Pr Najia Hajjaj-Hassouni

Doyenne de la Faculté de médecine et de pharmacie de Rabat

Doyenne de la Faculté de Médecine et de Pharmacie de Rabat, le Professeur Najia Hajjaj-Hassouni est également membre de nombreuses sociétés savantes au Maroc et à l’étranger. Elue en 2010 membre correspondant étranger par l’Académie nationale française de Médecine, elle est passionnée par la rhumatologie, sa discipline. La recherche et la formation initiale et continue sont d’autres sujets qui l’animent et sur lesquels elle s’exprime tout au long de cette interview.

Pr Najia Hajjaj Hassouni

Doyenne de la Faculté de médecine et de pharmacie de Rabat

Doctinews N°33 Mai 2011

 

Doctinews. Vous êtes Doyenne de la Faculté de médecine et de pharmacie de Rabat depuis 2003. Quel regard portez-vous sur l’évolution de la formation initiale des professionnels de santé ?

Professeur Najia Hajjaj-Hassouni. Le niveau de formation est très correct, en particulier en ce qui concerne la formation en médecine et en pharmacie. Preuve en est, le nombre important de nos étudiants qui sont pris en stage en Europe, même si les lois récentes rendent ces stages plus difficiles que par le passé.
Cependant, le nombre devenu plus important des étudiants ne permet plus de garantir une formation pratique suffisante, ce qui est fondamental dans les sciences de la santé. Il conviendrait également, à mon sens, de réfléchir à un avenir commun pour les sciences de la santé, ce qui inclut également les disciplines paramédicales, dont la formation devrait se rapprocher de celles de la médecine et de la pharmacie. Cette nécessité de rapprochement de disciplines qui doivent être complémentaires devrait amener logiquement à une orientation vers des universités des sciences de la santé.

 

Le nombre devenu plus important des étudiants ne permet plus de garantir une formation pratique suffisante, ce qui est fondamental
Dans les sciences de la santé.

Vous avez signé des conventions entre la Faculté de médecine et de pharmacie de Rabat et des laboratoires privés. Qu’attendez-vous de ce partenariat, notamment dans le domaine de la formation ?

Tout partenariat positif pour la formation de nos étudiants est le bienvenu, à condition que soient respectés, évidemment, un certain nombre de pré-requis en termes de formation et de crédibilité. Cela donne davantage d’ouverture de notre faculté et de notre université sur le monde socio-économique qui l’entoure et garantit, de ce fait, plus d’ouverture et de possibilités de formation et d’avenir pour nos étudiants.

 

à propos de la formation médicale continue, pensez-vous qu’elle est suffisamment adaptée aux besoins des praticiens ? Pensez-vous qu’elle devrait être obligatoire ?

La formation continue n’est pas, évidemment, suffisamment adaptée aux besoins des praticiens. Il faut cependant reconnaître le grand mérite des praticiens qui organisent eux-mêmes leur formation continue et s’organisent en sociétés savantes. Mais il est évidemment nécessaire que cette formation devienne obligatoire. Les médecins et les pharmaciens l’appellent de leurs vœux, mais ils ont du mal à obtenir l’obligation de formation continue comme cela se passe partout dans le monde développé.

 


Votre appartenance à de nombreuses sociétés savantes nationales et internationales est une richesse pour le pays qui peut bénéficier des expériences et connaissances acquises. Comment se concrétise ce partage ?

Il se concrétise par de nombreuses rencontres et échanges d’expériences avec des experts du monde entier. Il nous permet de bénéficier de transferts de technologies et d’expériences ou, inversement, de faire bénéficier d’autres partenaires de nos expériences. Ces partages permettent le maintien et le renforcement de la confraternité et de la collégialité, non seulement à l’échelle nationale, mais encore et surtout, à l’échelle internationale, valeurs qui sont l’essence même des sciences de la santé.

 

Vous accordez une importance particulière au domaine de la recherche. Avec une part du PIB inférieure à 1% consacrée à la recherche et développement, comment permettre aux compétences de s’exprimer ?

