle est utilisée aujourd’hui avec succès dans la prise en charge de plusieurs troubles mentaux. La dépression (unipolaire et celle entrant dans le cadre d’un trouble bipolaire) et les troubles anxieux (trouble panique, agoraphobie, phobie sociale, phobie simple, trouble obsessif compulsif, anxiété généralisée et syndrome de stress post-traumatique) en sont les indications majeures.
Elle est aussi indiquée dans la prise en charge de perturbations psychologiques comme les troubles de l’estime de soi, le manque de confiance en soi et l’affirmation de soi, qui constituent des facteurs de risque pour les troubles mentaux. Le champ d’application de la TCC comprend également les dépendances psychologiques, comme la toxicomanie et l’addiction aux jeux vidéo. Les méthodes issues de cette thérapie ont aidé les patients à rompre le cycle de la dépendance et à retrouver leur liberté.
Par ailleurs, les prévalences élevées de la dépression, de l’anxiété ou des idées suicidaires survenant lors d’affections somatiques chroniques ou graves soulignent l’importance de la prise en charge psychologique et sociale des patients présentant ce genre de pathologies. Certains traitements psychothérapiques se révèlent efficaces pour réduire l’anxiété, les symptômes dépressifs et la douleur chez les sujets cancéreux. Plusieurs études ont même montré qu’ils prolongeraient leur survie, sans que le mécanisme physiologique impliqué, endocrinien ou immunologique, n’ait été élucidé. Aussi, l’expérience acquise en matière de prise en charge des patients a permis d’apprécier l’importance du volet psychologique et du contexte socioculturel à toutes les étapes du processus de soins.
La médecine comportementale et cognitive est l’application des sciences du comportement à la compréhension et au traitement des problèmes médicaux. Ses objectifs sont la mise en évidence et la modification des relations existant entre des comportements observables, des variables émotionnelles et cognitives, des stratégies d’ajustement de l’individu, le fonctionnement physiologique et la maladie. Cette discipline a permis le développement de techniques et de stratégies où les principes du changement comportemental et de la modification cognitive sont appliqués au traitement et à la prévention de maladies physiques. Elle représente aujourd’hui un vaste domaine interdisciplinaire où se retrouvent toutes les spécialités médicales, la médecine du travail, la psychiatrie et la psychologie. Ainsi, la TCC trouve aussi son indication dans les maladies cancéreuses, chroniques, douloureuses ou psychosomatiques, les somatisations chez des patients avec des signes fonctionnels importants, alors que les examens physiques et paracliniques restent normaux et les troubles psychologiques survenus suite à des événements traumatiques naturels (tremblements de terre, inondations…) et non naturels (actes de terrorisme, accidents de la voie publique, noyade, guerre…).
Enfin, les TCC trouvent des indications parmi des populations non malades, dans le cadre du coaching individuel et d’entreprise et dans les processus de développement personnel.

 

Déroulement de la thérapie

La thérapie cognitivo-comportementale est structurée en plusieurs étapes. D’abord, le praticien effectue une analyse fonctionnelle qui lui permet de comprendre la nature du trouble à traiter. Il s’appuie sur différentes techniques de diagnostic utilisées en psychiatrie telles que l’échelle d’auto-évaluation et l’auto-enregistrement. Ensuite, il définit avec le patient les objectifs à atteindre. Il s’agit d’un « contrat » qui porte sur le but du traitement et les tâches à accomplir durant les différentes étapes de la thérapie. Vient alors l’étape de mise en œuvre du programme de traitement. Elle consiste à appliquer le programme de la thérapie, tout en tenant compte des capacités d’assimilation du patient. Enfin, le thérapeute évalue avec le patient les résultats obtenus au terme du traitement. Le suivi est d’au moins un an après la fin de la thérapie pour prévenir les rechutes.
À la différence des autres types de thérapie, la relation praticien/patient dans le cadre d’une TCC n’est pas fondée uniquement sur les cinq composants non spécifiques de la psychothérapie, à savoir l’empathie, l’authenticité, le professionnalisme, la confiance mutuelle et l’acceptation du patient. Elle est également basée sur une relation de collaboration empirique ainsi que sur une attitude scientifique qui consiste à tester les différentes hypothèses thérapeutiques établies en commun. La TCC privilégie une démarche basée sur l’analyse fonctionnelle, elle-même basée sur une compréhension partagée du problème et une remise en question permanente de l’hypothèse d’origine.
Une thérapie cognitivo-comportementale se déroule en plusieurs séances (10 à 25). Certains troubles mentaux, notamment les troubles de la personnalité, nécessitent toutefois une prise en charge plus longue (de 1 à 3 ans). Les techniques utilisées par les psychothérapeutes varient en fonction du type de trouble mental dont souffre le patient. Chaque séance de TCC, qui dure en moyenne une heure, est structurée en plusieurs étapes. Les techniques utilisées sont par ailleurs expérimentales et collaboratives.

 

Des techniques adaptées aux troubles

L’exposition, qui compte parmi les méthodes les plus utilisées par les thérapeutes, est surtout préconisée pour le traitement des phobies, qu’elles soient spécifiques ou sociales : phobie des araignées, des avions, du sang, etc. Cette technique consiste à exposer le patient graduellement aux situations provoquant chez lui une anxiété.
Les spécialistes en thérapie cognitivo-comportementale ont recours à d’autres techniques pour aider leurs patients à retrouver un fonctionnement psychique normal, notamment la restructuration cognitive, le façonnement, la relaxation et, surtout, l’entraînement aux compétences sociales. Cette méthode, pratiquée le plus souvent en groupe, est indiquée pour les phobies sociales. À travers des jeux de rôles, le thérapeute aide le patient à mieux exprimer ses sentiments. À l’issue de la thérapie, le patient doit être en mesure d’affirmer davantage ses choix dans des situations réelles, en tenant moins compte des opinions négatives de son entourage.
De part son très vaste champ d’application et ses techniques variées, la TCC constitue donc une alternative intéressante pour les personnes souffrant de troubles anxio-dépressifs ou de phobies. C’est, en outre, une thérapie dynamique, ouverte à différents courants scientifiques et philosophiques. Pour preuve, les spécialistes en TCC ont adopté depuis quelques années des exercices de méditation issus du bouddhisme, ce qui ouvre de nouvelles perspectives de traitements pour les malades.

 


 

TCC et sevrage tabagique
La TCC a été utilisée avec succès dans l’aide au sevrage tabagique. La thérapie vise à désapprendre au cerveau le réflexe du tabac déclenché par certaines émotions. Elle modifie progressivement le comportement du cerveau face à un stimulus de même nature, en l’incitant à créer d’autres connexions neurologiques qui facilitent le sevrage. Stress ne rime plus alors avec cigarette, mais serait plutôt associé au jogging ou au vélo. La TCC aide par ailleurs le fumeur à anticiper les situations « à risque » comme le stress, ou les situations de conflits. Pour qu’elle soit efficace, la thérapie cognitivo-comportementale doit être toutefois complétée par des traitements médicamenteux. Les rechutes ne sont pas rares, mais elles font partie du processus de sevrage. Le praticien réévaluera avec le patient la démarche suivie et lui proposera éventuellement une nouvelle technique de thérapie avec des traitements médicamenteux.

 

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