ONDES ÉLECTROMAGNÉTIQUES ET SANTÉ

ONDES ÉLECTROMAGNÉTIQUES ET SANTÉ 02 octobre 2019

ENTRE CE QUE L’ON SAIT… ET CE QUE L’ON TAIT !

Téléphones portables, ordinateurs, télévisions, antennes relais…De plus en plus d’objets connectés s’immiscent dans notre maison. Le comble de la modernité arrive aujourd’hui dans les domiciles avec la domotique : système basé sur la communication à distance permettant de tout contrôler (lumière, chauffage et même qualité de l’air !) Demain, tous nos objets seront intelligents : nos réfrigérateurs géreront nos courses, nos aspirateurs seront pilotés par smartphones et nos pots soigneront eux même les fleurs qu’ils abritent. Il y aurait déjà plus de 15 milliards d’objets connectés aujourd’hui à travers la planète et les analystes tablent sur 80 milliards d’ici 2020 !

 

Doctinews N°124 SEPTEMBRE 2019

 Par le Pr Hassan CHELLY

Médecin ORL-Expert en techniques de communication et Praticien en Programmation-Neuro-Linguistique


 

Il va sans dire qu’avec la multiplication de ces objets, fonctionnant tous avec du Bluetooth, du Wi-Fi ou encore en 4G, voire en 5G prochainement, les ondes électromagnétiques sont partout. A quand la mise au point documentée et réelle de la nocivité des ondes électromagnétiques sur la santé ? Cet article, faisant suite à une Conférence grand-public donnée le 19 juin 2019, se propose de faire le point entre ce que l’on sait et ce qui est évalué scientifiquement, et ce que l’on tait, probablement sous l’effet des lois dictées par les grosses industries mercantiles.

DE QUOI PARLE-TON ?

Lors de la révolution industrielle, prendre le train était décrié car avec la vitesse, l’âme pouvait se détacher du corps ! Les médecins de l’époque, jouissant d’une grande notoriété et grandement respectés, venaient contredire ces informations mensongères. Lors de l’avènement du four à micro-onde, il ne fallait surtout pas y faire réchauffer, voire cuire les mets car… les aliments seraient alors radio-actifs ! Mais de quelles radiations s’agit-il lorsque l’on évoque les ondes électromagnétiques ? Une onde électromagnétique est une vibration d’énergie qui se propage dans l’espace et qui est susceptible de transmettre son énergie à de la matière, par le biais des propriétés électriques de cette matière. L’énergie véhiculée par l’onde est plus ou moins grande et diminue avec la distance. Une onde vibre un certain nombre de fois par seconde. On appelle “fréquence” le nombre de fois où cette onde se reproduit par seconde. Plus la fréquence est élevée, plus l’onde vibre rapidement (1). Depuis environ un siècle, aux ondes électromagnétiques naturelles se sont progressivement ajoutées des ondes électromagnétiques artificielles, basses fréquences et hautes fréquences, qui sont devenues omniprésentes dans notre environnement. Dans notre quotidien, il s’agira de distinguer les ondes émises autour de nous, soit dans notre domicile par les divers appareils électroniques (écrans, smartphone, réseau cellulaire, tablettes, objets connectés…) dont la longueur d’onde s’étale entre 0 et 300 Hz. On y retrouve les antennes relais, les fours à induction, les radio-émetteurs, les fours à micro-ondes et les radio-fréquences (radio TV, Bluetooth, Wi-Fi) (Figure 1). Les répercussions de ces ondes sur la santé dépendent de leur intensité, de leur fréquence, de leur orientation vers les structures nobles du corps humain, du tissu traversé et surtout de la distance.

