M. Omar Tazi

Président Directeur général de Sothema

Il dit oui à la fabrication des génériques, mais non à la baisse sauvage de leur prix. Il dit oui à la coopération entre confrères, mais non à la concurrence déloyale. Tout en restant attentif aux mots prononcés, Omar Tazi n’hésite pas à tracer les grandes lignes d’une industrie pharmaceutique plus épanouie, innovante et compétitive. Fort des actions d’excellence entreprises par son laboratoire, Sothema, Omar Tazi, une figure emblématique, se lance dans d’autres projets pionniers qui peuvent marquer un nouveau tournant dans la prise en charge des maladies graves et chroniques au Maroc.

Omar Tazi

Président directeur général de Sothema

Doctinews N°30 Février 2011

 

  Doctinews. Tout d’abord, pouvez-vous nous donner un bref aperçu sur les performances financières de Sothema en 2010 ?

mar Tazi. En 2010, les performances financières de Sothema ont été affectées par les grèves que nous avons vécues pendant trois mois, mais aussi par la lourdeur de nos investissements qui vont se poursuivre pour toucher des secteurs particuliers. Globalement, malgré cette conjoncture, nos résultats au premier semestre restent honorables et nous nous attendons à ce qu’ils le soient aussi à fin décembre 2010 et ce, grâce notamment à la stratégie de développement adoptée ainsi qu’à l’élargissement de la liste des médicaments remboursables par l’Assurance Maladie Obligatoire. Quant à la crise économique mondiale et ses répercussions sur l’industrie pharmaceutique, il faut dire que celle-ci ne s’est fait sentir qu’à l’étranger, vu la baisse notable de la consommation de produits pharmaceutiques. Pour notre cas, elle n’a eu aucun impact étant donné que l’export ne représente que 10% de l’activité réelle de la société.

 

L’avenir de l’industrie pharmaceutique au maroc est dans le développement des génériques à un prix moyen et exportable.

Après l’acquisition de l’unité industrielle de Novartis Pharma, comment comptez-vous réorganiser Sothema ?

La réorganisation de Sothema s’impose non seulement par l’acquisition de l’unité industrielle de Novartis Pharma, mais aussi par le démarrage de notre usine à Dakar, en janvier 2011. à cette fin, nous avons décidé de faire appel à un groupe international spécialisé dans l’organisation pour nous aider à revoir toute notre structure, tant des projets existants que futurs.

 

Il y a presque deux ans, Sothema a mis sur le marché marocain Norlevo, qui promettait d’être un blockbuster. Qu’en est-il réellement aujourd’hui ?

En lançant Norlevo, notre but n’était pas d’en faire un blockbuster, mais surtout d’apporter une solution nouvelle aux grossesses non désirées. Mais disons que c’est un produit qui progresse petit à petit. La campagne de communication qui a accompagné son lancement n’a pas abouti à l’asseoir sur le marché marocain. Mais les efforts de promotion déployés par l’équipe marketing se poursuivent pour bien expliquer et réussir son positionnement en tant que contraceptif d’urgence. Dans ce cadre, les rôles du pharmacien et du médecin sont indispensables dans la sensibilisation du grand public sur les bénéfices de ce type de contraception, notamment dans la lutte contre la tragédie des avortements non médicalisés au Maroc.

 


Sothema est le premier laboratoire marocain introduit en bourse. Voulez-vous nous parler de cette expérience ?

C’est en 2005 que nous sommes entrés en bourse. L’objectif était de mieux faire connaître l’industrie pharmaceutique au grand public et, par là même, faire preuve de plus de transparence sur nos activités. Nous avons donc le privilège d’être en plus les premiers à avoir mené cette expérience qui n’a pas manqué d’ailleurs d’inspirer d’autres sociétés familiales marocaines, qu’elles soient pharmaceutiques ou évoluant dans d’autres secteurs d’activité.

 

Dans la stratégie de développement global de votre laboratoire, quelle place accordez-vous à l’ouverture de Sothema sur le marché africain?

Dans la vision de Sothema, la stratégie de développement à l’étranger ne peut s’appuyer que sur une politique de création de filiales, car nous ne croyons pas aux sociétés de promotion multicartes pour l’import, la distribution et la promotion des produits pharmaceutiques dans les pays où nous comptons nous installer. Notre choix a porté sur les pays émergents d’Afrique en l’occurrence, parce qu’ils présentent un fort potentiel de croissance. La mise en place d’une usine à Dakar en est la preuve. Les travaux de construction ont démarré il y a cinq ans. L’usine de West Afric Pharma démarrera sa production en janvier 2011. Ce projet n’est pas uniquement destiné au marché sénégalais, mais à tous les pays de l’Union Economique et Monétaire ouest-africaine (UEMOA). De nombreuses spécialités pharmaceutiques destinées au traitement de maladies spécifiques à cette région, comme le paludisme, ont été déjà enregistrées dans tous ces pays.

 

En votre qualité de Président d’honneur de l’AMIP, quels sont, pour vous, les principaux défis de l’industrie pharmaceutique nationale ?

Actuellement, l’industrie pharmaceutique investit de plus en plus dans le développement des génériques, ce qui ne peut que contribuer à un meilleur accès aux médicaments. Mais il ne faut pas le faire de manière sauvage, en ayant tendance à trop baisser leurs prix. à notre sens, faire le benchmarking peut être bénéfique à condition de le modérer par rapport aux quantités consommées. Cela permettra aux industriels nationaux de poursuivre leurs investissements dans ce domaine.
à l’époque où j’étais Président de l’AMIP, nous avions signé avec l’ANAM un projet d’accord stipulant que le prix du générique devait être fixé à 40% de moins par rapport à celui du princeps. Malheureusement, ce projet n’a jamais été approuvé par le ministère de la Santé. Par conséquent, les industriels sont de plus en plus réticents à investir dans la fabrication de génériques vu la réduction permanente de leurs prix qui peut arriver jusqu’en dessous de 70% de celui de la molécule mère.
Il est donc important que le ministère de tutelle et les professionnels se mettent d’accord sur un barème de prix assurant la croissance de ce secteur et permettant une meilleure accessibilité des médicaments aux citoyens.

