Pr Habiba Hadj Khalifa

Présidente de la Société Marocaine de Pédiatrie

Présidente de la Société Marocaine de Pédiatrie, le Professeur Hadj Khalifa a dirigé pendant de nombreuses années le service de pédiatrie 3 du CHU Ibn Rochd à Casablanca, avant de prendre sa retraite le 30 mars dernier. Très investie dans la société civile, elle a consacré sa carrière à ses patients dont elle défend les intérêts avec ferveur, et à la transmission des connaissances à travers l’enseignement. Interview d’une femme passionnée, qui compte parmi les grands noms de la pédiatrie au Maroc.

Habiba hadj halifa

Présidente de la Société Marocaine de Pédiatrie

Doctinews N°38 Novembre 2011

 

Doctinews. Novartis est au Maroc depuis plus de trente ans. Comment vous positionnez-vous aujourd’hui sur le marché marocain ?

Mehdi Zaghloul. Novartis est entreprise qui a une longue histoire. Elle est issue de la fusion de deux groupes suisses (Sandoz et Ciba-Geigy) et occupe aujourd’hui la 2e place au niveau

 

La pédiatrie est un secteur qui réunit aussi bien les médecins du secteur privé que les médecins du secteur public et les enseignants. Nous devons travailler en osmose pour favoriser l’échange et la collaboration

Doctinews. Vous êtes présidente de la Société Marocaine de Pédiatrie. Comment cette société savante a-elle évolué depuis sa création, le 17 mars 1963?

Pr HABIBA Hadj Halifa. Pendant de nombreuses années, l’activité de la Société Marocaine de Pédiatrie (SMP) a été organisée par des pédiatres issus du secteur universitaire. Les pédiatres du secteur privé ont pris la relève avant de passer à nouveau le relais aux enseignants. Ces allers-retours sont importants car ils créent une dynamique intéressante. La pédiatrie est un secteur qui réunit aussi bien les médecins du secteur privé que les médecins du secteur public et les enseignants. Nous devons travailler en osmose pour favoriser l’échange et la collaboration. Les patients que nous prenons en charge en milieu hospitalier nous sont souvent adressés par des médecins du secteur privé. Lorsqu’un médecin adresse un patient à un confrère, il est essentiel de partager l’information pour nous permettre à tous d’avancer. Ce système de collaboration fonctionne d’ailleurs très bien à Casablanca.

 

Quelles sont, selon vous, les principales missions de la Société Marocaine de Pédiatrie ?

Elles sont au nombre de trois. La première mission, que je considère comme prioritaire, consiste à répondre aux besoins de formation des pédiatres. La formation ne peut pas se limiter à ce qui a été acquis sur les bancs de l’université. La formation des pédiatres, telle qu’elle est organisée aujourd’hui -et cela n’a pas changé depuis que j’ai commencé à enseigner- offre des bases solides pour exercer le métier de pédiatre généraliste avec un quota d’heures réservé à la chirurgie pédiatrique, la radiologie pédiatrique, la dermatologie pédiatrique et aux premiers gestes à effectuer lors d’un accouchement. Mais la médecine est une discipline extensible et dynamique, et la pédiatrie englobe de nombreuses spécialités. Notre rôle consiste donc à mettre en place des formations à destination des pédiatres dans la continuité de ce qu’ils ont appris. C’est d’ailleurs dans ce cadre que nous organisons chaque année le congrès national de pédiatrie, une manifestation scientifique qui nous ouvre, les uns les autres, aux pratiques de chacun.
La deuxième mission de la Société est de permettre aux pédiatres de se connaître et de se rencontrer pour échanger. Un médecin qui a étudié au Maroc est passé par le résidanat et il connaît la Société Marocaine de Pédiatrie. Il sait à qui s’adresser pour obtenir une information, un conseil. Ce n’est pas le cas des pédiatres qui étudient à l’étranger, qui ne connaissent pas leurs confrères et leurs spécialités. Nous incitons les confrères qui s’installent pour la première fois au Maroc à contacter la Société Marocaine de Pédiatrie.
Enfin, la troisième mission de la SMP est d’être une société mère, une force de proposition pour développer, par exemple, des « sur » ou « sous » spécialités qui lui seraient rattachées dans un objectif de coordination des activités. Pour faire le parallèle, en médecine « adulte », il existe des spécialistes en gastro-entérologie, en pneumologie, en neurologie… Depuis quatre ans, la SMP a donc incité les pédiatres à s’organiser en sociétés spécialisées, à définir leurs priorités et à élaborer des conduites spécifiques à tenir.

