RADIA CHMANTI HOUARI

RADIA CHMANTI HOUARI 08 novembre 2016

" Aujourd'hui, 65 % de notre portefeuille est fabriqué localement "

GlaxoSmithKline, qui totalise plus de 300 ans d'existence dans le monde et plus de 40 ans au Maroc, a fait du Maroc un hub nord africain début 2016. Une occasion de revenir sur la présence d'un laboratoire porté par l'innovation dans la recherche mais également sur son modèle d'interaction avec les professionnels de la santé.

pr sidi adil ibrahimi doctinews

Radia Chmanti Houari

Vice-président & Directeur Général GlaxoSmithKline Afrique du Nord

Doctinews N°93 Novembre 2016

Doctinews. GSK est le 2e groupe pharmaceutique multinational au Maroc. Quelle est l'identité du groupe et quelles sont ses origines dans le monde ?
Radia Chmanti Houari. GSK est un des leaders mondiaux de la recherche clinique et du développement pharmaceutique, opérant dans trois domaines : les médicaments de prescription, les vaccins et les produits de santé de grand public. L'histoire de GSK est d'abord une histoire d'innovation de plus de 300 ans, avec aujourd'hui près de 100 000 collaborateurs, des produits vendus dans 190 pays à travers 89 sites de production. GlaxoSmithKline voit le jour en 2000 après la fusion de Glaxo Welcome et Smithkline Beecham. GSK est leader dans plusieurs domaines : le respiratoire, l'antibiothérapie, les vaccins, le système nerveux central, le VIH et les maladies rares. Tout en maintenant une forte présence sur les marchés développés, le groupe renforce ses investissements sur les marchés émergents, en Afrique notamment, où le potentiel de croissance est important. Nous sommes présents au Maroc depuis plus de 40 ans.

Vous citez l'innovation dans plusieurs domaines thérapeutiques. Quelle est la stratégie R&D du groupe ?
La stratégie de GSK est d'accroître la productivité en R&D et d'améliorer le taux d'innovation, tout en maîtrisant les coûts. 4 milliards d'euros sont investis par an en R&D et 11 000 collaborateurs dans le monde sont dédiés à la R&D. Le groupe collabore avec 15 entités leaders dans la biotechnologie pour la recherche en immuno-oncologie. A titre d'exemple, en août dernier, GSK et Google ont fondé une co-entreprise, Galvani Bioelectronics, pour financer des traitements par impulsions électriques contre l'asthme et le diabète. GSK compte 5 prix « Nobel » au cours des 70 dernières années et 16 « Prix Galien » dans 9 domaines thérapeutiques.

Le 11 février de cette année, GSK a inauguré le Hub Afrique du Nord basé à Casablanca, couvrant le Maroc, la Tunisie et l'Algérie à partir de son siège à Casablanca. Pourquoi le choix du Maroc comme siège de ce Hub ?
Le choix pour le Maroc s'est imposé naturellement en raison de son ouverture sur l'Europe et sur l'Afrique. Le pays possède les atouts nécessaires pour devenir un hub technologique, financier et scientifique. GSK est classé troisième laboratoire dans le marché pharmaceutique privé au Maroc, deuxième en Tunisie et quatrième en Algérie. Ces trois pays présentent un fort potentiel de croissance. Un total de 90 millions d'habitants et un marché pharmaceutique de plus de 7 billions USD. Nous employons plus de 700 personnes qui œuvrent dans l'intérêt du patient que nous mettons au cœur de toutes les décisions dans notre entreprise.



Quels sont vos projets futurs de développement au Maroc et en Afrique du Nord ?
Nos axes de développement s'articulent autour de l'accès pour tous aux médicaments, de la formation médicale continue et d'un partenariat actif avec les autorités sanitaires et les pouvoirs publics, et ce dans le respect du code de bonnes pratiques et en ligne avec nos valeurs.
Les investissements consentis dans les transferts de technologies et le développement des compétences dans le secteur classent aujourd'hui GSK parmi les premières entreprises formatrices du secteur pharmaceutique en Afrique du Nord.
Au Maroc, nous avons des projets de localisation et d'expansion des capacités de production locale existante dans lesquels nous avons investi tant sur le volet financier et matériel que sur le volet humain. Aujourd'hui, 65 % de notre portefeuille est fabriqué localement.

Revenons à l'innovation, cette fois, dans le modèle opérationnel du groupe. Fin 2013, GSK dans le monde a annoncé trois décisions importantes qui visent à modifier ses modes d'interactions avec les professionnels de santé. De quoi s'agit-il et qu'en est-il aujourd'hui ?
Nous savons que les professionnels de santé prennent leurs décisions de prescription en toute indépendance. Toutefois, nous souhaitons confirmer l'élimination de toute perception de conflit d'intérêt et renforcer la confiance accordée par les patients aux informations fournies sur nos médicaments. En décembre 2013, GSK a annoncé trois mesures importantes visant à changer la politique de promotion. Depuis janvier 2016, l'ensemble de ces mesures est effectif au niveau mondial, y compris au Maroc.
La première mesure, appliquée depuis le 1er janvier 2015, est la mise en place d'un nouveau système de rémunération. Nos délégués médicaux ne sont plus rémunérés sur des objectifs individuels de ventes. Ils sont évalués sur la base de leurs connaissances techniques et de la qualité de l'information médicale fournie. Nous renforçons ainsi la valeur du métier de délégué médical chez GSK.
La deuxième mesure consiste en l'adoption d'un modèle de formation médicale indépendante. Notre engagement reste le même, nous continuons à accompagner activement les professionnels de santé dans la formation médicale continue, sauf que nous le faisons différemment : au lieu d'un parrainage direct, GSK apporte un soutien aux organismes indépendants. Nous n'intervenons à aucun moment dans le contenu des formations ni dans le choix des participants qui se fait de manière indépendante par l'organisme.
La troisième mesure concerne notre partenariat avec les experts qui interviennent dans nos réunions à but promotionnel. Nous continuons à organiser des réunions de formation et d'information liées à nos domaines thérapeutiques, animées par des experts médicaux internes ou des professionnels de santé. Toutefois, ces derniers le font en toute neutralité sans aucune contrepartie. Ces trois mesures visent à mettre concrètement le patient au centre de nos décisions et de celles de nos partenaires, en ligne avec nos valeurs communes. Notre objectif est d'éliminer tout risque potentiel de perception de conflit d'intérêt au niveau du patient dans la prescription de nos médicaments et vaccins.

