Réforme des études médicales

Quelles perspectives et pour quel doctorat ?

Aujourd’hui, le système de soins doit évoluer pour pouvoir répondre aux problématiques territoriales d’accès à la santé. Cette évolution doit passer par une réforme de la formation médicale. Pour des changements pérennes et adaptés au nouveau du système de soin, la formation des professionnels doit être à la hauteur des compétences que l’on attend d’eux. Au final, les études de médecine ne doivent plus rester une course au concours et à la réussite, mais une réelle formation à ce que certains appellent encore « le plus beau métier du monde ».

Doctinews N° 77 Mai 2015

Dr Abdelmalek Lehnaoui

Médecin du travail (secteur public), licencié en droit public

 

La faculté de médecine marocaine a évolué depuis sa création au lendemain de l’indépendance. Son adaptation aux besoins de la société marocaine a été marquée par différentes réformes qui ont restructuré le paysage de la formation médicale au Maroc.
Sa contribution au développement national a été déterminante (formation de ses propres enseignants formateurs, formation des médecins et autres cadres du secteur de la santé).
Cependant, la conception de la médecine a changé depuis la prise de conscience que le comportement de l’homme et l’influence de l’environnement sur l’homme sont de plus en plus souvent à l’origine de maladies et de décès.
La médecine a toujours été centrée sur les maladies. De nos jours l‘homme et son comportement doivent être tout autant au centre des préoccupations.
Si la réforme des études médicales est devenue une nécessité, il faut s’interroger sur « Quelles sont les réformes qui pourraient rendre le système de santé efficient ? »
Au Maroc, les études de médecine sont parmi les études supérieures les plus longues. Elles constituent une formation théorique et pratique. À la fin du cursus, le futur médecin, habilité à réaliser de plus en plus d'actes, reçoit finalement le diplôme de docteur en médecine, à l’issue de la soutenance d’un travail appelé thèse d'exercice.
Leur durée totale des études de médecine varie de 7 ans (médecine générale) à 12 ans (spécialités).

Contraintes
De multiples contraintes ont été rencontrées par les facultés de médecine, tant sur le plan structurel que sur le plan de la qualité de la formation et de son adaptation aux mutations du monde médical et de la société marocaine. Elles touchent différents aspects du système :

• Etudes trop longues ;
• Formation non adaptée à l’évolution épidémiologique et au changement de la société au Maroc ;
• Nombre insuffisant des lauréats chaque année ;
• Perte de chance en cas d’échec au premier cycle ;
• Des effectifs pléthoriques d’étudiants pour un encadrement qui reste insuffisant ;
• Des taux d’échec importants ;
• Des programmes de formations traditionnels et parfois obsolètes ;
• Des terrains et des circuits de stages inadaptés aux objectifs de la formation;
• Des relations limitées, voire inexistantes, avec l’environnement socioéconomique ;
• Une gestion trop centralisée de la vie facultaire.

Projet de réforme
Début septembre 2005, une réflexion sur la réforme des études médicales, pharmaceutiques et odontologiques a été lancée au niveau national. Une commission nationale chargée de la réflexion sur la réforme a été constituée et la mise en place de commissions régionales a suivi début janvier 2006. Une sous-commission de stage hospitalier a été créée pour faire des propositions concernant les terrains de stage, le stage d’immersion, le stage de sémiologie et de soins infirmiers et les stages d’externat et d’internat.