ENJEUX FINANCIERS

L’industrie du tabac est sans doute l’exemple le plus flagrant de désinformation délibérée du public. Au début des années cinquante, aux USA, des études scientifiques probantes sont publiées mettant en évidence les dangers du tabac. Pourtant, de grandes campagnes de désinformation sur les dangers du tabac ont été réalisées à grand coup de discrédit et de minoration des études démontrant ces dangers par le financement d’études biaisées et abondant dans leur sens. Ainsi, le réchauffement climatique, les pesticides, les gaz touchant la couche d’ozone, l’amiante… sont autant de sujets alimentant la controverse. En fait, il faut croire que lorsque les effets nocifs ne sont visibles qu’à moyen ou long terme, il y a des enjeux financiers significatifs. Les lobbys industriels du numérique sont à pied d’oeuvre pour noyer les études, - indépendantes du reste- dans le florilège de mise à niveau des modèles technologiques à obsolescence programmée.

LES SMARTPHONES : UNE NOCIVITÉ CERTAINE !

Lorsqu’un usager passe un appel sur son smartphone, il est exposé à une double radiation : celle de l’écran de son smartphone (moindre) et celle du réseau téléphonique auquel l’usager est connecté. Nous rappelons ici, que “plus le réseau téléphonique est faible ( ascenseur, garage, habitation ancienne aux murs épais en pierre, zone à faible relai téléphonique…), plus le smartphone augmentera son émission d’ondes pour se connecter à ce réseau faible”. Il va s’en suivre quelques recommandations qui suivront au chapitre prévu dans cet article. Les GSM sont commercialisés par les opérateurs à condition qu’ils soient agrées par les instances permettant leur vente dans les pays auxquels ils sont destinés. Cette réglementation doit mettre en conformité le smartphone et son DAS (Débit d’Absorption Spécifique – décret du 8 octobre 2003). Ce DAS mesure le niveau de radio-fréquences émis par le portable vers la tête de l’usager lorsqu’il fonctionne à pleine puissance dans les pires conditions d’utilisation. L’OMS recommande un DAS < 2W/Kg, valeur de référence en France et en Europe. Le DAS des portables doivent donc être inférieurs à cette valeur et si les vendeurs ne se conforment pas à ce seuil, le smartphone en question est retiré du commerce et ne peut être vendu ! Chaque constructeur est donc tenu d’afficher le taux de rayonnement de ses modèles. Il est vrai que l’usager ne s’intéresse que très peu à ces valeurs, par méconnaissance ou simplement aveuglé par la panoplie des caractéristiques techniques des appareils qui rivalisent à ce sujet.

RISQUES RÉELS POUR LA SANTÉ

Des scientifiques indépendants mandatés par l’OMS (Centre International de Recherche sur le Cancer – CIRC) regroupant 31 chercheurs de 14 pays différents, pensent que les ondes électromagnétiques de radio-fréquences peuvent être cancérogènes pour l’homme ( Groupe 2B) sur la base d’un risque accru de Gliome associé à une utilisation du téléphone sans fil. Certains experts scientifiques convaincus par les résultats de leurs études sur la dangerosité des ondes, se rassemblent dans un collectif qui rédige un rapport intitulé le “Bioinitiative Report” (www. bioinitiative.org). Ce rapport est disponible en français avec ces principales conclusions en cherchant “Rapport bioinitiative” sur les moteurs de recherche. Cependant, nous ne sommes pas tous égaux face à ces rayonnements. Le bon sens, les études en laboratoire et statistiques révèlent que certaines parties de la population sont plus sensibles que d’autres aux effets des ondes électromagnétiques. L’effet thermique au contact des structures nobles est bien documenté lorsque l’exposition est prolongée (1). La relation tumeurs cérébrales et exposition au smartphone a fait l’objet de plusieurs études dont la plus célèbre est l’étude Interphone publiée en 2012 au Journal International d’Epidémiologie (3). Coordonnée par le CIRC, elle a démarré en 2000 sous forme d’études cas-témoins menées dans 13 pays à travers le monde, se concentrant sur quatre types de tumeurs dans les tissus qui absorbent le plus l’énergie des radio-fréquences émises par les téléphones portables, à savoir les tumeurs du cerveau (gliomes et méningiomes ; schwannomes vestibulaires) et de la glande parotide. L’objectif était de déterminer si l’utilisation du téléphone portable augmenterait le risque de ces tumeurs. Interphone est à ce jour la plus grande étude cas-témoins menée sur les rapports entre l’utilisation du téléphone portable et les tumeurs cérébrales, et elle réunit le plus grand nombre d’utilisateurs cumulant au moins 10 années d’exposition. Les biais et les erreurs limitent la force des conclusions que l’on peut tirer de ces analyses et empêchent d’établir une interprétation causale. Le risque accru est relatif et non prouvé scientifiquement. Les études se poursuivent pour chercher à établir la relation de cause à effet. Par contre un autre fait est actuellement établi : celui de la stérilité masculine. Plusieurs études révèlent que l’exposition aux smartphones, fours à micro-ondes, ordinateurs portables ou au Wi-fi aurait des effets délétères sur le nombre, la forme et la mobilité des spermatozoïdes. Ceci affecterait les anomalies ADN, responsables d’instabilité génomique. Tous ces facteurs peuvent induire des troubles de le fertilité masculine. Le facteur aggravant cette exposition est certainement la distance. Ainsi, l’OMS a fixé des valeurs de référence en Volt par mètre lié à chaque source d’irradiation. Les anti-ondes évoquent des valeurs de référence trop élevées, ce qui minorerait l’effet réel de l’exposition. Voilà le débat qui actuellement les oppose aux organismes régulateurs. Pour les associations qui se mobilisent contre ces agressions externes, nous ne sommes rien de plus que des rats de laboratoires à subir des expériences in vivo !

