Technique d’injection de l’insuline

Technique d’injection de l’insuline 06 mars 2019

  Le point sur les dernières recommandations

La prise en charge du diabète est actuellement bien codifiée. Elle repose essentiellement sur l’injection régulière d’insuline pour les patients atteints de diabète de type 1 insulino-dépendants et pour les patients atteints de diabète de type 2 dit insulino-requérants. L’objectif vise à compenser l’absence ou le déficit de sécrétion d’insuline par le pancréas. Toutefois, pour jouer pleinement son rôle, l’insuline doit être correctement administrée. Il est important de ne pas banaliser l’acte de l’injection qui doit être réalisée en sous-cutané, d’où la nécessité d’accompagner le patient et de veiller régulièrement au respect des bonnes pratiques d’injection. Par ailleurs, le confort d’injection peut être déterminant pour la qualité de vie du patient. De nouvelles technologies présentes sur les seringues et les aiguilles à stylo peuvent y contribuer comme l’angle de coupe du biseau ou les traitements de surface de l’aiguille (électropolissage, siliconage) pour minimiser les frottements ou encore les aiguilles à paroi fine pour réduire la pression d’injection.

Doctinews N°118 Février 2019

Par le Pr Jamal BELKHADIR

Président de la Ligue Marocaine de Lutte contre le Diabète Chair Elect de la Fédération Internationale du Diabète Région MENA


  

Entre le 1er février 2014 et le 30 juin 2015, une vaste enquête internationale a été menée auprès de 13 289 patients diabétiques traités par injection d’insuline et/ou injection d’un agoniste des récepteurs du glucagon-like peptide-1 (GLP1-RA) issus de 42 pays. Les résultats de cette étude ont ensuite été analysés par 183 experts en diabète issus de 54 pays dans le cadre d’un atelier de travail organisé à l’occasion du Forum for Injection Technique and Therapy Expert Recommendations (FITTER) qui s’est déroulé à Rome en 2015. Ce travail, qui a été complété par une revue systématique de littérature, a permis d’élaborer un nouveau référentiel international pour l’administration de l’insuline.

Taille de l’aiguille

Pour une bonne cinétique de résorption de l’insuline, l’injection doit être réalisé en sous-cutané. En effet, lorsqu’elle est injectée en intramusculaire, l’insuline est résorbée beaucoup plus rapidement ce qui risque d’entraîner une hypoglycémie. Pour ce faire, les experts recommandent d’utiliser des aiguilles courtes de 4 mm, lesquelles déposent l’insuline dans le tissu sous-cutané dans plus de 99 % des cas. Cette affirmation est basée sur une étude réalisée à partir d’un effectif de 388 patients adultes qui a montré que le risque d’injection intramusculaire est supérieur à 44,9 % lorsque l’aguille mesure 12,7 mm, à 15,3 % lorsque la longueur de l’aiguille est de 8 mm ou encore à 5,7 % avec une aiguille de 6 mm. Il est inférieur à 1,8 % lorsque l’injection est réalisée avec une aiguille de 5 mm et à 0,4 % lorsqu’elle mesure 4 mm (1). Cette taille d’aiguille, considérée par ces experts comme l’aiguille à stylo la plus sûre, convient aussi bien aux enfants qu’aux adultes ou aux patients obèses. En effet, quel que soit le profil du patient, l’épaisseur de la peau (derme + épiderme) est de 2 mm (schéma 1).

Déroulement de l’injection

Après avoir purgé le stylo, l’aiguille doit être introduite perpendiculairement à la peau. Il n’est pas nécessaire de faire un pli cutané lorsque l’aiguille mesure 4 mm, ce qui correspond à l’aiguille de stylo la plus courte. En revanche, l’aiguille la plus courte proposée pour les seringues mesure 6 mm (pour pouvoir traverser le septum des flacons d’insuline). Par conséquent, les patients qui utilisent des seringues ou des aiguilles à stylo de plus de 4 mm doivent faire un pli cutané. Pour réaliser le pli cutané, il faut soulever délicatement la peau avec le pouce et l’index et éviter d’utiliser la main entière car il existe alors un risque d’injection en intramusculaire (schéma 2). Les experts insistent sur l’importance de laisser l’aiguille sous la peau, piston enfoncé pendant 10 secondes avant de la retirer pour permettre à la dose complète d’insuline de s’écouler. Après 10 secondes, le pli cutané peut être libéré.

