La migraine vestibulaire

La migraine vestibulaire 27 septembre 2017

Des spécificités à connaitre

La vestibulopathie migraineuse est une pathologie bien spécifique, récemment reconnue et classifiée. La prise en charge s’articule actuellement autour d’un traitement d’attaque et d’un traitement de fond et la collaboration entre le neurologue et l’oto-rhinolaryngologiste est recommandée.

Doctinews N°103 Septembre 2017


Avec la collaboration du Dr Mossadak SEQAT

Médecin ORL - Kénitra


 a migraine vestibulaire a été reconnue par l’International Headache Society en 2012. Il s’agit d’une affection qui met en relation les symptômes de la migraine aux symptômes vestibulaires. D’après Alexandre R. Bisdorff, elle est considérée comme la deuxième cause la plus fréquente de vertige et la cause la plus fréquente de vertige épisodique spontanée (1). Pris isolément, la migraine affecterait 14 % de la population et le vertige 7 %. L’association vertige et migraine concernerait environ 3 % de la population.

Migraine

Les symptômes de la migraine ont été répertoriés dans le cadre de la classification internationale. La migraine sans aura peut être diagnostiquée sur la base des cinq critères suivants :

  • Cinq crises ;
  • Durant de 4 heures à 3 jours ;
  • Douleur unilatérale, pulsatile, modérée à sévère, aggravée par les activités physiques ;
  •  Nausées ou vomissements/ photophobie ou phonophobie ;
  •  Un examen clinique en particulier neurologique normal. Lorsque ces symptômes sont accompagnés de symptômes visuels ou sensoriels réversibles ou encore de l’apparition d’un langage dysphasique également réversible, la migraine est définie sous la dénomination de migraine avec aura.

Vertige

Le vertige correspond à une sensation rotatoire de soi ou de rotations des objets accompagnée de signes neurovégétatifs du type nausées, vomissements, sueurs et/ou tachycardie. Lorsque le patient décrit des signes d’instabilité, d’élévation du corps, des sensations de déséquilibre des pieds, la notion de dizziness, qui n’existe pas dans la terminologie française, est plus appropriée.

Migrainevestibulaire

Selon la classification internationale, le diagnostic de migraine vestibulaire est porté lorsque le patient a présenté au moins cinq épisodes de migraine avec des symptômes vestibulaires, d’intensité modérée à sévère et d’une durée de 5 minutes à 72 heures. L’histoire actuelle ou passée du patient doit évoquer des migraines avec ou sans aura selon les critères précités et au minimum la présence d’un symptôme (ou plus) accompagnateur de la migraine pendant au moins la moitié des épisodes vestibulaires. Si seulement un de ces deux critères est évoqué (ATCD de migraine ou symptômes accompagnateurs de migraine durant l’épisode vestibulaire), la migraine vestibulaire sera diagnostiquée comme probable. Enfin, il ne doit pas y avoir de meilleur diagnostic possible. Concernant les symptômes

vestibulaires, la Société Bárány inclut comme symptômes éligibles pour un diagnostic de migraine vestibulaire le vertige spontané, le vertige positionnel, le vertige visuellement induit, le vertige induit par des mouvements de tête et l’étourdissement induit par des mouvements de tête avec nausées (2).

Facteursdéclencheurs

Les facteurs déclencheurs de la migraine vestibulaire peuvent être endogènes ou exogènes. Parmi ces facteurs figurent les menstruations chez la femme, sachant que l’association migraine et vertige est plus fréquente lors des crises cataméniales. Le stress est un autre facteur déclencheur, particulièrement chez les personnes angoissées lors de périodes de stress au travail ou de problèmes familiaux, tout comme les allergies. Les examens paracliniques ne montrent pas de spécificité particulière. Le bilan vestibulaire fait ressortir une prédominance du vertige central mais les vertiges de position n’excluent pas le diagnostic. De même, l’audiométrie est normale dans 70 % des cas. A noter que la littérature mondiale parle de relation spécifique entre des migraines et des vertiges paroxystiques bénins. Il existe également une relation entre la maladie de Menière et la migraine.

Prise en charge

La prise en charge de la migraine vestibulaire repose sur un traitement d’attaque et un traitement de fond. Pour le traitement d’attaque, les triptans (Zolmitriptan ou Zomig et Rizatriptan ou Maxalt) semblent donner un bon résultat.

Les salycilés de type Aspirine ou Aspégic sont également préconisés et peuvent être administrés seuls ou en association avec les triptans et avec le métoclopramide en cas de vomissements. Pour le traitement de fond, plusieurs familles de médicaments sont proposées pour lesquelles la prescription doit tenir compte du profil du patient. Les bêtabloquants, et notamment le propanolol et le métoprolol sont des traitements efficaces, adaptés plus particulièrement aux patients hypertendus.

Les antidépresseurs, amytriptilline ou nortryptilline pour les tricycliques, et plus récemment la sertraline ou la fluoxetine, conviendront mieux aux personnes à tendance dépressive et anxieuses à qui l’on peut prescrire également des tranquillisants qui diminuent l’excitabilité cérébrale (clonazepam).

Les antihistaminiques tels le pizotifène sont adaptés aux personnes jeunes et âgées et donnent de bons résultats dans le cadre du traitement de fond. Il possède en effet trois propriétés antihistaminique, antimigraineux et un léger effet antidépresseur.

Il doit être administré le soir en raison des risques de somnolence. A noter que la molécule a également un effet orexigène. Les inhibiteurs calciques de type vérapamil et flunarizine sont également indiqués ainsi que les anticonvulsivants comme le valproate de sodium, à condition de préférer la libération prolongée. Le topiramate et le lamotrigine sont moins utilisés. En fonction du contexte clinique, il est également possible d’associer des antivertigineux aux antimigraineux. Les vestiloplégiques peuvent être prescrits lorsque le vertige devient handicapant.

La bétahistine est intéressante à titre de traitement de fond pour les vertiges associés aux migraines récidivantes et l’acétazolamide sera privilégié si le patient évoque une ataxie cérébelleuse. Enfin, la rééducation vestibulaire constitue une étape du traitement, qu’il y ait ou non prescription médicamenteuse, et la collaboration entre le médecin ORL et le neurologue est fortement recommandée pour une meilleure prise en charge du patient.


 

 1- Management of vestibular migraine - Alexandre R. Bisdorff - Ther Adv Neurol Disord. 2011 May ; 4(3) : 183–191. Doi : 10.1177/1756285611401647 2- Migraine vestibulaire : critères diagnostiques. T. Lempert, J. Olesen, J. Furman c, J. Waterston, B. Seemungal, J. Carey, A. Bisdorff, M. Versino, S. Evers, D. Newman-Toker - Document consensuel de la Société Bárány et de la Société internationale des céphalées - Revue Neurologique - Volume 170, n° 6-7 pages 401-406 (juin 2014) - Doi : 10.1016/j.neurol.2013.05.010

 

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