Secourisme

Secourisme 06 novembre 2019

 Des gestes simples pour sauver des vies

Le secourisme est un ensemble de gestes d’aide que l’on apporte à une victime qui a été blessée ou qui est subitement tombée malade avant l’arrivée d’une ambulance, d’un médecin ou d’une autre personne qualifiée. L’objectif du secouriste est de sauver la vie de la victime et limiter l’aggravation des troubles.

 

Doctinews N°125 OCTOBRE 2019

 Avec la collaboration du Dr Boubker DRIOUICH

 médecin généraliste et urgentiste


Le terme « secouriste » désigne une personne ayant reçu une formation théorique et pratique en secourisme validée par des professionnels pour apporter secours à une victime. La formation en secourisme doit permettre au futur secouriste d’intervenir efficacement avant l'arrivée des secours. Elle s’articule autour de plusieurs modules dédiés dont chacun à un aspect particulier du secourisme. L’objectif est de permettre au futur secouriste de maitriser les différentes techniques de secourisme et le familiariser avec toutes les situations qui nécessitent l’intervention des secours. La formation démarre, le plus souvent, par un module dédié à la protection de la victime et de toutes les personnes se trouvant à proximité ou qui peuvent être exposées aux mêmes risques.

LA PROTECTION

Le secouriste doit d’abord apprendre à reconnaître et évaluer les dangers face auxquels il se trouve. Il doit effectuer une approche prudente de la zone d’accident, en restant à distance de la victime. Quand cela est possible, il doit supprimer immédiatement et de façon permanente les dangers environnants pour protéger la victime et les autres personnes se trouvant sur le lieu de l’accident. Il doit également délimiter clairement, largement et visiblement la zone de danger et empêcher toute intrusion dans cette zone. Devant l’impossibilité de supprimer le danger ou de dégager la victime, il doit alerter ou faire alerter les secours spécialisés, assurer une surveillance permanente de la zone de danger et empêcher toute personne de pénétrer dans cette zone jusqu’à l’arrivée des secours spécialisés.

LES CAS NÉCESSITANT L’INTERVENTION DES SECOURS

La personne s’étouffe

Le mouvement de l’air entre l’extérieur et les poumons de la victime est complètement empêché du fait d’une obstruction totale des voies aériennes. La victime est le plus souvent entrain de manger, ou, s’il s’agit d’un enfant, entrain de jouer avec un objet porté à la bouche. Brutalement, elle porte la main à sa gorge, garde la bouche ouverte, ne peut plus parler ni tousser et fait des efforts pour respirer sans que l’air n’entre ni ne sorte.

Conduite à tenir :

  • l Laisser la victime dans la position où elle se trouve,
  • l Désobstruer les voies aériennes en lui donnant 5 claques dans le dos (Figure 1). Pour réaliser ce geste, le secouriste doit se placer sur le côté et légèrement en arrière de la victime, soutenir son thorax avec une main et la pencher suffisamment en avant pour que l’obstacle dégagé sorte de la bouche plutôt que de retourner dans les voies aériennes,
  • l En cas d’inefficacité des claques dans le dos, le secouriste doit réaliser 5 compressions abdominales selon la méthode décrite par Heimlich (Figure 2).

Le but de cette manoeuvre est de comprimer l’air contenu dans les poumons de la victime et d’expulser le corps étranger hors des voies aériennes par un effet de « piston ». Suivant l’importance et la position du corps étranger, plusieurs pressions successives peuvent être nécessaires pour l’expulser. L’efficacité de ces manoeuvres peut s’évaluer par l’expulsion du corps étranger, l’apparition de toux et la reprise de la respiration. Si l’obstruction persiste malgré tout, le secouriste doit réaliser à nouveau 5 claques vigoureuses dans le dos puis 5 compressions abdominales et ainsi de suite. Il doit arrêter les manoeuvres dès que la désobstruction est obtenue ou si la victime perd connaissance et alerter les secours d’urgence.

La personne saigne abondamment La perte abondante

ou prolongée de sang conduit à une détresse (collapsus ou état de choc) qui menace immédiatement ou à très court terme la vie de la victime. Tout saignement nécessite donc une intervention de secours immédiate, rapide et efficace.