 

Le ministère de tutelle n’a-t-il pas un rôle à jouer à ce niveau-là ?

Je pense qu’il est de la responsabilité des médecins de faire des propositions au ministère. Nous réalisons des études, des thèses… dans le cadre de nos activités de recherche que le ministère de la Santé ignore souvent. De la même manière, le ministère doit impliquer les universitaires, les praticiens du secteur public et du secteur privé lorsqu’il met en place des programmes nationaux de prise en charge des patients. Nous les découvrons au moment où nous devons les mettre en application et nous sommes parfois réticents car même lorsqu’ils émanent de grandes institutions internationales, ils n’ont pas été discutés avec les praticiens. Néanmoins, depuis quelques années, la concertation s’est nettement améliorée. De plus en plus, le ministère de la Santé prend en compte l’avis des praticiens dans des spécialités telles que l’hémophilie, le cancer, l’insuffisance rénale… Il est bien évident que le ministère a ses priorités. Il ne peut pas toujours répondre à nos demandes et c’est à nous, dans ce cas, de réfléchir à l’organisation à mettre en place.

 

Le secteur de la pédiatrie, tel qu’il est organisé au Maroc, répond-il aux besoins actuels de la population (nombre de pédiatres, répartition géographique…)?

Au-delà du nombre de pédiatres, j’insiste essentiellement sur l’aspect de la formation. En moyenne, un congrès national réunit quelque 300 participants, un chiffre bien en deçà de nos ambitions. Un pédiatre sur trois n’assiste pas à la formation. Or, à partir du moment où la formation ne dépend plus de la faculté, mais des sociétés savantes, elle dépend également de la volonté du médecin à vouloir actualiser ses connaissances, les approfondir, modifier ses pratiques…
En ce qui concerne l’organisation, nous allons être de plus en plus amenés à travailler différemment. Nous ne pouvons pas créer des services pour chaque pathologie, et les enfants n’ont pas toujours besoin d’être hospitalisés. Aujourd’hui, il faut développer la notion d’hôpital de jour qui s’applique en oncologie, par exemple, pour le traitement des enfants hémophiles… Parallèlement, il faut pallier l’insuffisance de formation, en nombre et en spécialisation. Nous avons besoin de nutritionnistes, d’électroencéphalographistes… afin que les unités puissent être fonctionnelles.

 

Le profil des pathologies infantiles s’est beaucoup modifié au cours de ces vingt dernières années. À quoi est-ce dû, selon vous?

Le profil des pathologies que j’ai rencontrées au cours de ma carrière a évolué. Lorsque j’étais en 4e année d’études, nous étions confrontés à de nombreux cas de rachitisme, de diarrhées aiguës, de diphtérie, de tuberculose, d’épidémies, de méningites… mais pour affirmer qu’il a changé, il faudrait pouvoir se baser sur un premier critère objectif qui tienne compte de toutes les données recueillies sur l’ensemble du Maroc. Des pédiatres installés dans des hôpitaux publics en périphérie prennent en charge aujourd’hui encore des cas de malnutrition, par exemple. Cependant, grâce au programme élargi de vaccination mis en place au Maroc en 1981, des maladies cibles telles que la diphtérie, la poliomyélite, le tétanos ou encore la rougeole sont devenues rares ou ont complètement disparu. À côté, d’autres maladies sont apparues. Mais sont-elles apparues ou préexistaient-elles déjà sans que l’on ne s’y intéresse ? L’épilepsie, par exemple, a toujours existé, mais elle ne retenait pas autant l’attention. Le cancer a évolué avec l’environnement et les habitudes de vie qui se sont modifiées. Dans le même temps, des progrès ont été réalisés dans le domaine du dépistage grâce à l’échographie, par exemple, et notre approche du diagnostic est plus précise.

 

L’accès aux soins reste l’un des principaux freins en matière de santé infantile. Quel regard portez-vous à propos de l’évolution du système de santé au Maroc?

