Centre médico-psycho-social

Centre médico-psycho-social 21 décembre 2017

Renforcer l’autonomie et réaliser l’inclusion sociale

Inauguré en juin 2017, le centre médico-psycho-social de Moulay Rachid à Casablanca est une structure dédiée à la prise en charge médico-psycho-sociale des personnes atteintes de pathologies psychiatriques et à leur réinsertion sociale. Premier établissement de ce genre au Maroc et en Afrique, il s’inscrit dans un vaste programme de structures intermédiaires.

 

 Doctinews N°112 juillet-août 2018 

Par le Dr Nadia Mouchtaq

 directrice du centre médico-psycho-social de Moulay Rachid


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onstruit par la Fondation Mohammed V pour la Solidarité et géré par le ministère de la Santé en collaboration avec l’association AFAK pour la santé mentale, le Centre médico-psycho-social de Moulay Rachid œuvre à la réinsertion sociale et professionnelle des usagers de la psychiatrie selon une nouvelle approche basée sur le rétablissement, le renforcement de l’autonomie (empowerment) et l’inclusion sociale. Il aide les usagers de la psychiatrie à retrouver leur pleine citoyenneté. Les interventions offertes par ce centre sont assurées, en majeure partie, au sein de la collectivité et en ambulatoire. Elles visent à réaliser des objectifs et des projets de vie personnels et à améliorer la qualité de vie des personnes atteintes d’handicap psychique et de leurs familles.

Aider à la réhabilitation

La réhabilitation psychiatrique occupe une place centrale dans l’approche adoptée par le centre. Elle repose sur le modèle « vulnérabilité-stress-compétences ». Le traitement médicamenteux est, certes, considéré comme un facteur important de protection contre les rechutes. Il ne peut toutefois, à lui seul, garantir le maintien de l’usager dans la collectivité et la réalisation de ses projets professionnels et personnels. L’approche vise ainsi à agir, par des interventions de réhabilitation, sur plusieurs aspects, notamment l’estime de soi, la gestion du stress, l’hygiène de vie, le soutien social et familial, les habilités sociales et les stratégies d’adaptation face aux symptômes. Le suivi des usagers est réalisé essentiellement au sein de la communauté à travers des programmes de soutien à l’emploi, des interventions familiales, un entrainement aux habilités sociales, la thérapie cognitivo-comportementale, la technique de l’économie de jetons, l’intervention intégrée des comorbidités, la thérapie de remédiation cognitive et les interventions visant à mieux gérer le poids. Selon cette approche, le traitement médicamenteux garde toute son importance mais devient un élément parmi d’autres qui conditionnent la réinsertion sociale des usagers.

Une structure intermédiaire

Le centre est accessible à tous les usagers de la psychiatrie stabilisés par un traitement médicamenteux. A travers des activités variées qui favorisent leur épanouissement et leur autonomie, il les aide à se reconnecter à eux-mêmes et à la société. « Le centre est une structure intermédiaire qui se situe entre l’hospitalisation, qu'elle soit de jour ou de nuit, la consultation ambulatoire, assurée par les établissements de soins de santé primaire publics, les cliniques ou les cabinets privés et la communauté. Notre centre pratique ainsi une médecine communautaire et fait intervenir la société civile en tant que partenaire dans la stratégie globale de prise en charge des usagers. C’est une particularité de l’approche adoptée par notre centre », explique le Dr Nadia Mouchtaq, directrice du centre et présidente de l’association AFAK pour la santé mentale.

Un circuit préétabli

Toute personne qui souhaite bénéficier des services du centre doit respecter un circuit préétabli. La première étape consiste à évaluer l’état du patient à travers une consultation spécialisée. « Nous intégrons les usagers qui sont stabilisés et qui suivent le traitement prescrit par leur médecin traitant dans le circuit de la prise en charge. Les autres usagers évalués non suffisamment stabilisés sont inscrits sur une liste d’attente et suivis jusqu’à ce que leur état s’améliore. Les patients admis sont, quant à eux, invités à entrer en contact avec des « pairs-aidants », usagers de la psychiatrie stabilisés dont le rôle est d’accompagner les patients et de partager avec eux leur savoir expérientiel de la maladie », souligne à nouveau le Dr Mouchtaq. Cette première phase est dite d’intégration et dure généralement une semaine. L’équipe du centre procède par la suite à une évaluation psychologique, établit un bilan social et somatique (par un médecin généraliste) et, à travers le feed-back des pairs-aidants et, à l’issue d’une réunion de concertation, détermine les ateliers qui correspondent le plus aux attentes du patient et aux objectifs de la prise en charge médico-psycho-sociale. Vient ensuite la phase dite de consolidation. « Des ateliers variés, axés sur des thèmes spécifiques et animés par des spécialistes, sont proposés à l’usager admis. Nous proposons par exemple des ateliers de jardinage, de musique, de théâtre, de sport et de cuisine. Ces activités à visée thérapeutique aident les patients à travailler sur l'émotion, le comportement, les hallucinations, les idées négatives et les habilités sociales », explique le Dr Mouchtaq. Les ateliers sont organisés dans un premier temps au sein du centre puis à l’extérieur, dans des jardins publics ou dans la forêt par exemple. L’objectif est de réaliser « L’aller vers » et aider les usagers à retrouver leur place au sein de la société.

