Mohamed Rhajaoui

La veille technologique nous permettra de gagner en performance et en économie

Doté d'une nouvelle stratégie, l'Institut national d'hygiène compte aujourd'hui valoriser sont expertise et son expérience. Directeur de l'Institut depuis 2012, le Dr Mohamed Rhajaoui explique comment.

Dr Mohamed Rhajaoui

Directeur de l’INH

Doctinews N°67 Juin 2014

Doctinews. Pouvez-vous retracer brièvement l’histoire de l’Institut National d’Hygiène ?
Dr Mohamed Rhajaoui. De façon brève, l’Institut d’Hygiène a été créé en 1930 avec comme principale mission de prendre en charge les problèmes d’hygiène et d’épidémiologie liés aux maladies transmissibles. Il avait également en charge la diffusion des notions élémentaires d’hygiène et de prophylaxie pour protéger la santé de la population. Au lendemain de l’indépendance, avec la création du ministère de la Santé publique marocain, l’Institut d’Hygiène du Maroc est devenu l’Institut National d’Hygiène, communément appelé INH, et a été choisi comme un organe de référence en matière de biologie médicale et d’analyses environnementales. Dès lors, l’Institut n’a pas cessé de diversifier son plateau technique et de développer son activité et son expertise en réponse aux changements épidémiologiques et aux besoins de la santé de la population marocaine. Parallèlement, son organisation et sa structure interne ont continué à se développer et son capital humain s’est enrichi aussi bien sur le plan quantitatif que qualitatif.

Nous allons renforcer la communication aussi bien en interne qu'en externe



Quelles sont les missions actuelles de l’Institut national d’hygiène ?
Les missions confiées par le ministère de la Santé à l’INH, bien que d'apparence variées, se rapportent essentiellement à la santé publique à travers les activités de laboratoires.
Sa première mission consiste, en effet, à apporter l’appui technique aux principaux programmes de santé publique. Je peux citer, par exemple, les programmes de lutte contre la tuberculose, celui de la lutte contre le VIH/Sida et les infections sexuellement transmissibles, les programmes de lutte contre le paludisme, de surveillance et de lutte contre les vecteurs de maladies, le programme national d’immunisation, etc.
L’INH a également pour mission de contribuer au système national de veille et de surveillance épidémiologique, particulièrement pour les risques d'importation et de propagation de maladies émergentes.
En plus des prestations de ses laboratoires relatives au diagnostic des maladies infectieuses (bactériennes, virales, parasitaires ou même mycologiques), l’INH a pour mission d’assurer des prestations de service spécialisées pour l'exploration de maladies génétiques, immunologiques ou hématologiques.
L’institut a également pour mission d’animer et de coordonner le réseau des laboratoires de santé publique (LSP) à travers tout le territoire national, y compris la mise en place des programmes de qualité et de sécurité.
L’INH est par ailleurs chargé de contribuer à la formation et à l’encadrement des médecins, des étudiants de l’Institut de formation aux carrières de santé, du personnel des laboratoires de santé publique et des étudiants des établissements d’enseignement supérieur (facultés des sciences et de médecine et pharmacie).
L'INH est aussi un acteur important de la recherche appliquée en santé, chargé de fournir au ministère de la Santé les évidences scientifiques à même d'orienter les différentes stratégies et programmes de santé publique.
Enfin, grâce à l’expertise acquise tout au long de ces années, l’INH est en mesure de proposer des prestations de service dans les domaines de la toxicologie médico-légale, de l’hydrologie, de la microbiologie et de la toxicologie alimentaire, de la toxicologie environnementale, du contrôle qualité des réactifs, du transport de substances infectieuses et dangereuses…