Il existe trois méthodes pour

arrêter une hémorragie :

  • l En comprimant directement l’endroit qui saigne, quel que soit le lieu de la plaie, jusqu’à l’arrivée des secours, après avoir écarté les vêtements si nécessaire,
  • l En comprimant à distance à l’aide d’un point de compression, si la compression directe de l’endroit qui saigne est impossible ou inefficace,
  • l En posant, si possible, un garrot en dernier recours si les deux techniques précédentes sont inefficaces.
  • La victime doit être mise en position allongée afin de retarder ou empêcher l’installation d’une détresse liée à la perte importante de sang. Le secouriste ne doit pas donner à boire à la victime pour limiter les risques de vomissements.

Il doit en outre protéger la victime contre le froid et/ou les intempéries et, pendant toute la réalisation des gestes de sauvetage, expliquer à la victime ce qui se passe pour la réconforter et rechercher sa coopération.

La personne est inconsciente

Une personne inconsciente, laissée sur le dos, est toujours exposée à des difficultés respiratoires du fait de l’obstruction des voies aériennes par la chute de la langue en arrière et l’écoulement dans les voies respiratoires et les poumons des liquides présents dans la gorge (salive, sang, liquide gastrique) pouvant entraîner de graves dommages aux poumons. Cette situation peut évoluer vers l’arrêt respiratoire et circulatoire en l’absence d’intervention. Il est donc nécessaire en priorité d’assurer la liberté des voies aériennes.

Conduite à tenir

Le secouriste doit desserrer ou dégrafer rapidement tout ce qui peut gêner la respiration de la victime (boucle de ceinture, bouton du pantalon, cravate, col…). Ensuite, il doit basculer doucement la tête de la victime en arrière et élever le menton. Pour se faire, il doit :

  • l Placer la paume d’une main sur le front pour appuyer vers le bas et incliner la tête en arrière,
  • l Placer 2 ou 3 doigts de l’autre main juste sous la pointe du menton en prenant appui sur l’os et non dans la partie molle du menton pour l’élever et le faire avancer (figure 3). l Ouvrir la bouche de la victime avec la main qui tient le menton,
  • l Retirer les éventuels corps étrangers visibles à l’intérieur de la bouche de la victime avec la main qui était sur le front, y compris les prothèses dentaires décrochées, sans toucher celles qui sont restées en place.

Si le secouriste constate que la victime respire, il doit la placer en position latérale de sécurité. La position dans laquelle se trouve la victime après sa mise sur le côté doit respecter les principes suivants :

  • l Le retournement de la victime sur le côté doit limiter au maximum les mouvements de la colonne cervicale,
  • l La victime doit se trouver dans une position la plus latérale possible pour éviter la chute de la langue en arrière et permettre l’écoulement des liquides vers l’extérieur, l Toute compression de la poitrine qui peut limiter les mouvements respiratoires doit être évitée. Le danger de détresse respiratoire prime sur l’éventualité de l’aggravation d’une lésion traumatique lors de la mise en position latérale de sécurité.

Le sauveteur doit ainsi contrôler la respiration de la victime en attendant l’arrivée des secours. Il surveille la respiration toutes les minutes, regarde le ventre et la poitrine se soulever, écoute d’éventuels sons provoqués par la respiration de la victime ou essaie, avec le plat de sa main, de sentir le soulèvement du thorax. Si l’état de la victime s’aggrave et que la respiration s’arrête, le sauveteur doit replacer rapidement la victime sur le dos et pratiquer les gestes qui s’imposent.

La personne ne respire plus

La vie d’une victime en arrêt respiratoire est à brève échéance : si aucun geste de premiers secours n’est réalisé, un arrêt cardiaque surviendra. Conduite à tenir

Devant une victime inconsciente en arrêt respiratoire, un sauveteur doit, après avoir libéré les voies aériennes de la victime, effectuer une réanimation cardio-pulmonaire (RCP) pour lui assurer l’apport d’air aux poumons et l’arrivée d’oxygène aux tissus et permettre ainsi sa survie en attendant l’arrivée des secours.