Il faut d’abord prouver que l’on est capable de faire de la recherche. Les financements en réalité existent pour peu que l’on sache les chercher et surtout qu’ils soient attribués à bon escient. Mais il est fondamentalement important d’avoir une bonne maîtrise de la méthodologie de la recherche, qui est une science essentielle. Il est difficile de convaincre de l’importance de l’acquisition de cette méthodologie. Pourtant, mes confrères et amis, les enseignants de la faculté de médecine et de pharmacie de Rabat, qui ont été convaincus de son importance et ont eu le mérite de se remettre en question et d’accepter le changement avec un esprit très positif, enregistrent aujourd’hui des résultats en hausse constante depuis 2004 et qui sont tout à fait à la hauteur. Je suis persuadée que nous n’en sommes qu’à une étape très en-dessous de nos possibilités et que l’on devrait à l’avenir voir encore croître la courbe de progression dont nous sommes, tous ensemble, très heureux.
à partir du moment où l’on prouve ses résultats et sa place dans le domaine de la recherche sur le plan international, les budgets ne peuvent que s’améliorer et, surtout, ils bénéficieront aux plus actifs.

 

Selon vous, l’implication des laboratoires privés dans le financement des programmes de recherche est-elle nécessaire ?

Les laboratoires privés jouent un rôle important dans la recherche et l’innovation. La recherche est le fait de tous. Cela ne peut qu’être un frein à son développement que de la réfléchir en termes de sectorisation. Mais il faut, bien entendu, que la recherche financée par les laboratoires privés se fasse dans le respect le plus total des règles d’éthique, en respectant totalement la liberté et l’indépendance du chercheur. Des comités d’éthique se sont développés dans les facultés de médecine. Celui de notre faculté respecte totalement les règles internationales, sa direction est indépendante de la faculté et il a obtenu la validation de la FDA (Food and Drug Administration) aux Etats-Unis. Mais nous appelons également de nos vœux la création d’un comité d’éthique national, répondant aux standards internationaux et dont le rôle serait la protection des personnes et en même temps la garantie du développement d’une recherche de qualité.

 

Pouvez-vous nous dire un mot à propos de la publication des travaux de recherche que vous estimez insuffisante et que vous encouragez ?

Je pense que cette question renvoie tout à fait à la question précédente sur la recherche. Il faut cependant y ajouter un encouragement visible aux chercheurs qui, très souvent, peinent à résoudre les multiples difficultés auxquelles ils ont à faire face. Parmi les mesures d’encouragement possibles, qu’il serait trop long d’aborder ici, la mesure prioritaire et essentielle est la définition du statut du chercheur. On demande aujourd’hui aux enseignants chercheurs, du moins dans les sciences de la santé, d’être à la fois des soignants, des pédagogues et des chercheurs. Il n’est pas toujours possible de garantir tout cela, d’autant que les difficultés existent dans tous ces différents secteurs. Par contre, permettre à certains d’accorder plus de temps à la recherche, à d’autres plus de temps à la pédagogie ou encore aux soins, devrait faciliter l’ouverture d’un débat positif et constructif.

 

Votre discipline est la rhumatologie. Comment se porte-t-elle aujourd’hui ?

Elle ne va pas trop mal et elle est loin d’être ankylosée ! La rhumatologie, qui est une discipline passionnante, s’adresse à tous les âges, depuis l’enfance jusqu’à la fin de vie. Elle a connu ces dernières années des avancées considérables tant sur le plan du diagnostic que dans celui du traitement. Elle a également largement contribué, en ayant été pionnière dans ce domaine, à développer une notion aujourd’hui essentielle qui est celle de la qualité de vie.

 

Si vous aviez un message à transmettre aux futurs médecins, quel serait-il ?

Mon conseil aux plus jeunes et surtout à ceux qui réfléchissent à leur voie d’avenir serait de n’entrer en médecine qui s’ils sont passionnés. Les études sont longues, prendre en charge des vies humaines est souvent difficile, et il faut s’attendre à vivre des moments souvent très pénibles. Mais la passion, comme en toute chose, adoucit considérablement ces difficultés et surtout permet de vivre des moments merveilleux, où la notion du service rendu est ressentie de façon extrêmement importante. Entre le moment où Hippocrate rêvait de « voir à l’intérieur du corps humain sans nuire » et l’époque que nous vivons aujourd’hui, des progrès considérables ont été réalisés par des gens qui, au fil des siècles, ont consacré leur vie sans relâche à l’intérêt de l’humanité et qui ont respecté le serment d’Hippocrate. Il ne s’agit pas d’un discours que l’on peut considérer comme hors du contexte actuel, du fait de l’existence réelle de dérives qu’il ne s’agit pas d’occulter, mais au contraire de la seule et vraie dimension qui doit être celle des sciences de la santé. Les dérives ont existé de tout temps, mais lutter ensemble pour conserver aux sciences de la santé leurs vraies valeurs est la meilleure manière de pouvoir les combattre.

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