Troubles de sommeil des personnes âgées

Troubles de sommeil des personnes âgées 21 novembre 2018

Entre vieillissement physiologique et affections méconnues

Le sommeil se modifie avec l’âge tant par sa structure que par sa qualité. Le temps total de sommeil diminue et ce dernier devient moins efficace car plus fragmenté par des réveils nocturnes fréquents. Mais, malgré l’âge, mal dormir ne doit pas être une fatalité. Retrouver un sommeil de qualité est possible grâce notamment à des changements d’hygiène de vie et de sommeil. Certaines maladies associées nécessitent, quant à elles, une prise en charge médicale spécifique.

 

 Doctinews N°115 Novembre 2018

 Par le Dr Khadija Moussayer

 Spécialiste en médecine interne et gériatrie et Présidente de l’Association marocaine des maladies auto-immunes et systémiques (AMMAIS)


Le sommeil est composé de cycles de plusieurs phases réparties entre le sommeil lent léger, le sommeil lent profond (récupérateur) et le sommeil paradoxal (période des rêves). Les durées du sommeil lent profond et du sommeil REM (Rapide Eye Movement) ou « sommeil du rêve » diminuent avec l’âge. La vigilance diurne est moins soutenue avec apparition de somnolence au cours de la journée. Ces troubles sont tributaires d'une réduction neuronale des structures de l'éveil et du sommeil et d’une diminution de sécrétion de catécholamines et de sérotonine qu’engendre le vieillissement. Outre ce vieillissement normal, le sommeil est susceptible d’être modifié par de multiples autres facteurs : maladies, médicaments, modifications du rythme de vie, isolement social et déclin cognitif (1, 2, 3).

L’évolution du sommeil avec l’âge

Avec l’âge, le sommeil comporte toujours des cycles d’environ 90 minutes ; le délai moyen d’endormissement d’environ 20 minutes reste également inchangé. Néanmoins, le sommeil est globalement plus léger avec moins de sommeil profond et plus de sommeil léger ; les éveils intra-sommeil augmentent en nombre et en durée, ce qui contribue à la fragmentation du sommeil et à la diminution du temps de sommeil réel. Ces micro-éveils, de durée généralement inférieure à 15 secondes, et non ressentis par les patients, peuvent être plus longs et durer quelques minutes à plusieurs heures. Leur répétition avec une fréquence parfois importante participe à la réduction de l'efficacité du sommeil. La proportion du sommeil paradoxal reste inchangée mais ce dernier a tendance à survenir plus rapidement après l’endormissement ; sa répartition se modifie au profit d'une survenue plus régulière au cours de la nuit contrairement à une prédominance en fin de nuit chez les sujets plus jeunes.

Particularités de la personne âgée

Il existe, chez les personnes âgées, une plus grande sensibilité aux bruits environnants et une perte des capacités de régulation face au froid ou à une chaleur excessive. Par ailleurs, avec le vieillissement, l’horloge biologique commence à prendre de l’avance sur son temps de telle sorte que les personnes âgées ont tendance à se mettre au lit plus tôt et à se réveiller plus tôt. A fortiori, si la personne ne maintient pas d’horaires réguliers, la désynchronisation de l’horloge biologique sera encore plus forte. Une partie du problème provient aussi de la diminution des fluctuations normales de la température corporelle. La baisse de la température corporelle survenant vers 23h est fortement liée à la tendance au sommeil. Chez les personnes âgées, cette baisse est inférieure et tend à se produire plus tôt dans la soirée, causant un changement dans leur cycle veille-sommeil. Le rôle de l’exposition à la lumière est primordial, une moindre réception de la lumière, liée entre autres à une cataracte qui diminue la quantité de lumière arrivant à la rétine, prive la personne âgée de ce signal fondamental qui permet de se coordonner sur l’horaire social et de dormir la nuit. Une moindre activité physique et d’obligations sociales entravent également un bon sommeil : une personne âgée, peu active, qui reste alitée souvent, aura un sommeil encore plus fractionné et plus léger.

Les troubles de sommeil proprement dits

Les troubles du sommeil des personnes âgées sont fréquents et très divers mais restent banalisés (4). L’insomnie est observée chez 30 à 50 % d’entre elles, les apnées de sommeil touchent jusqu'à 44 % des sujets âgés de plus de 65 ans et le syndrome des jambes sans repos affecte jusqu’à 19 % des personnes après 80 ans. Le trouble comportemental en sommeil paradoxal augmente aussi avec l’âge. L’agitation vespérale, les déambulations nocturnes, l’inversion du rythme circadien veille/sommeil sont fréquentes au cours des maladies neurodégénératives (Alzheimer, Parkinson, maladie à corps de Levy…). Par ailleurs, l’édentation et le vieillissement musculaire favorisent le rétrécissement de l’espace aérien supérieur et en conséquence les apnées obstructives du sommeil. Un tableau de pseudo-démence, une hypertension artérielle résistante, un diabète non équilibré peuvent traduire un trouble de sommeil.