Comment êtes-vous organisé  ?
L’INH est organisé sous forme de départements, huit au total. Nous avons le département d’hématologie/biochimie, le département de bactériologie médicale, le département de toxicologie/hydrologie, le département de génétique médicale, le département d’immunologie/virologie, le département d’anatomo-pathologie, le département de parasitologie/entomologie, le département de microbiologie alimentaire et enfin le bureau des laboratoires (BL). Au sein de ces départements, certains laboratoires ont acquis une reconnaissance internationale ou nationale. Les laboratoires de la poliomyélite, de la grippe, des rotavirus et de la rougeole sont des centres de référence de l’OMS. Le laboratoire de génétique est rattaché à l’INSERM en France. L’INH compte plus de 7 laboratoires nationaux de référence.
En plus des départements, l'INH comporte un service administratif, un service d'épidémiologie et de veille sanitaire, une unité d'informatique, une unité de qualité, une unité de biosécurité, une cellule de conseil aux voyageurs, une unité de coopération et recherche développement et une cellule de communication.
L’accomplissement des missions de l'INH a été rendu possible grâce à un capital humain qualifié, ainsi qu’au développement continu de l’infrastructure et de plateformes techniques de pointe (séquenceurs, PCR, cytomètres à flux, microscopes à immunofluorescence, appareils de chromatographie en phase gazeuse…). L’INH compte à ce jour près de 200 cadres et agents de profils variés et complémentaires : médecins, ingénieurs, cadres scientifiques, techniciens, infirmiers, administrateurs et agents de service.

L’INH a élaboré un plan stratégique 2013-2016. Quel en est l’objectif ?
Lorsque j’ai rejoint l’INH, en 2012, nous avons opté pour la mise en place d’un mode de gestion basé sur la planification à moyen terme, plus à même de nous permettre d’honorer nos missions et de converger vers une vision commune. J’ai choisi une équipe de cadres de l’institut afin d’établir un diagnostic et d’élaborer un plan stratégique déterminant nos priorités en termes d’amélioration et de développement de l’institut, ainsi que la manière de les atteindre avec un échéancier. Nous conservons cependant une certaine flexibilité pour nous permettre d’éventuelles adaptations au contexte. Ce plan stratégique est articulé autour de 6 axes, 13 objectifs spécifiques et 44 actions.
Le premier axe s’intéresse à notre première mission d’appui aux programmes de santé. Il s’agit de consolider les acquis, de renforcer notre plateforme technique, de diversifier et de développer l’expertise et les prestations de l’institut et de les mettre au profit des programmes de santé. Pour y parvenir, nous devons entamer une veille technologique qui nous permettra de gagner en performance et en économie.
Le deuxième axe s’articule autour du développement de nos réseaux de laboratoires. Pour cela, un repositionnement du BL et sa redynamisation s’avèrent nécessaires pour que l’INH puisse mener à bien ses missions et jouer efficacement son rôle dans le développement des capacités des LSP. Ainsi, nous prévoyons d’entamer objectivement une restructuration du BL conformément à ses missions officielles, en mettant l’accent sur le renforcement de la coordination avec nos partenaires concernés par les activités de laboratoires, à savoir la Direction d’épidémiologie et de lutte contre les maladies (DELM), La Direction des hôpitaux et des soins ambulatoires (DHSA), la Direction des équipements et de maintenance (DEM), les directions régionales de santé (DRS)... La mise en place d’un système d’information sera une des priorités à même de cibler les actions de mise à niveau des LSP en vue de l’amélioration de leurs performances. Cette mise à niveau s’opère dans une période où la régionalisation avancée est en pleine dynamique dans notre pays ; elle s’avère également indispensable pour la veille et la surveillance épidémiologique, notamment après l’entrée en vigueur du RSI – 2005.
Le troisième axe concerne la mise en place d’un système de surveillance et de veille épidémiologique basé sur les résultats des laboratoires. Il s’agit de mettre en place les mécanismes permettant l'exploitation des données générées par les activités de laboratoires et leur intégration au système national de veille et de surveillance épidémiologique. Nous avons développé des plateformes qui nous permettent, par exemple, de dresser une cartographie des souches de germes qui circulent ou d’évaluer la résistance de certaines parmi ces dernières. Ces données sont particulièrement utiles pour prendre les bonnes décisions en termes de santé publique, d'une part, et répondre aux exigences du règlement sanitaire international.
Bien évidemment, pour répondre à nos ambitions, nous ne pouvons plus continuer à exercer sans répondre aux exigences d’un système de management de la qualité et d’un système de biosécurité. Nous avons programmé un audit externe, première étape pour aboutir, à terme, à la certification de l’INH et à l’accréditation de certaines de nos plateformes ; c’est notre quatrième axe du plan.
Le cinquième axe vise le développement et la restructuration du partenariat de l'Institut et les activités de recherche qui y sont menées.
Quant au sixième axe, il concerne l’amélioration du management et le renforcement des outils de bonne gouvernance. Le contrôle, la transparence, le partage de l’information sont autant d’éléments à déployer pour que la décision émane d’un groupe de responsables et non d’une seule personne. Nous allons également renforcer la communication institutionnelle, aussi bien en interne qu’en externe.