LES ENFANTS ET GROUPES DE PERSONNES EXPOSÉES

Des cas de leucémies infantiles, corrélés à une exposition aux ondes électromagnétiques, furent parmi les premiers signaux d’alerte sur ce sujet. Les études scientifiques ont révélé une plus grande sensibilité chez les enfants du fait par exemple de leur croissance. En effet, celle-ci implique un rythme accru de fabrication-réplication d’ADN. Certaines études scientifiques sur les ondes pointent vers un risque accru de perturbation de la production d’ADN. Le second point est certainement relatif à la finesse des os du crâne chez l’enfant. Ainsi, ceux-ci offrent une moins bonne protection face aux ondes chez l’enfant. Les jeunes enfants sont davantage concernés. Même les organismes et institutions ne reconnaissant pas les risques électromagnétiques (en dessous des normes élevées), recommandent tout de même prudence avec les enfants, notamment en matière de téléphonie et de hautes fréquences. En France, un premier cas législatif a été franchi en 2015 avec l’interdiction du Wi-Fi dans les crèches et garderies. Mais pour de nombreux experts, beaucoup reste à faire. Par ailleurs, les personnes fragiles, malades, affaiblies ou convalescentes seraient plus vulnérables que des personnes en bonne santé et dans la force de l’âge. En Grèce aussi, l’installation d’antenne-relais à proximité des écoles, des jardins d’enfants, mais aussi des hôpitaux, ainsi que des centres de soins pour personnes âgées est tout simplement interdite. Là aussi, beaucoup reste à faire dans de nombreux pays.

L’ÉLECTRO-HYPER SENSIBILITÉ : MYTHE OU RÉALITÉ ?

L’électro-hyper sensibilité (EHS) toucherait 2 à 6% des personnes exposées aux ondes. Elle se caractérise par des réactions significatives du corps lorsque celui-ci est exposé à des ondes électromagnétiques. Certaines personnes à réactivité particulière rapportent plusieurs symptômes tels que céphalées, migraine, irritabilité, insomnie… sans réelle possibilité de les objectiver lors des bilans médicaux. Ces personnes voient vraiment leur vie perturbée au quotidien par ces ondes. Elles se désocialisent en évitant de fréquenter les lieux publics sous peine de voir jaillir un cortège symptomatique invalidant. D’un strict point de vue scientifique, l’Académie Nationale de Médecine rappelle que plus de 40 études en double aveugle ont montré que les personnes qui se disent   électro-hypersensibles ne ressentent pas plus de troubles en présence qu’en l’absence de radiofréquences ! En clair, il n’existe aucune preuve scientifique objective que les ondes électromagnétiques soient impliquées dans l’EHS. L’Académie Nationale de Médecine considère que c’est une affection psychosomatique, une sorte de nocebo, qui ne vient pas de la perception des ondes, mais de l’idée qu’on leur est exposé. Le phénomène pourrait être comparé à l’agoraphobie ; la peur des lieux publics.