Syndrome d’apnée de sommeil

Le Syndrome d'apnées au cours du sommeil – SAS (5) se définit par la survenue répétée d'obstructions plus ou moins complètes des voies aériennes supérieures au cours du sommeil, responsables d’arrêts involontaires de la respiration de plus de 10 secondes survenant plus de 5 fois par heure de sommeil . Ces apnées sont responsables de micro éveils qui altèrent la qualité du sommeil. Dans la majorité des cas, les apnées sont obstructives, dues à un relâchement de la langue et des muscles de la gorge qui ne sont pas assez toniques et bloquent le passage de l’air lors de la respiration. L’apnée du sommeil survient en général chez les personnes en surpoids, âgées. La fréquence du syndrome d’apnée du sommeil triple après l’âge de 65 ans. Le recueil des symptômes importants comme le ronflement ou les arrêts respiratoires peut être difficile chez le sujet âgé vivant seul ou dormant dans une chambre à part ou souffrant d’une certaine surdité. Des formes cliniques atypiques comme les chutes, une nycturie, des troubles cognitifs ou encore un glaucome sont aussi des signes d’appel du SAS, mais sans spécificité chez la personne âgée. Parmi les nombreuses conséquences du syndrome d’apnées du sommeil obstructif, il est à noter les troubles cognitifs qui prédominent sur l’attention, les fonctions exécutives et la mémoire. La polysomnographie est l’outil de choix pour confirmer ou infirmer le SAS. L’actimétrie offre une bonne alternative : c’est une exploration simple, utilisable même en cas de troubles cognitifs. Elle consiste à faire porter au poignet non dominant un appareil ressemblant à une montre qui fournit des données sur le temps du sommeil total, la fragmentation et l’efficacité du sommeil. La stratégie thérapeutique appliquée aux personnes âgées est semblable à celle des plus jeunes, à savoir des règles hygiéno-diététiques pour la perte de poids et une ventilation nocturne en pression positive continue au masque nasal. La prise de benzodiazépines risque d'aggraver le SAS du fait de l'hypotonie des muscles dilatateurs des voies aériennes supérieurs au cours du sommeil qu’elle induit. l

Syndrome de jambes sans repos (SJSR)

Le SJSR (6, 7) est caractérisé par des sensations désagréables et un besoin impérieux de bouger les jambes. Ces sensations s’aggravent la nuit durant les moments de repos ou d’inactivité et sont soulagées par les mouvements. Le diagnostic de SJSR est clinique et repose sur la description des symptômes par le malade. En cas de troubles des fonctions cognitives et du langage, le « test d’immobilisation suggérée » est un moyen d’aide du diagnostic de SJSR, mais ne peut être appliqué que chez les sujets âgés coopérants. Ailleurs, le diagnostic repose sur l’observation d’un comportement inhabituel type frottement des jambes ou agitation motrice et sur l’élimination d’autres pathologies entraînant des symptômes similaires : neuropathie douloureuse, troubles rhumatologiques des membres inférieurs, prurit, insuffisance veineuse, etc. La prévalence de SJSR augmente avec l’âge et atteint 19 % des patients âgés de plus de 80 ans. Les situations favorisant le SJSR comme l’insuffisance rénale, la carence martiale, la consommation médicamenteuse (antidépresseurs, lithium, antagonistes dopaminergiques), les pathologies neurodégénératives sont fréquentes. Plusieurs mécanismes seraient impliqués dans le SJSR : un dérèglement du métabolisme du fer central (au niveau cérébral), de la dopamine, des systèmes de contrôle de la douleur et une susceptibilité génétique. Le traitement de première ligne est l’application de règles non médicamenteuses (exercice physique régulier, éviter la caféine et les repas lourds avant le coucher, arrêt de médicaments suspects) et un traitement martial et dopaminergique (pramipexole, ropirinole).