Vers un projet de vie

Outre les ateliers, les usagers participent régulièrement à des groupes de parole encadrés par un psychothérapeute. Lorsque le patient retrouve son estime de soi, se reconnecte à lui-même et à la société, il peut commencer à esquisser les contours de son projet de vie. Il se projette alors dans un métier ou renoue avec sa carrière professionnelle. « Nous avons des exemples de personnes qui ont parfaitement réussi leur réinsertion sociale et professionnelle. Certaines jouissent d’une situation stable et envisagent même de se marier ! », affirme le Dr Mouchtaq. La réinsertion sociale et professionnelle des usagers du centre constitue l’étape ultime dans ce processus. Certains couperont le cordon avec le centre et voleront de leurs propres ailes. D’autres garderont le contact ou deviendront pairs-aidants. C’est le cas du jeune Achraf Chefchaouni, en formation de pair-aidant avec un groupe d’usagers de la psychiatrie. « Je ne pourrai pas décrire le sentiment de joie qui m’envahit à chaque fois que je vois les personnes que j’accompagne aller mieux, jour après jour. Je me sens utile. Mon action aide d’autres personnes à mieux faire face à leur maladie, à l’accepter et à aller de l’avant, ce qui n’a pas de prix pour moi. Je donne et je reçois en retour », indique-t-il. Cette approche profite actuellement à 154 personnes dans le centre. Elles nourrissent toutes l’espoir de pouvoir un jour surmonter les difficultés liées à leur maladie et de retrouver leur place au sein de la société.

 

Trois questions au Dr Nadia Mouchtaq

directrice du centre médico-psycho-social de Moulay Rachid

 

Quel est le rôle du pair-aidant en psychiatrie ?

Le rôle d’un pair-aidant consiste à accompagner d’autres usagers de la psychiatrie, de partager son expérience de la maladie avec eux et de leur livrer des stratégies pour mieux faire face à la maladie. Il doit aussi insister auprès d’eux pour qu’ils suivent le traitement prescrit par leur médecin traitant. Par ailleurs, de par sa proximité avec les patients, il est à même de repérer les signes de rechute chez eux et d’avertir le personnel soignant du centre afin qu’ils soient remis dans le circuit de la consultation. C’est la première fois, en dehors de l’addictologie, que cette approche est utilisée en psychiatrie au Maroc.

Quels sont les critères de choix d’un pair-aidant ?

Le pair-aidant doit absolument être stabilisé pendant une certaine période. L’approche canadienne en la matière préconise un minimum de deux ans. La personne qui souhaite devenir pair-aidant doit ainsi prendre régulièrement son traitement et être suivie par son médecin traitant. Les pairs-aidants doivent aussi accepter de se dévoiler, de parler de leur vécu et de leur maladie aux autres usagers de la psychiatrie et avoir un certain sens de la communication.

Doivent-ils suivre une formation ?

Absolument. Les pairs-aidants suivent actuellement une formation au sein du centre qui leur permet d’acquérir toutes les compétences nécessaires à l’accomplissement de leur tâche. Ils sont initiés aux différentes techniques à visées thérapeutiques utilisées dans le centre et sont impliqués dans les activités auxquelles prennent part les patients. Je tiens à préciser que les pairs-aidants ne sont pas des professionnels de santé et ne sont donc pas habilités à intervenir dans la prise en charge thérapeutique des usagers. Leur mission première est, et restera, l’accompagnement des patients. Il s’agit d’un autre métier dans la relation d’aide en santé mentale.

 

 

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