Zona

Zona 31 janvier 2018

Quand un virus se réactive

Le zona est dû à la réactivation du virus varicelle-zona. Cet herpès virus, après avoir déclenché une varicelle, persiste à l’état latent dans l’organisme avant de se manifester à nouveau des années plus tard sous forme de zona. Si, dans la majorité des cas, l’évolution est spontanément favorable, des complications à l’origine de douleurs intenses peuvent persister durant des années. D’où la nécessité d’une prise en charge précoce à base d’antiviraux permettant de diminuer le risque de complications.

Doctinews N°106 Janvier 2017


Avec la collaboration du Dr Abdellah Mortaki

Dermatologue, membre de la Société française de dermatologie


 

L
e zona est principalement considéré comme une maladie des personnes âgées. Ainsi, si dans la majorité des pays d’Europe, l’incidence s’élève à 2,0 à 4,6/1000 personnes par année, elle est évaluée à moins de 2/1000 chez les personnes âgées de moins de 40 ans, à entre 7 à 8 chez les personnes de plus de 50 ans et à près de 10/1000 après 80 ans. Il est par ailleurs plus fréquent chez les femmes que chez les hommes (1). Avec le vieillissement de la population, le nombre de cas absolu de zona sera donc amené à augmenter avec un risque accru pour les personnes atteintes de pathologies telles qu’une bronchopneumopathie obstructive (BPCO), une insuffisance rénale, un diabète, une maladie inflammatoire chronique, une polyarthrite rhumatoïde ou encore les sujets immunodéprimés.

Un herpès virus

Le virus responsable du zona appartient à la famille des Herpersviridae. Il s’agit du VZV (virus varicelle-zona), un herpès virus (le zona est également connu sous le nom d’herpès zoster) qui a la capacité, après la primo-infection qui déclenche la varicelle, de persister à l’état latent dans les ganglions des racines nerveuses rachidiennes sensitives postérieures et les ganglions sensitifs des nerfs crâniens avant de se réactiver.

Sa réactivation est généralement secondaire à un affaiblissement du système immunitaire ou à la survenue d’un événement stressant. La varicelle étant une maladie infantile qui touche environ 95 % de la population, le risque de développer un zona reste élevé, surtout dans les pays qui n’ont pas déployé de programme de vaccination antivaricelleuse.

Présentation unilatérale

En règle générale, la poussée de zona (la réactivation du VZV ne se produit qu’une seule fois) est annoncée par une douleur à type de brulure localisée à la zone innervée où siège le virus qui migre vers la peau. L’intensité de la douleur est très variable allant de la simple gêne à la douleur intolérable.

Elle est associée à une baisse de la sensibilité cutanée dans la région, et peut être accompagnée par une fièvre modérée (38° à 38,5°C) et l’augmentation du volume d’un ganglion dans la zone de drainage. Les lésions vésiculeuses apparaissent trois à quatre jours plus tard et ont la particularité d’être unilatérales et radiculaires, ce qui facilite le diagnostic clinique.

Elles sont groupées en bouquet et contiennent un liquide clair identique à celui des lésions de la varicelle. Le liquide se trouble deux à trois jours plus tard et les vésicules se dessèchent pour former des croûtes dont certaines peuvent laisser des cicatrices atrophiques ou hypochormiques. Dans plus de 50 % des cas, le zona est intercostal ou dorsolombaire avec une éruption qui s’étend en hémiceinture depuis les vertèbres vers l’abdomen ou le thorax en demi-ceinture.

L’autre forme typique du zona, le zona ophtalmique, affecte la première branche du nerf Trijumeau qui innerve la face (voir encadré). D’autres formes survenant plus rarement sont également répertoriées comme le zona trigéminé qui touche le nerf VII bis ou des formes plus graves essentiellement retrouvées chez les personnes immunodéprimées (zona généralisé, zona viscéral).