Recommandations
Profil du médecin
La formation doit être adaptée au profil du médecin dont les compétences peuvent être résumées ainsi :
• Faire preuve de qualités humaines psychologiques et morales ;
• Assurer des prestations de soins curatifs et préventifs ;
• Gérer les activités de santé ;
• Prendre en considération l’approche économique des actions de santé ;
• Assurer sa propre formation médicale continue et le perfectionnement des autres membres du personnel de santé ;
• Collaborer avec les autres structures susceptibles d’améliorer la santé (agriculture, TP...) ;
• Promouvoir l’éducation pour la santé ;
• Contribuer à la recherche scientifique ;
• S’adapter en permanence à son environnement.
Organisation
L’organisation de l’enseignement doit évoluer vers une diminution des cours magistraux au profit des enseignements dirigés avec l’introduction de l’enseignement des langues, en particulier de l’anglais, et des TIC selon un modèle de cycles, semestres et modules (1er cycle de quatre semestres et 2e cycle de dix semestres).
En ce qui concerne les modalités d’accès, l’existence d’un quota et d’une sélection est un acquis important qui éviterait tous les problèmes inhérents à une admission ouverte en première année avec un numerus clausus appliqué après la première ou la deuxième année.
Evaluation
Les principes proposés pour l’évaluation s’articulent autour d’un système d’évaluation semestriel. Pour chaque module, un examen final qui s’ajouterait aux contrôles continus est à prévoir.
Stages
Les terrains de stages
Il est nécessaire d’associer d’autres structures hospitalières dans la formation clinique (hôpitaux préfectoraux, régionaux, centres de santé, cliniques privées, etc.).
Le stage d’immersion
Stage d’initiation à la vie hospitalière, il permet à l’étudiant de découvrir l’univers concret de la médecine et d’être sensible au vécu du malade et du personnel soignant. Il doit être introduit dans le premier cycle.
Le stage de sémiologie et de soins infirmiers
Il faut déterminer le terrain de stage, sa durée, le nombre de demi-journées.
Les stages d’externat et d’internat
La réorganisation de ces stages fondamentaux dépend de l’ossature générale du cursus de formation.
Passerelles
Le système de passerelle basé sur le principe des modules capitalisables est un des apports fondamentaux de cette réforme, ce qui nécessite l’implication des responsables de la formation des professionnels de santé dans cette réforme (IFCS, kinésithérapeutes, infirmiers polyvalents, sages-femmes, opticiens, techniciens de radiologie, etc.).
Révision du système d’évaluation des examens cliniques
Il faut ajouter une évaluation testant le développement du raisonnement et de prise de décision.
Modalités de préparation du doctorat en médecine
Il est important d’inscrire la réforme dans une volonté d’adéquation avec le schéma européen d’enseignement supérieur.
Rappel sur les objectifs de Bologne :
• « L’adoption d’un système de diplômes facilement lisibles et comparables » sur la base de deux cursus conduisant respectivement au Bachelor (baccalauréat académique) et au Master (maîtrise) ;
• Un système de crédits académiques (ECTS) avec une ouverture aux acquis de la formation continue ;
• La promotion de l’accès aux études et de la mobilité des étudiants et enseignants ;
• Une convergence européenne en matière d’évaluation de la qualité de l’enseignement et de la recherche ;
• De façon générale, une promotion de la « dimension européenne » dans l’enseignement supérieur, ses institutions et ses programmes.
Outre l‘adaptation de la formation professionnelle de médecin aux besoins de la société, le grand avantage du modèle de Bologne est sa flexibilité. La structuration des études en trois parties (bachelor, master et année de stage clinique) offre la possibilité, avec les hautes écoles spécialisées, de repenser d‘autres professions médicales en interface avec la médecine.
La flexibilité des études de médecine dans le modèle de Bologne permettra d‘ouvrir certaines parties des études de médecine aux professions de la santé (personnel soignant) ou à des professions de type plutôt technique et scientifique.

