Incontinence urinaire féminine

Incontinence urinaire féminine 01 février 2017

Briser le silence

L’incontinence urinaire est encore un sujet tabou, à tel point que la grande majorité des femmes concernées préfère ne pas évoquer le sujet, même lors d’une consultation médicale. Le médecin généraliste a un rôle important à jouer pour les aider à franchir le pas et les accompagner vers une prise en charge adaptée. 

Doctinews N°95 Janvier 2017

Avec la collaboration du Dr Mostafa Elmcherqui

Chirurgien urologue

N
ombreuses sont les femmes qui hésitent à évoquer une pathologie pourtant bien réelle : l’incontinence urinaire. A tel point que sa prévalence est difficile à estimer. Les chiffres proposés par la littérature révèlent d’importants écarts de prévalence dans la population féminine générale, allant de 4 à 57 %, des écarts en partie expliqués par la définition retenue de l’incontinence et la population ciblée. Toutefois, ces données s’accordent sur une augmentation de la prévalence de l’incontinence avec l’âge (1).

Situation au Maroc

Au Maroc, au cours de l’année 1999, une enquête (2) a été menée auprès de 368 femmes marocaines issues du milieu urbain (Casablanca) âgées de 18 à 75 ans. Elle a révélé que 31 % des femmes interrogées souffraient d’incontinence urinaire, parmi lesquelles 49,9 % présentaient une incontinence urinaire d’effort et 56,1 % une incontinence par impériosité. 50 % des femmes incontinentes avaient plus de 50 ans et 53,5 % d’entre elles étaient ménopausées. Enfin, 26 % étaient nullipares. En 2001, une autre enquête (3) a été réalisée auprès, cette fois-ci, de 1 000 femmes âgées de plus de 18 ans avec pour objectif de préciser la prévalence et les facteurs de risque de l’incontinence. Les résultats ont porté à 27,1 le pourcentage de femmes qui ont présenté au moins un seul épisode pendant le dernier mois dont 49,44 étaient concernées par une incontinence à l’effort, 42,8 une impériosité et 7,6 par des fuites spontanées. Les facteurs incriminés étaient la ménopause, la parité, le recours aux forceps, le poids du premier bébé et la déchirure périnéale. A noter également parmi les antécédents médicaux et chirurgicaux : les infections urinaires à répétition, le diabète, la bronchite et la constipation chronique, l’hystérectomie et le traitement du prolapsus si l’incontinence n’a pas été explorée (bilan urodynamique). Dans le résumé de cette dernière enquête, il est précisé que « 85,97 % de nos femmes souffraient d'une gêne, mais seulement 8,48 % parmi elles déclaraient avoir déjà consulté pour ce trouble ; tandis que 78,96 % des femmes étaient prêtes à consulter et à entreprendre des examens cliniques ou paracliniques ». Un constat similaire à celui de l’étude de 1999 qui concluait : « La majorité de nos femmes cependant vivent avec leur incontinence. Le plus grand pourcentage des consultations se fait chez les médecins généralistes, d’où l’importance de l’information de ces médecins en vue d’un dépistage et d’une prise en charge correcte de cette maladie.» (2)
A ce titre, une réflexion est menée au Maroc pour instaurer une journée dédiée à l’incontinence urinaire de la femme afin de vulgariser cette pathologie invalidante et de briser le tabou.

Plutôt se taire

Pour une majorité des femmes donc, l’incontinence urinaire reste considérée comme une conséquence normale liée aux grossesses et au vieillissement. Elles préfèrent ne pas en parler et utilisent des moyens pour dissimuler leur pathologie comme la restriction des apports hydriques, des serviettes ou des couches (selon le niveau économique), ou enfin la miction prophylactique. Pourtant, il s’agit d’une pathologie reconnue qui impacte négativement leur qualité de vie (bien-être physique et psychique, sexualité, relations sociales, vie professionnelle) pour laquelle il existe différentes méthodes de prise en charge qui tiennent compte des spécificités de la patiente. Le médecin généraliste a donc un rôle primordial à jouer pour amener la patiente à s’exprimer, d’autant qu’avec le vieillissement de la population, la prévalence de l’incontinence urinaire va augmenter.