Il faut donc assurer immédiatement la liberté des voies aériennes :

l En desserrant ou dégrafant rapidement tout ce qui peut gêner la respiration, l En basculant doucement la tête de la victime en arrière et en élevant le menton, l En ouvrant la bouche, en retirant d’éventuels corps étrangers et en gardant le menton élevé. Le secouriste doit apprécier la respiration pendant 10 secondes au plus. S’il constate que la victime ne respire pas, n’émet aucun souffle ou aucun bruit (ni le ventre, ni la poitrine de la victime ne se soulèvent pendant les 10 secondes que dure cette recherche), il doit pratiquer immédiatement deux insufflations en procédant comme suit : l Placer la victime sur le dos si elle n’est pas déjà dans cette position, l Réaliser 2 insufflations efficaces, chacune entraînant un début de soulèvement de la poitrine en utilisant la technique du bouche-àbouche ou du bouche-à-nez. Il faut s’assurer de la présence de signes de circulation comme : l La survenue de toux ou de mouvements de la victime pendant les insufflations, l La reprise de la respiration après avoir réalisé les insufflations. Il ne faut pas mettre plus de 10 secondes pour effectuer cette recherche. Si le sauveteur est certain de l’absence de signes de circulation, il doit immédiatement débuter la réanimation cardio-pulmonaire et pratiquer les compressions thoraciques associées à une ventilation artificielle. Il faut : l Placer la victime sur un plan dur si elle n’est pas déjà dans cette position, l Réaliser 30 compressions thoraciques entre les 2 mamelons puis replacer la tête de la victime en arrière, élever le menton et réaliser 2 insufflations, l Réaliser une nouvelle série de compressions thoraciques, à une fréquence de 100 bpm. Le secouriste doit poursuivre les manoeuvres de réanimation et surveiller leur efficacité. Tous les 3 cycles de 30 compressions thoraciques et de 2 insufflations, il doit interrompre les manoeuvres de RCP pour rechercher la présence de signes de circulation. Cette recherche ne doit pas durer plus de 10 secondes. Si les signes de circulation, dont la respiration, sont présents, le secouriste doit installer la victime en position latérale de sécurité et surveiller en permanence sa respiration. Si la respiration s’arrête de nouveau ou en cas de doute, il doit remettre la victime sur le dos et recommencer la RCP.

La personne se plaint d’un malaise

Un malaise est une sensation pénible traduisant un trouble du fonctionnement de l’organisme, sans que le sujet qui l’éprouve puisse en identifier obligatoirement l’origine. Il peut être fugace ou durable, de survenue brutale ou progressive. Certains malaises sont dits graves car ils peuvent être révélateurs d’une situation pouvant à tout moment entraîner une détresse vitale. Ce type de malaise nécessite une réponse immédiate par l’intervention des secours d’urgence, éventuellement après administration du traitement prescrit à la victime pour ce type de situation. Conduite à tenir La victime doit être mise au repos immédiatement. Il faut la rassurer en lui parlant sans énervement. En cas de gêne respiratoire, il faut l’installer en position assise ou demi-assise. Dans les autres cas, l’allonger, sauf si elle adopte spontanément une autre position. Le secouriste doit s’enquérir de son état de santé habituel, lui poser quelques questions simples pour avoir des renseignements utiles pour la suite. Il doit en outre tenter d’obtenir immédiatement un avis médical ou appeler une structure médicale spécialisée. Cet appel ne doit pas être différé, même à la demande de la victime. Le secouriste doit également veiller à transmettre de façon précise ce qu’il a observé et entendu aux secours.

La personne se plaint après un traumatisme

La victime présente une plaie

Suivant son importance et sa localisation, la plaie peut être à l’origine de dangers immédiats comme une hémorragie, une défaillance de la respiration ou de complications secondaires, notamment une infection. Les plaies sont généralement secondaires à un traumatisme. Elles peuvent être provoquées par une coupure, une éraflure ou une piqûre. Le sauveteur doit pouvoir distinguer deux types de plaies : La plaie grave, dont la gravité dépend : l De sa localisation : au cou, à l’oeil ou à la face, au thorax, à l’abdomen, l De son aspect : qui saigne, déchiquetée, multiples et/ou étendues, l De son mécanisme : par projectile, par outil, par morsure ou par objet tranchant. La plaie simple, petite coupure superficielle ou éraflure saignant peu et non située à proximité d’un orifice naturel ou de l’oeil.