Il s’agit d’un plan ambitieux…
Tout ce qui est inscrit au plan stratégique a pour but de rendre l’INH performant, au service de la population, socialement agréable, avec des conditions de travail sécurisées, un personnel valorisé et un client satisfait. Il est guidé par des valeurs partagées d’engagement, de rigueur, de transparence et de reconnaissance.

Vous évoquez l’appui aux programmes de santé comme première mission de l’institut. À quel stade l’Institut intervient-il ?
Les programmes de santé publique représentent un ensemble de ressources matérielles, humaines et financières, et d’actions à mettre en œuvre afin d’atteindre des objectifs de prévention, de contrôle ou d’élimination d’une maladie. Principalement dans les programmes de lutte contre les maladies transmissibles, les laboratoires constituent un élément essentiel et fondamental. En effet, un grand nombre de décisions thérapeutiques s’appuient fortement sur les données fournies par les laboratoires médicaux. Lors de flambées épidémiques ou autres événements de santé publique, les laboratoires sont au cœur même des interventions de santé publique, d’investigation et de riposte. Déterminer la stratégie de dépistage/diagnostic relève de la responsabilité des laboratoires de référence de l’INH ; ce sont ces derniers qui introduisent les nouvelles techniques et assurent la formation du personnel des LSP, élaborent des procédures et des guides et mènent des études de recherche dont les résultats seront utilisés pour développer et améliorer la prise en charge de maladies. Ils sont également responsables de l’assurance qualité.

Êtes-vous sollicités en cas de suspicion d’une contamination par le Coronavirus, par exemple ?
Nous le sommes effectivement. Lorsqu’un cas est suspecté, les prélèvements nous sont adressés pour confirmation. Notre laboratoire de virologie, centre de référence de l’OMS, assure la surveillance de la grippe et des autres viroses respiratoires.
 
Vous jouez également un rôle important dans l’identification des germes  ?
Tout à fait. Prenons l’exemple de la leishmaniose dont il existe trois types. Autrefois, nous pensions que chacun de ces types évoluait dans une région différente. Grâce aux avancées de la biologie moléculaire, le laboratoire de référence de la leishmaniose de l’INH a pu établir une cartographie de la répartition de ces trois types qui montre que les aires de répartitions de ces trois espèces évoluent dans le temps. Le typage des souches n’est pas limité à la leishmaniose, il concerne la tuberculose, la grippe, la méningite, les salmonelles, le rotavirus et, récemment, les astrovirus. Les techniques utilisées pour une identification sont en réalité très diversifiées, elles vont de la recherche microscopique ordinaire jusqu’au séquençage des génomes pathogènes.

