LAMIA TAZI

LAMIA TAZI 18 janvier 2017

“ Aujourd’hui, c’est à notre tour d’envisager un transfert Sud/Sud ”

Pour SOTHEMA, qui célèbre son quarantième anniversaire, la fabrication locale revêt une importance capitale. Grâce au transfert de technologie, le Maroc a progressé dans la fabrication locale par des sociétés à capital 100 pour 100 marocain. Retour sur une belle aventure avec Lamia Tazi, directrice générale. 

 

Doctinews N°95 Janvier 2017

Lamia Tazi
Directrice générale de SOTHEMA

 

Doctinews. SOTHEMA a fêté ses 40 ans d’existence l’année dernière. Pourriez-vous nous rappeler le contexte de sa création ?


Lamia Tazi. SOTHEMA a été fondée par M. Omar Tazi en 1976, à une époque où l’industrie pharmaceutique était représentée au Maroc par quelques entreprises multinationales. A cette époque, SOTHEMA était le premier laboratoire créé à capital 100 pour 100 marocain.
SOTHEMA n’avait aucune expertise dans la fabrication de médicaments. Elle a noué des partenariats avec deux industriels dans le cadre d’un transfert de technologie pour la fabrication de produits pharmaceutiques sous licence, dont l’insuline. Ces partenaires sont d’ailleurs aujourd’hui encore des partenaires clés pour SOTHEMA.

Depuis, l’entreprise a beaucoup évolué. Pouvez-vous dresser un bilan de vos réalisations clés ?


Nous avons démarré notre activité avec une usine installée sur 2 500 m2 couverts. Aujourd’hui, SOTHEMA regroupe 7 usines de fabrication, dont 6 sont installées à Bouskoura et une est implantée à Ain Sebaa, ce qui représente 90 000 m2 couverts. Nous avons également étendu notre activité vers l’Afrique avec la construction d’une usine de fabrication de médicaments au Sénégal selon les mêmes normes que SOTHEMA.
En termes de ressources humaines, nous sommes passés à plus de 1 200 collaborateurs avec une force commerciale représentée par près de 300 personnes hors délégués médicaux exclusifs à SOTHEMA en Afrique et ceux appartement à des sociétés de promotion et qui sont dédiés à l’Afrique et au Moyen-Orient.
Sur le marché de l’insuline, nous sommes les seuls fabricants de l’insuline au Maroc. Nous possédons notre propre marque que nous exportons vers divers pays.
Grâce aux efforts de l’ensemble de nos collaborateurs, SOTHEMA a mis 300 références de médicaments à disposition du patient marocain dont 75 % sont fabriquées localement.
Nous avons également élargi notre expertise à différentes aires thérapeutiques comme la cardiologie, la rhumatologie ou encore la psychiatrie qui étaient autrefois l’apanage des entreprises multinationales avec la mise sur le marché de marques marocaines qui ont su s’imposer.
Enfin, il est important de souligner que SOTHEMA est cotée en bourse depuis 2005 et que nous poursuivons notre ascension avec une croissance à deux chiffres qui devrait se prolonger au moins jusqu’à 2020 avec le développement de nouveaux projets.

Vous avez évoqué la création d’un site de production au Sénégal. Pourquoi avoir choisi d’implanter une filiale en Afrique ?


Le choix d’implanter une filiale en Afrique repose sur la volonté du président de SOTHEMA, M. Omar Tazi, et sur son esprit philanthropique. Il part du principe que l’industrie pharmaceutique marocaine ne serait vraisemblablement pas un fleuron de l’économie si elle n’avait pas bénéficié du transfert de technologie Nord/Sud.
Nous avons bénéficié de l’appui, de l’expertise des multinationales. Aujourd’hui, c’est à notre tour d’envisager un transfert Sud/Sud. SOTHEMA a opté pour le Sénégal car les deux pays entretiennent d’excellentes relations. Toutefois, il a fallu du temps pour développer et concrétiser ce projet étant donné les difficultés locales que nous avons rencontrées du fait que les entreprises de construction ne connaissent pas le domaine pharmaceutique, ce qui a généré 5 ans de retard dans la construction de cette usine. Et nous savons que nous allons avoir encore beaucoup d’énergie à déployer. Mais nous avons réussi la démarche. Si le Sénégal prend l’exemple sur le cas de SOTHEMA, il pourrait drainer d’autres laboratoires qui lui permettront d’avoir une autonomie dans le domaine des médicaments.