Plusieurs types d’incontinence

L’incontinence urinaire (IU) est définie selon la terminologie de l’International Continence Society comme étant une « perte involontaire d’urine par l’urètre », constituant un problème social ou d’hygiène et qui peut objectivement être démontrée (4).
Elle est dite d’effort (IUE) lorsque la perte involontaire d’urine survient lors d’un effort physique comme le port d’une charge ou la pratique d’une activité physique intense ou encore lorsqu’elle accompagne une toux, un éternuement, un rire... et qu’elle n’est pas précédée du besoin d’uriner. L’incontinence par impériosité (ou hyperactivité de la vessie) correspond à une perte involontaire d’urine précédée d’un besoin non inhibé et survient aussi bien le jour que la nuit, en période d’activité comme au repos. Enfin, l’incontinence mixte associe les deux types de symptômes avec une prédominance pour l’un ou l’autre. Il faut la distinguer de l’énurésie, qui correspond à une fuite d’urine pendant le sommeil. Elle s’observe chez l’enfant comme chez l’adulte. Parmi les causes de l’incontinence d’effort figurent les traumatismes obstétricaux et chirurgicaux, la carence hormonale liée à la ménopause, la constipation, la toux chronique et, plus rarement, des troubles neurologiques. L’incontinence par impériosité peut être secondaire à une infection, une tumeur vésicale, à des calculs ou à une maladie neurologique mais elle est généralement idiopathique. Il est donc important, lors de l’interrogatoire, de questionner la patiente sur ses antécédents médicaux, chirurgicaux et gynéco-obstétricaux, sur son mode de vie (pratique d’une activité sportive intense par exemple ou port de charges lourdes), sur son statut hormonal et sur les traitements médicamenteux en cours. D’autres informations telles que l’ancienneté des troubles, l’abondance des pertes urinaires, les circonstances de survenue et la présence d’autres symptômes (douleurs pelviennes, irritations, présence de leucorrhée…) permettent d’affiner le diagnostic. Le praticien doit également évaluer le degré de retentissement de la pathologie sur la qualité de vie de la patiente. Il poursuivra sa consultation par un examen neurologique et uro-gynécologique réalisé vessie pleine. Il est nécessaire également d’exclure une infection des voies urinaires à l’aide d’une analyse d’urine (test à la bandelette) ou examen cytobactériologique des urines (ECBU). Des examens plus poussés pourront être préconisés comme par exemple un examen urodynamique, le recours à l’imagerie,…. Toutefois, les examens complémentaires ne sont indiqués que lorsqu’une chirurgie est envisagée ou pour préciser un diagnostic si besoin (incontinence complexe, douleurs pelvipérinéales rapportées par la patiente…).
Idéalement, le praticien doit proposer à la patiente de remplir un calendrier mictionnel qui s’avère être un outil permettant de faire une évaluation valable de l’incontinence sur 48h00 avec une indication précise du nombre de mictions, de la quantité urinée et des incontinences ainsi que de la quantité de liquide consommée. Il peut également servir de repère pour évaluer l’efficacité d’un traitement. La patiente devra noter l’heure de chaque miction, la quantité d’urine, indiquer la survenue des fuites et leur importance ainsi que les circonstances de survenue des fuites (toux, marche, impériosité…). Il existe un autre moyen de quantifier l’importance de la fuite en grammes à l’aide du PAD Test qui consiste à peser les protections utilisées, notamment dans les cas d’incontinences urinaires intermittentes.

Prise en charge spécifique

Les mesures thérapeutiques dépendront, bien entendu, de la forme d’incontinence, du degré de l’incontinence, de son impact sur la qualité de vie et des spécificités de la patiente. Le traitement débute généralement par des modifications du comportement telles que l’arrêt du tabac (patiente fumeuse), la perte de poids (patiente obèse ou en surpoids), amélioration du transit intestinal (constipation) qui sont des facteurs favorisants. Une rééducation du plancher pelvien est généralement préconisée, aussi bien pour l’IUE que pour l’incontinence par impériosité, sous la supervision d’un physiothérapeute. Lorsque ces mesures ne suffisent pas et dans le cas de l’incontinence urinaire d’effort, l’alternative à la rééducation est chirurgicale. Le traitement de premier choix dans ce domaine consiste en la pose d’une bandelette sous urétrale qui a permis de mettre un terme à la souffrance d’un grand nombre de femmes incontinentes. Pour l’incontinence par impériosité, qui ne représente en moyenne que 20 % des incontinences, il est possible de recourir à des traitements médicamenteux, et plus particulièrement les anticholinergiques qui sont préconisés en première ligne en raison de leur efficacité sur l’hyperactivité vésicale. D’autres options pourront être envisagées par le spécialiste si nécessaire aussi bien pour l’incontinence d’effort que par impériosité. Par exemple, il faut signaler l’apport important de l’utilisation de la toxine botulinique dans les incontinences par impériosité réfractaires au traitement médicamenteux (hyperactivité detrusorienne). Il est donc clair que, s’il n’est pas encore possible aujourd’hui de guérir toutes les incontinences, il existe des solutions et des moyens pour améliorer nettement la qualité de vie des patientes. D’où l’intérêt de consulter un médecin pour une meilleure prise en charge précoce et efficace.

 

Références

1- Epidémiologie de l’incontinence urinaire chez la femme Philippe Ballanger Service Urologie, Hôpital du Tondu, Bordeaux, France Progrès en Urologie (2005), 15, Supp. N°1, 1322-1333
2- Source : Incontinence urinaire de la femme marocaine – Etude descriptive en milieu urbain A. EL Fatemi, R. Aboutaieb. I. Sarf, F. Meziane, services d’urologie et de médecine physique et réadaptation, CHU Ibn Rochd, Casablanca, Maroc 1110-5704 African Journal of Urology Vol 8, N° 4, 2002 ; 173-184
3- Ann Urol 2001 ; 35 : 280-9 - 2001 Éditions scientifiques et médicales Elsevier SAS. Prévalence de l’incontinence urinaire chez la femme marocaine. À propos de 1 000 cas. F. Mikou, O. Abbassi, A. Benjelloun, N. Matar, A. El Mansouri. Service de gynécologie B, maternité Lalla Meryem, CHU Ibn Rochd, Casablanca, Maroc
4- Association française d’urologie

 

 

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