Syndrome des mouvements périodiques des membres inférieurs au cours du sommeil (MPMS)

Les MPMS (8) sont très fréquents chez les personnes âgées : d’une prévalence de 5 % chez l’adulte, elle passe à 45 % des sujets âgés et à plus de 80 % des patients porteurs de SJSR. Le syndrome se manifeste par des mouvements répétés périodiques et stéréotypés des membres au cours du sommeil tels une extension du gros orteil ou une dorsiflexion du pied avec parfois une flexion du genou et de la hanche. Ce phénomène peut ne pas avoir de conséquence notable sur l’organisation générale du sommeil chez les sujets en bonne santé et n’est pas toujours pathologique. Le diagnostic de MPMS est difficilement évoqué par la clinique, le patient pouvant être inconscient des événements nocturnes. Le témoignage peut être apporté par le conjoint. La PSG avec capteurs jambiers permet de faire le diagnostic. 

Trouble comportemental en sommeil paradoxal

Le trouble du comportement en sommeil paradoxal - TCSP (9) est une parasomnie survenant exclusivement en sommeil paradoxal : l’atonie musculaire caractéristique du sommeil paradoxal laisse place à une activité motrice anormale correspondant à la mise en acte d'un rêve. Il peut être responsable d’une agitation nocturne, de cauchemars, parfois agités, pendant le sommeil, toutes ces manifestations étant susceptibles, en plus, de perturber le sommeil, d’être dangereuses ou potentiellement dangereuses en occasionnant des blessures au patient ou à son conjoint. Cette parasomnie est plus fréquente chez le sujet âgé, notamment de sexe masculin, et le plus souvent dans un contexte de maladie neurologique, notamment neurodégénérative avec parkinsonisme dont elle peut être le symptôme annonciateur. Une cause médicamenteuse ou toxique est possible. L’origine serait une anomalie fonctionnelle des noyaux pédonculopontins impliqués dans la régulation des cycles veille-sommeil et dans la locomotion. 

Insomnie

L’insomnie (6) revêt différents aspects tels des difficultés d’endormissement, des réveils nocturnes fréquents, un réveil matinal précoce et un sommeil non récupérateur avec des conséquences sur la perception de fatigue dans la journée. La prévalence de l’insomnie se situe entre 23 et 40 % chez les personnes âgées, ses formes sévères augmentant aussi avec l’âge. Le diagnostic repose essentiellement sur l’interrogatoire et les questionnaires du sommeil. L’actimétrie permet de détecter les mouvements corporels et d’estimer, de façon indirecte, la période de veille et de sommeil. L’enregistrement polysomnographique est utile dans le bilan étiologique. Les SAS et les MPMS peuvent être la cause de l’insomnie. Comme chez les sujets jeunes, il existe chez la personne âgée une forte relation entre l’insomnie et la dépression et entre l’insomnie et l’anxiété. L’insomnie est également un facteur prédictif de dépression et son amélioration un facteur de bon pronostic. 

Les causes médicamenteuses

De nombreux médicaments (4) sont susceptibles d’altérer le sommeil : les Béta-bloquants et les antihypertenseurs d’action centrale causent insomnie et respectivement cauchemars et somnolence. Une insomnie peut être engendrée par des bronchodilatateurs, des corticoïdes... ou être liée aux antiparkinsoniens ou aux neuroleptiques.

La prise en charge des troubles du sommeil

Pour améliorer le sommeil, il faut conserver une heure de coucher et de lever régulière, la sieste devant avoir lieu avant 15h l’après-midi et ne pas dépasser une heure. Une activité physique ainsi qu’une exposition à lumière naturelle durant la journée sont bénéfiques. Les boissons contenant des excitants (café, thé), ainsi que le tabac sont à éviter dès le début de l’après-midi. Pour éviter de se réveiller pour aller uriner la nuit, la consommation de boisson après 18h est à limiter. Le repas du soir doit être léger, la digestion d’un repas copieux interférant avec le sommeil. L’environnement de la chambre à coucher doit être optimal avec une bonne aération, moins de lumière et une température pas trop élevée. En cas d’insomnie (10), il faut recourir de façon parcimonieuse aux somnifères. Les traitements médicamenteux de l’insomnie utilisent principalement les hypnosédatifs, à savoir les benzodiazépines et leurs analogues les « Z-drugs » (zolpidem, zopiclone et zaleplon). D’autres classes de produits sont également employées dans certaines situations (mélatonine, clométhiazole, chloral, doxylamine et autres antihistaminiques-H1, trazodone et autres antidépresseurs sédatifs, etc.). Pour les troubles de l’endormissement, les benzodiazépines à demi-vie courte inducteurs du sommeil sont les médicaments les mieux adaptés, alors qu’ils sont plus à risque de chutes et de confusion. Pour les insomnies à réveil précoce, préférer une benzodiazépine à demi-vie moyenne en sachant qu’elles entraînent plus de sédation résiduelle. Les doses sont à adapter aux capacités d’élimination rénale ou hépatique. Une utilisation quotidienne est déconseillée et la durée limitée à 2 semaines.