RECOMMANDATIONS ET PRINCIPE DE PRÉCAUTION

La peur de la science, du progrès, de l’évolution, de l’inconnu engendre opposition aveugle et croyances irraisonnées ! Partir en guerre contre les ondes et donc les lobbys industriels du numérique serait une hérésie à moins de consacrer sa vie à la lutte de causes liées à l’environnement. Néanmoins, on peut en faire une stratégie personnelle (4). Elle vise tout d’abord à identifier les sources émettrices (smartphones, ordinateurs portables, Box Wi-Fi, objets connectés…). Le bon sens voudrait que l’on éloigne et, surtout, que l’on éteigne tous les appareils dans les chambres à coucher. Il est inconcevable de voir les enfants dormir avec le smartphone qui charge sous l’oreiller ! Il faut donc imposer un Black-Out complet dans les chambres à coucher. C’est apprendre à préserver l’espace de sommeil Le smartphone n’est pas un jouet, son utilisation chez les enfant doit être rationnelle. On voit arriver à nos consultations des enfants en bas âge la tablette ou le smartphone à la main, une façon de le calmer et de l’occuper. Le brouillard magnétique dans lequel nous baignons sur nos lieux de travail ou à nos domiciles par commodité tel que le Wi-Fi nous permet de nous déplacer en restant connectés. Mais la technologie n’est pas sans risque. Il faut préférer à cela la connexion filaire réseau RJ 45 certainement plus stable et pas irradiante du tout. L’utilisation du kit oreillette pour le smartphone doit être un réflexe car cela réduit les émissions vers le crâne et le cerveau. L’utilisation du bluetooth n’est pas très recommandée car les émissions traversent complètement le crâne pour passer d’une oreille à l’autre. Il a été rappelé plus haut que plus le réseau est faible, plus le smartphone émet des rayonnements. Il est donc recommandé de passer un appel qu’en cas de conditions de réception optimales. Donc au mieux, éviter de téléphoner lorsque vous vous déplacez ou lorsque vous vous trouvez dans un lieu de faible réception (ascenseur, garage, habitations anciennes aux murs épais en pierre…). N’oubliez pas de rester fixes pendant la communication ! Il est même recommandé de passer moins de coups de fil et préférer les SMS ou mails. Là au moins, le téléphone est tenu loin de la tête. Les femmes enceintes et les adolescents doivent également prendre des précautions particulières. Pour réussir le pari d’être le moins exposé possible, il faut donc identifier les sources et agir en conséquence !

A RETENIR

Oui, les champs électromagnétiques agissent sur l’organisme. Au-delà de certains niveaux d’exposition, on constate des effets immédiats et flagrants. Il existe un débat concernant les niveaux d’exposition à considérer comme dangereux. De nombreuses études scientifiques, statistiques et en laboratoires, établissent des liens entre exposition aux ondes électromagnétiques et une multitude de pathologies. Les enfants sont potentiellement plus affectés par les ondes. Certaines parties de la population comme les électro-hypersensibles déclarent souffrir lors d’expositions aux ondes, mais cette pathologie n’est pas reconnue par l’Académie Nationale de Médecine. Les preuves scientifiques ne sont pas établies et l’usager doit comprendre l’enjeu et engager le principe de précaution. Le smartphone constitue avec le Wi-Fi les principales sources domestiques d’émission d’ondes. Il appartient aux usagers de mettre en oeuvre les moyens de prévention pour vivre dans un espace moins nocif.

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