Diagnostic essentiellement clinique

Le diagnostic clinique est suffisamment évocateur pour qu’il ne soit pas nécessaire de recourir au diagnostic biologique. Toutefois, en cas de doute (forme atypique ou besoin d’un diagnostic de certitude chez une femme enceinte ou un patient immunodéprimé), la PCR réalisée en laboratoire à partir du prélèvement du liquide de vésicule permettra de confirmer le diagnostic. Cette technique permet en effet de déceler des quantités minimes d’ADN viral dans le liquide de vésicule et dans les cellules mononuclées du sang périphérique en période de virémie (2).

Initier rapidement le traitement

Dans la majorité des cas, le zona évolue spontanément favorablement. Toutefois, dans sa note de synthèse intitulée « Vaccins contre la varicelle et le zona » datée de juin 2014 (3), l’Organisation mondiale de la santé recommande la mise en place rapide d’un traitement antiviral pour les patients en bonne santé et ceux immunodéprimés. « La thérapie antivirale par voie orale devra être débutée dès que possible dans les 72 heures suivant l’apparition de l’éruption. Les individus immunodéprimés et les malades présentant des complications sévères sont généralement traités avec une médication antivirale par voie intraveineuse ».

L’objectif de cette médication consiste à prévenir les algies post-zostériennes, principale complication du zona en réduisant l’activité virale le plus rapidement possible. En effet, « les névralgies aiguës lors de la poussée et les névralgies chroniques (complication) sont consécutives à l’intensité de la réplication du virus et à l’inflammation associée à la migration des particules virales conduisant aux dommages tissulaires et nerveux », explique Pierre-Oliver Lang dans son article (4).

L’aciclovir et les molécules apparentées sont les virostatiques de référence, efficaces uniquement sur des populations virales en réplication active. Un traitement local à l’aide d’antiseptiques sera associé ainsi qu’une antibiothérapie per os en cas de surinfection. La principale difficulté face à un zona consiste à soulager les douleurs aigües. Lorsque les anti-inflammatoires non stéroïdiens sont inefficaces, il est nécessaire de recourir à des antalgiques de classe II.

Algie postzostérienne

Lorsque la douleur persiste plus de trois mois ou réapparait, elle est qualifiée d’algie postzostérienne. Ces douleurs s’observent majoritairement au sein de la population âgée de plus de 70 ans (plus de 50 % en souffrent). Elles ont la particularité d’être décrites comme intenses, parfois lancinantes ou encore intolérables, et altèrent considérablement la qualité de vie avec un retentissement sur le psychisme du patient.

A ce stade de sévérité, il faut recourir aux antidépresseurs tricycliques et, parfois aussi, à de puissants opiacés. A noter que si le zona n’est pas aussi contagieux que la varicelle, il peut tout de même provoquer une varicelle.

Le virus se transmet de la même manière que la varicelle, c'est-à-dire par contact direct avec l’éruption cutanée et/ou inhalation de gouttelettes aérosolisées de fluide vésiculaire. Les femmes enceintes doivent éviter tout contact avec une personne présentant un zona car une contamination en fin de grossesse peut avoir des conséquences graves chez l’enfant à naître. Les personnes immunodéprimées doivent également éviter toute contamination.

 

Références

 1- Vaccination contre le Zona - Pr C Chidiac UCBL1 - Maladies Infectieuses et Tropicales HDN HCL Croix Rousse

2- Collège National des Enseignants de Dermatologie Item 84 : Infections à herpès virus de l’enfant et de l’adulte

3- Vaccins contre la varicelle et le zona: note de synthèse de l’OMS, juin 2014 - 20 JUNE 2014, 89th year / 20 JUIN 2014, 89e année No. 25, 2014, 89, 265–288 http://www.who.int/wer

4- Geriatr Psychol Neuropsychiatr Vieil 2011 ; 9 (4) : 391-7 - Le zona : son fardeau et sa prévention - Herpes zoster: the associated burden and its prevention - Pierre-Olivier Lang

 

 

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