Pr Lahoucine Barrou

Chef de service Département anesthésie du CHU Ibn Rochd

« Les hommes sont importants par ce qu’ils font et non par ce qu’ils disent », Albert Camus nous le rappelle et le Pr Lahoucine Barrou, Chef de service du Département anesthésie du CHU Ibn Rochd, nous le démontre.

à travers la SMAR, qu’il préside, l’anesthésie-réanimation à moindre risque est de plus en plus possible, même dans un pays en développement où les problèmes de formation et d’information s’imposent plus que le manque de moyens matériels. Car avec cet acteur de la santé fortement engagé dans les débats sanitaires du pays, les actions structurantes résident avant tout dans la professionnalisation et la restructuration du secteur
ainsi que dans son mode de fonctionnement.

 

Pr Lahoucine Barrou

Chef de service, département anesthésie du CHU Ibn Rochd – Casablanca

Doctinews N°29 Janvier 2011

 

  Doctinews. Quels sont les temps forts de la Société marocaine d’anesthésie- réanimation depuis sa création?

Le Professeur Lahoucine Barrou. à un moment où l’anesthésiste ne bénéficiait d’aucune reconnaissance, la création en 1984 de la SMAR constitue en elle-même un acquis de taille pour cette jeune discipline. Le projet était l’œuvre d’une poignée d’anesthésistes réanimateurs exerçant à Casablanca et à Rabat, tous animés par la volonté de permettre à cette discipline d’accéder à la place qu’elle mérite parmi les autres spécialités.
Aujourd’hui, on compte plus de 500 spécialistes dont au moins un dans chaque ville du Royaume. L’évolution est donc importante, qualitativement et quantitativement. La SMAR ne compte pas s’arrêter à ces résultats prometteurs. Elle ne cesse de travailler pour concrétiser son objectif principal qui est la réduction de la morbi-mortalité liée à l’anesthésie.

 

À côté de la formation des médecins, la médicalisation de l’anesthésie-réanimation est le critère essentiel de la sécurité des patients.

Est-il possible de dresser un rapide bilan de l’état actuel de l’anesthésie- réanimation au Maroc ?

L’anesthésiste réanimateur est devenu un partenaire médico-chirurgical incontournable. Sa contribution est significative dans l’amélioration de la prise en charge des problèmes sanitaires liés à l’allongement de l’espérance de vie dont la polymédication et l’augmentation des maladies et des facteurs de risque. Cette remarquable contribution est principalement liée à la formation reçue qui est avant tout médico-chirurgicale et pluridisciplinaire.

 

Comment améliorer la sécurité des patients en anesthésie-réanimation au Maroc?

La sécurité des patients en anesthésie-réanimation au Maroc est justement le cheval de bataille de la SMAR. L’objectif principal est d’éviter les décès lors de cet acte médical étant donné que l’anesthésie-réanimation n’est pas une thérapeutique, mais plutôt un acte qui la permet. Donc, il est difficile de concevoir qu’un acte permissif puisse causer un décès. Et c’est là que réside tout l’intérêt accordé à ce volet.
La SMAR a déjà édité en 2007 des recommandations pour mieux améliorer la sécurité en anesthésie.  Brièvement, ces mesures s’articulent autour de quatre points essentiels, à savoir la culture du risque, le potentiel humain, les moyens matériels et l’organisation.  
L’objectif est d’arriver à harmoniser l’organisation et l’équipement des sites d’anesthésie tous secteurs confondus (libéral, public, semi-public et universitaire) et à l’échelle nationale.

 


Quelles sont les grandes orientations futures de la SMAR?

à la préoccupation majeure que je viens de mentionner, la SMAR œuvre en continu pour consolider l’acquis. Développer la discipline occupe une place de choix parmi ses orientations futures. Il en est de même de sa médicalisation car pour une meilleure sécurité du patient, il faut que le médecin et l’infirmier anesthésistes travaillent conjointement pour éviter tout risque au moment de l’intervention chirurgicale.
L’élaboration de référentiels sur la pratique de la réanimation est tout aussi importante. Elle répond à une nécessité qui s’impose de plus en plus face aux besoins accrus de la population dans ce domaine. à cela s’ajoute la formation continue des praticiens pour une actualisation permanente de leurs connaissances.

 

La douleur est l’un des domaines où vous êtes également très actifs. Selon vous, comment est-elle perçue actuellement par les malades et par le corps soignant ?