Références

1- Samuel Perivier and al Approche pratique de l’insomnie en gériatrie : de la plainte au traitement Rev Med Suisse 2015 ; volume 11.2098-2103. https://www.revmed.ch/RMS/2015/RMS-N-494/Approche-pratique-de-l-insomnie-en-geriatrie-de-la-plainte-au-traitement
2- Charles M. Morin Les troubles du sommeil chez les aînés https://fondationsommeil.com/personnes-concernees/les-troubles-du-sommeil-aines/
3- Christophe Büla Agitation nocturne et personnes âgées Rev Med Suisse 2017 ; volume 13.225-226 https://www.revmed.ch/RMS/2017/RMS-N-547/Agitation-nocturne-et-personnes-agees
4- Vi-Huong Nguyen-Michel Marie-Francoise Vecchierini Exploration des troubles du sommeil chez le sujet âgé : quelles particularités ? Geriatr Psychol Neuropsychiatr Vieil, vol. 14, n° 4 - 429-37, décembre 2016 doi : 10.1684/pnv.2016.0634
5- D. Planchard and al. Le syndrome d'apnées du sommeil du sujet âgé-Revue des Maladies Respiratoires Vol 20, N° 4 - septembre 2003 pp. 558-565 Doi : RMR-09-2003-20-4-0761-8425-101019-ART12, http://www.em-consulte.com/en/article/143590
6- VH Nguyen-Michel, XY Lam, C Sebban - Le sommeil et ses troubles chez le sujet âgé L'information psychiatrique 2010/1 (Volume 86) Pages 57-64 DOI : 10.3917/inpsy.8601.0057. https://www.cairn.info/revue-l-information-psychiatrique-2010-1-page-57.htm
7- Stéphane Biselx, Joseph Ghika, Christophe Büla - Syndrome des jambes sans repos chez la personne âgée : une affection méconnue Rev Med Suisse 2008; volume 4. 2382-2386. https://www.revmed.ch/RMS/2008/RMS-178/Syndrome-des-jambes-sans-repos-chez-la-personne-agee-une-affection-meconnue
8- J. Haba-Rubio, R. Heinzer, M. Tafti, J. Krieger - Syndrome des jambes sans repos et mouvements périodiques des jambes au cours du sommeil 2012 - Elsevier Masson SAS https://www.chuv.ch/fileadmin/sites/cirs/documents/emc_rls_plms_jose.pdf
9- Smaranda Leu-Semenescu, Isabelle Arnulf - Agitation nocturne chez la personne âgée : et si c'était une parasomnie ? Psychologie & NeuroPsychiatrie du vieillissement John Libbey Eutotext Volume 8, numéro 2, juin 2010. https://www.jle.com/fr/revues/pnv/e-docs/agitation_nocturne_chez_la_personne_agee_et_si_c_etait_une_parasomnie__284811/article.phtml?tab=texte
10- Centre hospitalier universitaire vaudois - Recommandations pour l’utilisation des Somnifères chez les Personnes Âgées. http://files.chuv.ch/internet-docs/pha/medicaments/pha_recomm_somniferes.pdf

 

Dans la même rubrique

Troubles de sommeil des personnes âgées

Troubles de sommeil des personnes âgées

Entre vieillissement physiologique et affections méconnues

Le sommeil se modifie avec l’âge tant par sa structure que par sa qualité. Le ...

Lire la suite

Le tympan

Le tympan

 Du normal au pathologique !

Un tympan ne peut se décrire que s’il est projeté ! C’est le propre de l’examen oto-endoscopique. Malheu...

Lire la suite

Prise en charge du diabète gestationnel

Prise en charge du diabète gestationnel

 Revue de littérature

Le diabète gestationnel est une intolérance glucidique mise en évidence pour la première fois durant la grossesse....

Lire la suite

Dossier spécial Finlande

Dossier spécial Finlande

Données sanitaires et sociales Un trésor à exploiter

Et si l’avenir des systèmes de santé était conditionné à l’exploitation du B...

Lire la suite

L’accident de décompression en plongée sous-marine

L’accident de décompression en plongée sous-marine

Une pathologie méconnue aux conséquences dramatiques

L’accident de désaturation (ADD) en plongée sous marine est une pathologie relative...

Lire la suite

Migraine cataméniale

Migraine cataméniale

 Approche thérapeutique

La migraine est un trouble commun des maux de tête. Il existe une relation claire entre le cycle de la menstruation...

Lire la suite

Copyright © 2018 Doctinews.

All rights reserved.