Il est vrai que l’accès aux soins a beaucoup évolué, mais de nombreuses difficultés subsistent. L’accès aux soins englobe l’accueil, un accueil adéquat, un accueil professionnel. Un citoyen qui se présente dans une structure de soins, quelle qu’elle soit, doit pouvoir trouver en face de lui un interlocuteur. Cet interlocuteur doit être capable de lui expliquer ce qui peut être fait pour lui. Il doit également être capable de lui donner une réponse en proposant un rendez-vous, en l’orientant vers une autre structure… ce qui n’est pas toujours le cas aujourd’hui. Nous sommes confrontés à une certaine agressivité de la part des patients qui passent des journées à attendre sans obtenir de réponse précise, et nous manquons de moyens pour répondre à leurs besoins. Nous manquons surtout de personnel, parfois de matériel, et même avec la meilleure volonté, nous ne pouvons pas recevoir tous les patients qui se présentent chaque jour à l’hôpital. Cette situation est difficile à vivre pour les parents. Ils ne comprennent pas. Il faudrait élaborer une carte « géomédicale » avec des indications précises sur le nombre de patients qui se présentent dans tel lieu, le nombre de pédiatres et de spécialistes qui sont en mesure de répondre à leurs besoins… pour faire ressortir les carences et tenter d’y remédier. Nous devons disposer de statistiques fiables pour fixer des objectifs et améliorer l’accès aux soins.

 

L’aspect financier de l’accès aux soins ne constitue-t-il pas un autre obstacle majeur?

Là encore, la situation a évolué et évolue encore. Vous savez, il est extrêmement difficile de définir des priorités. Faut-il donner la priorité à la prévention ? Faut-il privilégier la prise en charge des cancers ou des hépatites, moins coûteuses et plus nombreuses ? Faut-il traiter les enfants épileptiques que l’on peut guérir avant l’âge de quatre ans ? Faut-il créer des centres pour enfants handicapés moteurs ou cérébraux, pour enfants autistes ? Quelle place accorder à la prise en charge de certaines maladies coûteuses comme les hémoglobinopathies ? On ne peut pas tout faire en même temps, il faut faire des choix et ces choix sont terribles et douloureux. Néanmoins, d’importants efforts ont été réalisés et certaines pathologies dites orphelines ne sont pas oubliées. La Cnops, par exemple, prend en charge des pathologies telles que la maladie de Pompe, dont le coût de traitement s’élève à 42 000 DH par mois, ou la maladie de Urler pour laquelle les dépenses s’élèvent à 73 000 DH par trimestre.

 

Votre parcours est assez atypique et plutôt remarquable. Vous n’aviez pas choisi la médecine au départ?

J’ai fait partie de l’équipe nationale de basket pendant dix ans avant de découvrir la danse classique et de me passionner pour cette discipline. Je voulais être danseuse, mais mon père a décidé que je serais médecin. Je me suis d’abord orientée vers la réanimation, une spécialité très dure sur le plan émotionnel. J’ai été tentée par la gastroentérologie avant de me tourner vers la pédiatrie.

 

Vous avez démarré votre carrière dans le secteur privé avant de vous investir dans le secteur public. Quelles ont été vos motivations?

J’ai créé mon cabinet à Safi, mais parallèlement, je me suis beaucoup impliquée dans le secteur social en tant que présidente d’association, membre du croissant rouge, je rendais visite aux femmes en prison… J’ai très vite compris que je pourrais m’enrichir financièrement, mais que je risquais de perdre ce à quoi je tenais le plus, bien faire mon travail. Or, dans cette discipline, pour bien faire son travail, il faut enrichir ses connaissances. Et pour aider les autres à bien faire leur travail, il faut transmettre ses connaissances. Voilà ce qui m’a amenée à l’enseignement.

 

Vous avez été très tôt tentée par la politique. Avez-vous encore des projets dans ce domaine?

Je pense qu’il est très difficile de faire de la médecine sans faire du social et de faire du social sans faire de la politique. Lorsque j’étais plus jeune, je voyais des enfants parcourir des kilomètres à pied pour aller à l’école. Je suis issue du monde rural et j’ai été frappée par le manque d’accès à l’eau potable, à l’origine de nombreuses épidémies. Je me suis présentée à Safi et je suis devenue conseillère municipale en 1976. J’étais idéaliste, j’avais l’ambition d’améliorer le quotidien de chacun dans ma région. Mais j’ai été très vite déçue, extrêmement déçue, par le milieu de la politique. J’ai décidé de me concentrer sur mon activité professionnelle et d’apporter ce que je pouvais dans ce domaine, un choix plus sage et plus efficace.

 

Auriez-vous un message à transmettre aux futurs pédiatres marocains?

Je dirais : soyez à l’écoute des parents, de la mère, jusqu’à preuve du contraire. Ecoutez-la avec respect. Prenez ensuite le temps d’observer vos petits patients, de chercher, et utilisez tous les outils que vous avez à disposition aujourd’hui. Grâce à Internet, nous avons accès à des documents que nous mettions des mois à consulter auparavant. Formez-vous, enrichissez-vous, entretenez le dialogue, l’échange et la communication et soyez surtout confraternels.

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