Epistaxis

Epistaxis 29 novembre 2017

Un événement fréquent

L’hémorragie des fosses nasales, appelée épistaxis, est considérée comme l’urgence ORL la plus fréquente. Ainsi, près de 60 % de la population connaîtra au moins un épisode d’épistaxis avec une prévalence augmentée chez les enfants âgés de moins de 10 ans et chez les adultes de plus de 70 ans. Heureusement, dans la majorité des cas, l’épistaxis est bénigne. Toutefois, l’hémorragie nasale, dans sa forme grave, peut engager le pronostic vital du patient. Elle peut également révéler une pathologie préexistante aussi bien nasale que générale.

Doctinews N°104 Novembre  2017


Avec la collaboration du Dr Abdellah El Bousaadani

Service d’ORL de l’hôpital du « 20 aout 1953 » - CHU Ibn Rochd- Casablanca


 

L
a richesse de la vascularisation des fosses nasales explique la fréquence des épistaxis. Cette vascularisation est alimentée par deux systèmes, le système vasculaire carotidien interne et le système vasculaire carotidien externe, et de nombreuses anastomoses existent entres les artères. Il suffit donc parfois d’un petit traumatisme, d’un simple grattage ou même d’un éternuement pour provoquer une épistaxis antérieure. Elle peut également être déclenchée par un mouchage sur une muqueuse sujette à une inflammation ou l’introduction d’un corps étranger chez les enfants. Il est à noter que 90 % des hémorragies proviennent d’un saignement de la tache vasculaire située à la partie antérieure et inférieure de la cloison nasale (1).

Epistaxis bénigne

Lorsque l’hémorragie est bénigne, c’est-à-dire lorsqu’elle siège au niveau de la tache vasculaire, qu’elle est de type unilatéral, peu abondante et qu’il n’y a pas d’antécédents chez le patient, la prise en charge consiste dans un premier temps à rassurer le patient. Il doit être installé en position assise la tête en avant pour éviter un écoulement de sang dans la gorge et encouragé à se moucher pour éliminer d’éventuels caillots qui se seraient formés.

Il convient ensuite de pratiquer une compression entre l’aile du nez et la cloison nasale pendant 10 minutes. Ces premières mesures suffisent bien souvent à stopper l’hémorragie. L’interrogatoire permettra généralement d’identifier la cause du saignement qualifié d’épistaxis idiopathique ou essentielle lorsqu’elle fait suite à un geste simple comme un grattage, et le patient pourra regagner son domicile après une période d’observation d’une trentaine de minutes.

Il est important cependant de le questionner sur une prise éventuelle de médicaments (médicaments anticoagulants, stéroïdes nasaux,…) et sur ses antécédents médicaux (HTA, trouble de l’hémostase, chirurgie récente, traumatisme…) afin d’anticiper tout risque de récidive.

Techniques de cautérisation

Lorsque la compression bidigitale n’est pas suffisante, le médecin devra recourir à une technique de cautérisation après anesthésie locale. Si l’hémorragie provient de la tache vasculaire, la cautérisation peut être chimique, de préférence à la boule ou au bâtonnet de nitrate d’argent. Lorsque cette technique ne suffit pas à arrêter l’hémorragie ou lorsqu’elle provient d’un autre site, la cautérisation électrique sera privilégiée (2).

Toutefois, et dans la mesure du possible, ces gestes doivent être réservés aux médecins ORL afin d’éviter les risques de traumatismes, d’infections ou encore de nécrose par excès de pression. Il est également recommandé de réaliser une exploration des fosses nasales au cabinet ORL en cas de suspicion d’introduction d’un corps étranger chez un enfant, et ce même si le saignement a cessé à la simple compression bidigitale.

Autres étiologies

Mais si la majorité des épistaxis sont bénignes, certaines peuvent être récidivantes, abondantes, consécutives à d’autres pathologies ou encore postérieures avérées ou soupçonnées. A ce stade, il est important, dans un premier temps, d’apprécier la gravité de l’hémorragie. Elle repose sur la clinque, à la recherche d’une hypotension, d’une tachychardie, de sueurs, d’une pâleur, d’une agitation, d’une dyspnée ou encore d’un pouls filant. Il ne faut jamais négliger non plus la possibilité d’une épistaxis déglutie. Lorsqu’elle est consécutive à une anomalie de l’hémostase, l’hémorragie est généralement abondante et diffuse.

L’épistaxis peut également faire suite à un traumatisme du nez, laquelle nécessitera alors une rhinoscopie à la recherche d’un hématome de cloison. Plus rarement, elle peut révéler une tumeur bénigne ou maligne.

L’anamnèse du patient : prise d’un médicament anticoagulant, présence d’une pathologie vasculaire telle que la maladie de Rendu-Osler, anomalie plaquettaire ou des facteurs de la coagulation, antécédents médicaux et chirurgicaux, traumatisme, consommation d’alcool et/ou de tabac, épisodes d’épistaxis antérieurs… permettra au praticien d’adapter la prise en charge qui vise, dans l’urgence, à contenir l’hémorragie avant d’orienter le patient vers une hospitalisation si besoin.

Plusieurs techniques de tamponnement (résorbables ou non) sont éprouvées qui tiennent compte de l’origine du saignement : antérieur simple, antérieur persistant, bilatéral ou encore postérieur, sachant que tous ces gestes devront être précédés par une préparation de la fosse nasale qui consiste en l’application d’une compresse non tissée imbibée de xylocaïne naphazolinée et par l’administration d’un antalgique et/ou d’un sédatif léger (2). Certains cas, plus graves, nécessitent une embolisation artérielle ou un traitement chirurgical.

 

Références

1- Prise en charge de l'épistaxis de l'enfant en cabinet de médecine générale - Congrès : SASPAS, 2013 EYRAUD Laurent

2- Recommandations pour la pratique clinique - Prise en charge des épistaxis de l’adulte - Société Française d’Oto-Rhino-Laryngologie et de Chirurgie de la Face et du Cou

Dans la même rubrique

Epistaxis

Epistaxis

Un événement fréquent

L’hémorragie des fosses nasales, appelée épistaxis, est considérée comme l’urgence ORL la plus fréquente. A...

Lire la suite

Hirsutisme

Hirsutisme

Halte à l’excès de poils

Affection bénigne dans plus de 95 % des cas, l’hirsutisme reste néanmoins une...

Lire la suite

La migraine vestibulaire

La migraine vestibulaire

Des spécificités à connaitre

La vestibulopathie migraineuse est une pathologie bien spécifique, récemment reconnue et classifiée. La pri...

Lire la suite

Maladie hémorroïdaire

Maladie hémorroïdaire

Oser l’évoquer

La pathologie hémorroïdaire est bénigne mais beaucoup plus fréquente qu’il n’y paraît. Par gêne en effet, beaucoup...

Lire la suite

La dysmorphesthésie chez l’adolescent

La dysmorphesthésie chez l’adolescent

Encore ignorée ou mal connue

La Dysmorphesthésie (DME) est l’un des troubles les plus prévalant en période d’adolescence, notamment ch...

Lire la suite

La maladie d’Alzheimer au Maroc

La maladie d’Alzheimer au Maroc

Etat des lieux et enjeux

La maladie d’Alzheimer (MA) est le chef de fil des démences neurodégénératives. Cette maladie constitue un vér...

Lire la suite

Copyright © 2017 Doctinews.

All rights reserved.