Vous citez les salmonelles qui sont des agents pathogènes responsables de toxi-infections alimentaires. Intervenez-vous fréquemment dans ce domaine ?
Nos départements de microbiologie alimentaire et de toxicologie/hydrologie sont chargés d’effectuer des analyses à partir de matrices non humaines. Ces matrices peuvent être des aliments, l’eau, le sol, l’air… Ils sont sollicités dès qu’un problème lié à l’environnement impacte négativement la santé de la population. Leur rôle consiste à confirmer le facteur de risque et à proposer une solution lorsqu’elle existe. En cas de toxi-infection alimentaire collective, par exemple, le laboratoire est chargé d’isoler le germe responsable de l’infection chez le patient et dans les prélèvements alimentaires ou l’eau et d’essayer d’en trouver le lien. Il est important également de génotyper l’agent pathogène pour savoir s’il s’agit d’une nouvelle ou ancienne souche. Cette dernière information est capitale dans la mesure où elle permet au laboratoire de mettre à jour sa base de données et sa souchethèque.
 
Disposez-vous de moyens suffisants pour mener à bien vos missions ?
L’INH est un service d’Etat géré de façon autonome. Nous fonctionnons grâce au budget dédié aux structures SEGMA et nous recevons aussi un budget en provenance de la Direction de l'épidémiologie et de lutte contre les maladies pour nos activités d’appui aux programmes de santé publique. Dans ce dernier domaine, le budget commence à devenir insuffisant car la demande augmente, notamment avec la dynamique de dépistage de certaines infections, ce qui consomme énormément de réactifs et de fongibles. Quant au budget dédié aux structures SEGMA, il nous permet d’atteindre l’autosuffisance et donc d’assurer le fonctionnement de l’existant, mais il ne nous permet pas vraiment de nous développer. En ce qui concerne les ressources humaines, nous manquons de techniciens de laboratoire et d’infirmiers polyvalents. Pour le recrutement, nous dépendons du ministère de la Santé ; nous faisons part de nos besoins et nous attendons les affectations.
 
La création d’une Agence nationale de santé publique est-elle toujours à l’ordre du jour ?
La création d’une Agence nationale de santé publique a été proposée dans le cadre du projet de jumelage de l’INH avec d’autres structures de l’Union européenne. Il était question de faire évoluer l’INH et d’autres services du ministère vers une Agence nationale de santé publique qui prendrait en charge tous les problèmes de santé publique, particulièrement les aspects liés à la veille et à la surveillance épidémiologique. L’idée est excellente, aujourd’hui, elle s’inscrit dans le cadre de la réforme de la santé publique. Un séminaire de réflexion sur cette réforme a récemment été organisé au cours duquel la question de la création de l’agence a été évoquée. Il faut encore clarifier de nombreux points, tels que la structuration et l’organisation de l’agence… Nous sommes à la phase de constitution du comité de pilotage et du comité technique qui seront en charge de mener une réflexion dans ce sens.

Si vous deviez ajouter un mot, quel serait-il ?
Je dirai simplement que l’Institut national d’hygiène existe depuis 84 ans ; il est passé par différentes phases et est toujours à la hauteur. Aujourd’hui, il est prêt à jouer le rôle d’une plateforme tournante pas uniquement pour répondre aux besoins des programmes de santé, mais également pour satisfaire le besoin d’un ensemble de directions du ministère de la Santé et d’autres départements ministériels. Je pense, par exemple, à l’enseignement supérieur et à la recherche ou à l’environnement (études de gestion et évaluation de l’impact de certains facteurs de l’environnement sur la santé de la population). L’INH peut également intervenir dans le domaine de la réglementation car il a pu rassembler une grande expérience qui lui permet de se prononcer sur les pratiques et l’exercice du métier de laboratoire. En d’autres termes, nous sommes prêts à offrir notre expertise et notre expérience à tout établissement, direction ou département qui souhaiterait collaborer. Nous sommes également prêts à offrir notre expertise au secteur privé. Nous disposons de laboratoires compétents dans le domaine des analyses spécialisées qui pourraient être effectuées au Maroc plutôt que d’être sous-traitées à l’étranger à des coûts très élevés. Notre panel de prestations est large et nous allons travailler à communiquer autour pour le porter à la connaissance de tous..

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