Cela signifie-t-il que vous ne fournissez plus d'honoraires aux professionnels de santé dans le cadre de votre partenariat ?
Les professionnels de santé demeurent de précieux partenaires pour GSK, et nous continuons de les rémunérer pour certaines activités non promotionnelles, comme la recherche clinique et les activités de conseil et d'études

Comment ces mesures ont-elles été accueillies au Maroc par la communauté médicale ?
GSK a bousculé le modèle commercial classique dans le secteur pharmaceutique au niveau mondial. Il est le premier laboratoire à adopter un tel modèle, motivé par la nécessité de faire vivre les valeurs de l'entreprise : être transparent, opérer avec intégrité et placer le patient au cœur des décisions. Bien entendu, GSK a appréhendé les réactions des partenaires, notamment l'étonnement puis la curiosité pour comprendre les raisons de ce changement. L'approche de GSK risquait d'être perçue comme un moyen de générer des économies. Or, au Maroc par exemple, nous investissons plus dans la formation médicale indépendante comparativement à l'année dernière. Aujourd'hui, notre modèle est parfaitement adopté. Nous étions agréablement surpris de voir un grand nombre de nos partenaires nous accompagner dans notre nouvelle façon d'opérer. Ils ont confiance en la qualité de nos produits et de nos services et nous les remercions.

En août dernier, GSK a été reconnu 1ère entreprise qui « change le monde » dans le classement mondial de 500 entreprises par le magazine américain « Fortune ». Que fait particulièrement GSK ?
Effectivement, Fortune classe les 50 premières entreprises ayant eu un impact social ou environnemental important sur notre société, notamment à travers une stratégie opérationnelle à but non lucratif. Classé en sixième position l'année dernière, GSK se dresse aujourd'hui à la toute première place. Ce que nous faisons différemment justifiant la première position inclut la transformation de nos modalités d'interactions avec les professionnels de santé, la consolidation du partenariat avec l'institution « Save the Children », la distribution par ViiV Healthcare de Tivicay® au Botswana, l'obtention d'un avis positif pour notre candidat vaccin contre le paludisme, l'adoption d'une approche graduelle de la propriété intellectuelle selon le niveau de richesse des pays pour favoriser l'accès à nos médicaments et le réinvestissement de 20 % des bénéfices dans les pays en voie de développement pour renforcer leurs systèmes de santé, … C'est une reconnaissance pour la façon dont GSK répond aux problématiques de société en veillant à intégrer cette dimension sociétale dans les pratiques commerciales.

Une question sur votre politique d'inclusion et diversité. Le comité de direction GSK Afrique du Nord compte une diversité en termes d'horizons, de cultures et une bonne représentation des femmes managers. Est-ce la politique générale de GSK ?
Il est très important de créer un milieu de travail inclusif dans le but d'attirer et de retenir les personnes talentueuses indépendamment de leurs différences. Chez GSK, nous faisons tout pour adopter la politique d'inclusion, de diversité culturelle et ethnique et d'employabilité de personnes atteinte d'une invalidité. D'ailleurs, une illustration récente de cette diversité est la nomination d'Emma Walmsley en tant que CEO du groupe, succédant à Sir Andrew Witty à l'expiration de son mandat prévue le 31 mars 2017. Emma Walmsley, qui est une des rares femmes executive du monde pharmaceutique, est l'unique CEO femme du big pharma (si on exclut Heather Bresch, le CEO de Mylan). Emma est actuellement la présidente de l'unité Consumer Healthcare et, à partir du 1er  janvier 2017, elle fera son entrée dans le comité de GSK monde.

Carte d'identité
Radia Chmanti Houari est titulaire d'une licence en biologie de la Faculté des Sciences de Fès, d'un Executive MBA de l'Ecole nationale des Ponts et Chaussées et d'un Executive programme en management de l'Université de Columbia, New York.
Radia Chmanti Houari a rejoint GSK en Avril 2013, d'abord en tant que présidente directrice générale Maroc, puis en 2015 en qualité de directrice générale Maghreb cluster incluant la Tunisie et Libye. En Janvier 2016, GSK crée le hub Afrique du Nord et elle est nommée VP directrice générale du hub Afrique du Nord incluant l'Algérie, la Tunisie et le Maroc. Basée à Casablanca, elle dirige les divisions Pharma, Vaccins et ViiV Healthcare.
Elle a débuté sa carrière en tant que déléguée médicale avant d'occuper plusieurs postes de responsabilité au sein de plusieurs filiales de multinationales dans les ventes, le marketing et le général management au Maroc et en Afrique du Nord.
Radia Chmanti Houari cumule 26 ans d'expérience dans la gestion et le développement des portefeuilles et des organisations au sein de Big Pharma au Maroc et au Maghreb. Une expérience riche et variée la préparant à prendre la direction régionale de GSK, deuxième groupe pharmaceutique multinational avec 3 unités de production et une plateforme de distribution qui comptent 700 collaborateurs.

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