Le droit de ne pas souffrir est de plus en plus pris en compte tant par le patient que par le personnel soignant. Un tel acquis est obtenu grâce aux formations dispensées dans les facultés de médecine et aux rencontres scientifiques dédiées à cette question. La création de comités scientifiques de lutte contre la douleur dans tous les CHU du pays a également donné un nouvel élan aux efforts déployés dans ce domaine. Une des missions de ces comités est l’information et la sensibilisation tant du grand public que des ressources médicales et paramédicales confrontées à cette problématique sanitaire.

 

Quelle part accorde-t-on à la prise en charge de la douleur et aux soins palliatifs dans notre système de soins, sachant que sous d’autres cieux ils constituent un des critères d’évaluation de la qualité des soins offerts aux malades ?

On est encore loin de ce qui se fait ailleurs. Mais le chemin menant à cette qualité de prise en charge est déjà entamé, notamment par la formation de compétences humaines qualifiées et spécialisées.
Parallèlement à ces efforts, l’association Lalla Salma de lutte contre le cancer a mis en place un projet spécifique très prometteur. Ce plan comporte notamment l’implantation de centres antidouleur dans chaque ville du Royaume. En plus de celui de Rabat, déjà inauguré, et de Casablanca en cours de réalisation, d’autres structures spécialisées verront le jour à Oujda, à Tanger et à Marrakech, par exemple.

 

Avec la mise en place du plan national de prévention et de contrôle du cancer, on s’attendait à un allègement des procédures administratives qui régissent la prescription de la morphine. Qu’en est-il  réellement ?

L’allégement des procédures administratives qui régissent la prescription de la morphine ne manquera pas d’avoir lieu en concomitance avec les dispositifs mis en place à l’échelle nationale. Personnellement, je pense que le problème réside en particulier dans l’appréhension des médecins à prescrire de la morphine. Encore considérée comme un stupéfiant, ils sont peu nombreux à vouloir disposer d’un carnet à souche. Donc, la priorité des priorités est de combattre cette phobie. Une fois ce cap dépassé, les entraves administratives disparaîtront progressivement.

 

Quel est votre point de vue sur le médicament en général, sur sa qualité et son accessibilité dans notre pays?

De manière générale, l’accès au médicament au Maroc est encore difficile, en particulier en cas de maladie lourde et chronique. Cette inaccessibilité est liée au prix élevé du médicament, même sous forme de générique, pour la majorité de nos concitoyens. L’absence de couverture médicale généralisée fait davantage ressortir cet état de chose. D’où les cas importants d’inobservance, voire d’abandon de traitement.

 

Notre système de soins est appelé à prendre en charge des pathologies complexes et lourdes.  Comment voyez-vous l’état d’avancement du projet de couverture médicale pour l’atteinte de cet objectif ?

L’instauration d’un système de couverture médicale est l’un des projets phares de notre pays. Grâce à ce projet d’envergure, ce sont des milliers de Marocains qui bénéficient actuellement de soins de santé. Ainsi, tout en cherchant à le généraliser comme prévu, il faut aussi chercher à revoir les modalités de son fonctionnement afin de garantir sa pérennité. Il y va de la qualité des soins proposés aux malades.

 

Pour garantir une bonne gestion/programmation de la demande en évolution des patients, des professionnels de la santé et des financeurs, quelles sont, selon vous, les mesures à mettre en place ?

Cette programmation ne peut être atteinte que par la définition de protocoles de soins et l’actualisation des nomenclatures, d’ailleurs en cours d’élaboration. Mais la réussite de ces démarches reste aussi tributaire de l’amélioration de la qualité de vie des citoyens en termes de revenus.
Sans oublier la généralisation de la couverture médicale à toutes les catégories sociales du pays.

 

En votre qualité de Président de la SMAR, qu’apportent réellement les sociétés savantes en matière d’information et de sensibilisation sanitaires de la population marocaine ?

Il est certain que les sociétés savantes jouent un rôle important dans l’information et la sensibilisation du grand public à travers le développement de leur spécialité médicale et le maintien des compétences.
S’inscrivant dans cette optique, la SMAR a édité un guide destiné à répondre aux différentes interrogations des patients au sujet de l’anesthésie. Elle a même réalisé un film qui verra le jour très prochainement. Intitulé « L’anesthésie expliquée au public », cette production audiovisuelle décrit de manière didactique et simple toutes les étapes de l’anesthésie.

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