Une nouvelle vision
Proposition de réforme des études en médecine et doctorat national en médecine :
• La 1ère année est une première année commune des études de santé pour les disciplines de la médecine, de la pharmacie et de l’odontologie.
• Les 2e et 3e années sont deux années charnières durant lesquelles continuent d’être dispensés les enseignements de sciences fondamentales commencées en 1ère année et où débutent également des enseignements et des stages bien plus pratiques, le tout aboutissant à l’obtention de la licence en sciences médicales (passerelles).
• Les deux années suivantes constituent ce que l’on appelle traditionnellement l’Externat. Les enseignements sont répartis pour moitié entre stages hospitaliers (souvent le matin) et cours à la Faculté (l’après-midi). À l’hôpital, l’étudiant obtient ses premiers rôles de soignant et il participe au fonctionnement du service. Ces deux années sont sanctionnées par un master en médecine, équivalent du Diplôme en médecine, lequel doit être rémunéré par un salaire identique à celui d’un fonctionnaire ayant l’indice 336.
Après le master en médecine, il y aura un concours national pour tous les lauréats pour le choix de la spécialité ; le nombre de places pour chaque spécialité sera déterminé en fonction du besoin national pour chaque spécialité médicale et chirurgicale. Les étudiants admis bénéficieront d’une formation spécialisante dans les CHU (centre hospitalier universitaire) dite cursus d’internat.
Le même schéma est proposé pour le nombre de places de la spécialité en médecine générale. Toutefois, la formation de spécialité se fera dans les formations sanitaires périphériques (cursus externe) moyennant des séminaires, des travaux de recherche, des formations en ligne…
L’internat, qu’il soit de médecine générale ou de spécialité, se déroule sous forme de stages successifs de 6 mois pour une durée globale de 3 à 5 ans. Ces semestres se déroulent essentiellement en centres hospitaliers où l’interne joue désormais un rôle important dans l’activité des services, le plus symbolique étant l’obtention du droit de prescrire des médicaments et des examens. L’interne est alors médecin, mais il n’est pas encore docteur en médecine.
La thèse est soutenue au cours de l’internat et procure à l’intéressé le titre de Docteur en médecine.

Atouts
• Réduction des années d’études médicales (un manque à gagner de trois ans pour l’Etat),
• Passerelles et réorientation,
• Formation continue tout au long de la vie,
• Système de modules, de semestres, de contrôles continus et de capitalisation des acquis,
• Valorisation de la recherche médicale,
• Valorisation du doctorat en médecine,
• Moralisation de la profession,
• Résolution du problème du « désert médical »,
• Possibilité de ne plus évaluer la compétence d’un médecin spécialiste de manière ponctuelle, mais à travers des études sur le terrain d’exercice,
• Une meilleure ouverture de l’université sur son environnement.
Une telle réforme permettra de déboucher sur la fiabilité des diplômes délivrés et facilitera ainsi la mobilité des étudiants. Elle permettra également un meilleur épanouissement de l’étudiant puisque le choix de son parcours de formation ne sera plus imposé, mais choisi progressivement par lui-même, en concertation avec ses enseignants tuteurs.
Enfin, cette réforme favorisera une plus grande implication de l’étudiant dans sa formation en augmentant la part de son travail personnel et l’utilisation des ressources mises à sa disposition (documentation internet, TIC..).
Après l’adoption de la réforme des études médicales, il faudra publier la loi sur le doctorat national en médecine avec, comme disposition transitoire, l’octroi de l’équivalence du doctorat en médecine en doctorat national en médecine. À noter cependant que l’insuffisance des effectifs de professionnels de la santé constitue un obstacle majeur pour la mise en œuvre de cette réforme.

Dans la même rubrique

Partenariat Public-Privé

Partenariat Public-Privé

 La nécessité de repenser l’ensemble du dispositif de santé

La promotion et la protection de la santé constituent des actions essentiel...

Lire la suite

Traumatologie-orthopédie marocaine

Traumatologie-orthopédie marocaine

 Une spécialité devenue “à part entière“

“Sur le chemin du futur : 30 ans dans le développement de l’orthopédie marocaine“, t...

Lire la suite

Association Marocaine de Lutte contre la Rage

Association Marocaine de Lutte contre la Rage

Eliminer la rage humaine au Maroc

Fondée en 2015, l’Association marocaine de lutte contre la rage (AMLR) s’est fixée comme principal obj...

Lire la suite

Relation médecin-malade

Relation médecin-malade

 Comment gérer les conflits

Pour assurer une prestation de soins de qualité, les médecins savent que leur objectif premier doit être de s...

Lire la suite

AMTC

AMTC

 La greffe cardiaque sauve des vies

Créée en 2016, l’Association marocaine de transplantation cardiaque (AMTC) est une association à but...

Lire la suite

Parcours de soins coordonnés

Parcours de soins coordonnés

Principal outil de régulation du système de soins

Les soins de santé de base (SSB) nécessitent une philosophie et une approche propres pou...

Lire la suite

Copyright © 2018 Doctinews.

All rights reserved.