Sites d’injection

Le choix du site d’injection dépend tout d’abord du type d’insuline à injecter. Ainsi, les analogues à action rapide et de longue durée peuvent être administrés dans n’importe quel site. L’insuline humaine soluble et les mélanges d’insuline humaine/NPH doivent être administrés dans l’abdomen où la résorption de l’insuline est la plus rapide. Il est indispensable de procéder à une rotation des sites d’injections pour éviter les lipohypertrophies (LH). En effet, une étude de clamp (méthode de recherche clinique) a montré une réduction significative de 37 % de l’exposition à l’insuline et une réduction significative de 27 % du taux de perfusion de glucose chez des patients DT1 présentant des lipohypertrophies (2). Les lipohypertrophies ou lipodystrophies, qui sont des altérations du tissu sous-cutané, sont souvent dues à une technique d’injection incorrecte et représentent les complications les plus fréquentes de l’insulinothérapie. Ainsi, une enquête menée en France a montré que 49,6 % des patients traités par insuline présentent des lipohypertrophies (3). Sur la base de deux études interventionnelles réalisées en Italie (4) et au Royaume-Uni (5), les auteurs d’un article publié dans la revue « Médecine des maladies métaboliques (6) concluent « qu’une éducation à la technique d’injection de l’insuline, ciblée sur les LH, est associée à une amélioration du contrôle glycémique et une réduction de la consommation d’insuline. Les éléments clés de cette intervention reposent principalement sur la rotation correcte des sites d’injection et sur l’absence de réutilisation des aiguilles ». La première mesure à respecter consiste donc à espacer les points d’injection d’au moins 1 cm, ce qui correspond à environ la largeur d’un doigt adulte. La deuxième consiste à diviser les sites d’injection en quadrants pour l’abdomen ou en moitié pour les cuisses et les fesses. Chacune de ces zones correspond à une semaine d’injection selon un schéma de rotation qui peut respecter par exemple le sens des aiguilles d’une montre. Les experts préconisent de remettre un schéma aux patients dès les premières injections et recommandent aux professionnels de santé impliqués dans le suivi d’examiner les sites d’injection au moins une fois par an afin de déceler les LH (schéma 3). Enfin, la troisième mesure à respecter s’applique aux aiguilles à stylo et les seringues qui ne doivent pas être réutilisées. Les données de l’étude ITQ (3) révèlent que 22 % des patients réutilisent les aiguilles. Or, elles ne sont plus stériles et la pointe peut être endommagée ce qui altère la technique d’injection (schéma 4).

Références

1- Gibney MA, Arce CH, Byron KJ, Hirsch LJ. Curr Med Res Opin. 2010 Jun;26(6):1519-30. 2- Famulla S. et al. Diabetes Care 2016 Jun; dc160610. 3- ITQ survey data. Tableau Public Adam Yeung’s Profile website. http://tabsoft.co/23V6ofi. June 8, 2016 4- Grassi G, Scuntero P, Trepiccioni R, et al. - Optimizing insulin injection technique and its effect on blood glucose control. J Clin Transl Endocrinology 2014;1:145-50. 5- Smith M, Clapham L, Strauss K. UK - Lipohypertrophy Interventional Study. Diabetes Res Clin Pract 2017;126:248-53. 6- S. Halimi, D. Durain -Les principales recommandations du nouveau référentiel international de la technique d’injection : le point de vue du diabétologue et le point de vue de l’infirmière - Médecine des maladies métaboliques – Septembre 2017 –Vol.11 p428-429. 7- Photographies du Dr Dieter Look et Kenneth Strauss : «L’utilisation d’aiguilles plus d’une fois ?»

 

Dans la même rubrique

TDAH

TDAH

L’IMPORTANCE D’UN BON DIAGNOSTIC

Le trouble de déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) est un trouble neuro-développ...

Lire la suite

Prescription médicamenteuse

Prescription médicamenteuse

 LA PARTICULARITÉ DES SUJETS ÂGÉS

La polymédication est souvent légitime et nécessaire chez les personnes âgées. Toutefois, elle augm...

Lire la suite

Technique d’injection de l’insuline

Technique d’injection de l’insuline

  Le point sur les dernières recommandations

La prise en charge du diabète est actuellement bien codifiée. Elle repose essentiellement sur...

Lire la suite

Qualité spermatique

Qualité spermatique

 L’apport de la génétique

L’infertilité masculine reste un véritable tabou social au Maroc faisant appel aux techniques conventionnel...

Lire la suite

Inflammation

Inflammation

 L’utilité des marqueurs biologiques

L’inflammation est un mécanisme de réponse à une lésion tissulaire visant à la circonscrire et...

Lire la suite

Ménométrorragies de l’adolescente

Ménométrorragies de l’adolescente

 Eviter l’anémie par la prise en charge précoce

Les hémorragies génitales de l’adolescente se caractérisent par leur début précoce...

Lire la suite

Copyright © 2019 Doctinews.

All rights reserved.