Conduite à tenir devant une plaie grave :

Les gestes de secourisme dépendent de la nature et la localisation de la plaie. Plaie du thorax : la victime doit être mise en position demiassise pour faciliter la respiration (figure 4). Plaie de l’oeil : la victime doit être allongée à plat dos, tête calée, yeux fermés et ne pas bouger. Le secouriste ne doit pas chercher à retirer un corps étranger oculaire. Cette position évite une aggravation éventuelle de la lésion de l’oeil. Autre type de plaie : allonger la victime à l’abri en position horizontale pour diminuer les complications et prévenir une défaillance. Si un corps étranger (couteau, outils, morceau de verre, …) est inclus dans la plaie, il ne faut jamais le retirer car son retrait ou sa mobilisation peut aggraver la lésion et le saignement.

La personne présente une brûlure

Conduite à tenir

Le secouriste doit refroidir les brûlures venant de se produire avec de l’eau (10 à 25 °C) pendant 5 minutes en laissant ruisseler l’eau sans pression sur la brûlure. L’arrosage immédiat de la brûlure diminue son extension, limite ses conséquences et soulage la douleur et la faible pression de l’eau évite l’aggravation de la lésion. Il doit ensuite retirer les vêtements de la victime le plus tôt possible sans toutefois ôter ceux qui adhèrent à la peau. En cas de brulure grave, il faut : l sauf en cas de gêne respiratoire, allonger le brûlé sur la région non brûlée, si possible sur un drap propre, l alerter les secours, l surveiller la victime de manière continue, toutes les 2 minutes au moins, lui parler, l’interroger. Si la victime est consciente, le secouriste doit poursuivre la surveillance et lui expliquer ce qui se passe pour la réconforter. Sinon, il doit pratiquer les gestes de secours qui peuvent s’imposer et signaler l’aggravation de l’état de la victime en rappelant les secours. La maitrise des différents gestes de secourisme présentés dans cet article peut ainsi sauver des vies. D’où l’importance de multiplier les formations dédiées au secourisme, surtout celles destinées au grand public. Il est également important d’évaluer régulièrement les c

connaissances des personnes déjà formées afin de s’assurer qu’elles maitrisent toujours les techniques de secourisme.

RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES 1- De Miranda C. Réduire les ondes électromagnétiques ; C’est parti !. Jouvence ; 2016 2- Belpomme and al. Thermal and non thermal health effects of low intensity non-ionizing radiation : an international perspective – Environ Pollut. 2018 Nov ; 242(Pt A) 643-658. 3- The Interphone Study Group : Brain tumor risk in relation to mobile use. International Journal of Epidemiology , Vol 41, Issue 1, Febrary 2012 (328). 4- BODIN L. Se protéger des champs électromagnétiques www.luc-bodin.com.

Dans la même rubrique

Secourisme

Secourisme

 Des gestes simples pour sauver des vies

Le secourisme est un ensemble de gestes d’aide que l’on apporte à une victime qui a été bless...

Lire la suite

ONDES ÉLECTROMAGNÉTIQUES ET SANTÉ

ONDES ÉLECTROMAGNÉTIQUES ET SANTÉ

ENTRE CE QUE L’ON SAIT… ET CE QUE L’ON TAIT !

Téléphones portables, ordinateurs, télévisions, antennes relais…De plus en plus d’...

Lire la suite

Placenta preavia

Placenta preavia

PAS DE PLACE À L’AMBIGUÏTÉ

La présence d'un placenta prævia est à l'origine d'une morbidité maternelle et néonatale importante dépe...

Lire la suite

Stabilité des médicaments

Stabilité des médicaments

Un élément crucial du bon usage

 La stabilité des médicaments est un élément crucial de leur bon usage. Il s’agit de l’un des aspec...

Lire la suite

Microbiote intestinal

Microbiote intestinal

  Implication en pathologie humaine

Le microbiote intestinal joue un rôle majeur dans la maturation du système immunitaire et dans différe...

Lire la suite

L’université 2.0

L’université 2.0

  Quel défi pour quel avenir ?

L’inévitable révolution numérique est en plein essor ! Tous les secteurs d’activité subissent une net...

Lire la suite

Copyright © 2019 Doctinews.

All rights reserved.