 

Selon vous, comment l’industrie pharmaceutique nationale peut-elle profiter du vieillissement de la population, de la croissance démographique et de la hausse générale du niveau de vie pour assurer son évolution ?

Ce ne sont ni le vieillissement de la population ni la croissance démographique qui assureront l’évolution de l’industrie pharmaceutique, c’est plutôt l’amélioration du pouvoir d’achat du Marocain qui va pouvoir y contribuer de manière significative. D’autres facteurs de croissance sont tout autant importants. Ils résident principalement dans la pérennité de l’AMO et la généralisation du RAMED.

 

Quelles sont les perspectives d’avenir de notre industrie pharmaceutique eu égard aux défaillances de notre système de santé ?

Comme précédemment indiqué, le développement rationnel des génériques à un prix moyen et exportable est un point décisif dans l’évolution de notre industrie pharmaceutique. En parallèle, il est important d’encourager l’exportation de nos propres produits, à savoir les génériques, par la mise en place d’une réglementation capable de préserver les intérêts des industriels. à ce propos, on a toujours dit que pour que l’industrie pharmaceutique progresse, il faut qu’elle s’oriente vers l’étranger. Or, conformément aux recommandations de l’OMS, quand vous voulez exporter un médicament vers certains pays d’Afrique ou du Moyen-Orient, par exemple, le prix à l’exportation est basé sur le prix public marocain. Si ce dernier est très bas, le produit n’est plus exportable. En d’autres termes, l’avenir de l’industrie pharmaceutique au Maroc est dans le développement des génériques à un prix moyen exportable. Un tel objectif ne peut être atteint sans le soutien de l’état, notamment au niveau de la baisse des frais de transport. à l’instar d’autres pays comme la Jordanie, qui exporte 70% de ses produits, le Maroc est vivement appelé à prendre les mesures nécessaires dans ce sens.

 

Concurrence et coopération, deux principes contradictoires qui marquent le marché de l’industrie pharmaceutique nationale et multinationale. D’après vous, comment peut-on les concilier concrètement ?

Sothema est le premier façonnier pharmaceutique du Maroc. De ce fait, nous fabriquons nos propres médicaments comme ceux des autres laboratoires nationaux et étrangers installés chez nous. Ces produits sont dans certains cas concurrents des nôtres. Mais cela ne nous pose aucun problème parce que chaque firme a sa propre force de vente et c’est ce qui permet la commercialisation de tel ou tel produit.
Pour ce qui est de la concurrence, il est vrai qu’elle existe principalement entre les génériqueurs. Cette concurrence est trop favorisée par le ministère de la Santé en raison des procédures de fixation des prix adoptées. Outre les problèmes que cela crée entre les professionnels pour sa promotion et sa commercialisation, les médecins et les pharmaciens commencent à remettre en cause la qualité du générique vendu à un très bas prix comparativement aux autres produits de la même molécule, lancés avant lui sur le marché. Ailleurs, le problème ne se pose pas. Tous les génériques se situent presque au même niveau de prix.

 

à propos de concurrence, comment voyez-vous le dénouement de l’affaire qui vous oppose à Novonordisk concernant la commercialisation de l’insuline ?

Avant tout, nous tenons à dire que nous n’avons rien contre Laprophan. C’est un importateur et il a droit à une marge de vente. Par contre, ce sont les laboratoires Novonordisk qui pratiquent le dumping. Contrairement à ce qu’ils sont tenus de respecter,  ils ont commencé à vendre de l’insuline à un prix inférieur à celui du fabricant local. De telles pratiques risquent de nous pousser à arrêter sa fabrication, avec tout ce que cela peut engendrer comme répercussions négatives sur la santé des diabétiques au Maroc.

 

Après la crise de confiance dans l’industrie pharmaceutique au Maroc suite à la publication du rapport parlementaire sur le prix des médicaments, le secteur se soucie-t-il de soigner sa réputation auprès du consommateur ?

Ce rapport ne retrace pas la réalité. Il se base notamment sur environ 15 produits alors que nous disposons de plus de 5.000 produits! Quand ce rapport a été publié, l’AMIP avait réagi en diligentant une étude plus représentative et objective. Effectivement, certaines anomalies ont été constatées et les laboratoires sont en train de les corriger. Ces anomalies sont dues au fait que les prix de certains produits ont connu des baisses dans les pays d’origine qui n’ont pas été répercutées au Maroc. à présent, ce rapport est en train d’être oublié peu à peu et les mesures pour remédier à certaines anomalies au niveau des prix sont en cours d’application. Pour les nouveaux produits, il y aura certainement un benchmark, de sorte qu’ils ne soient pas trop chers, sachant que les multinationales vont aligner leurs prix sur ceux en vigueur dans leurs pays d’origine.

 

Quels sont les principaux axes du plan d’action de Sothema en 2011 ?

Notre priorité pour 2011 est de lancer de nouveaux génériques issus de produits de biotechnologie. Une usine spécialisée dans les injectables, y compris la seringue pré-remplie, a été mise en place à cette fin. Nous comptons également nous lancer dans la fabrication de vaccins. Ce sont là des produits qui auront un important impact sur les patients marocains puisqu’ils seront mis sur le marché à des prix accessibles.

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