Excepté cette présence au Sénégal, SOTHEMA exporte sur d’autres marchés africains ainsi qu’au Moyen-Orient.
Nous sommes présents dans plusieurs pays de l’Afrique de l’Ouest avec des équipes dédiées et certains bureaux de représentation.
Nous sommes également le premier laboratoire pharmaceutique marocain à exporter un produit marocain dans les pays du Golfe, en l’occurrence les Emirats Arabes Unis, et allons étendre notre activité à l’Arabie Saoudite, au Koweït et au Bahreïn.
Nous exportons également au Yémen, en Irak avec une équipe de promotion médicale dédiée et en Libye.

Aujourd’hui, SOTHEMA occupe la 3e position sur le marché pharmaceutique. Quels sont les principaux moteurs de cette progression et de cette performance ?


Effectivement, SOTHEMA est classée à la troisième position sur le marché privé des ventes de médicaments au Maroc par IMS Health. Nos moteurs de progression et de performance sont quadruples. Il s’agit de l’activité sous licence, du développement de nos propres marques, de l’exportation et du façonnage.
L’activité sous licence représente aujourd’hui 70 % de notre chiffre d’affaires IMS et nous travaillons avec plus de 30 partenaires étrangers que nous voulons maintenir pour introduire au Maroc le fruit des dernières recherches en matière de médicaments. Nous continuons à étoffer notre portefeuille de partenariat car nous sommes de plus en plus sollicités. Cette confiance que nous accordent nos partenaires, anciens et nouveaux, est une fierté pour nous. Elle s’appuie sur la transparence, la rigueur dans le travail et la qualité.
En ce qui concerne le développement de nos propres marques, notre activité s’articule autour du médicament générique et du rachat de molécules princeps à nos partenaires. Cette dernière activité est un peu moins connue mais elle est importante.
En dehors du marché local du médicament, nous avons un autre levier de croissance avec notre activité à l’export dont nous avons parlé et notre activité de façonnage. Le façonnage est une particularité de SOTHEMA. Grâce à l’expertise industrielle que nous avons développée, nous sommes en effet certifiés par des agences européennes et sommes en préparation de certification par la FDA (Food Drug Administration). La certification européenne nous permet de façonner des produits pharmaceutiques pour le marché européen. Nous avons actuellement une dizaine de clients qui font appel à notre savoir-faire pour fabriquer leurs produits destinés aux marchés européens.

Comment SOTHEMA se prépare-t-elle face aux différents challenges et face aux mutations que connait aujourd’hui le marché pharmaceutique marocain ?


Il faut rester en veille et ne jamais fléchir sur la qualité. La qualité est le cheval de bataille de SOTHEMA. Par exemple, l’activité de façonnage qui vient d’être évoquée ne saurait exister sans la qualité. Dans le cadre de la fabrication sous licence, entre nos partenaires Américains et Européens (France, Allemagne, Portugal, Hollande), nous sommes audités au minimum deux fois par mois. Les laboratoires américains font appel à des experts, généralement issus de la Food and Drug Administration. Ces experts auditent jusqu’aux ressources humaines pour s’assurer que nous ne faisons pas travailler d’enfants.
Notre laboratoire de contrôle est audité en permanence, nous sommes certifiés ISO pour l’ensemble de l’activité commerciale et nous démarrons le processus de certification dans le domaine de la sécurité et de l’environnement.
20 % de l’effectif global de SOTHEMA est dédié à la qualité. J’y attache une importance toute particulière. C’est un gage de pérennité pour l’entreprise et une obligation naturelle. Nous avons des équipes qui ont été formées et c’est grâce à l’expertise de nos ressources humaines, à leur rigueur dans le travail et à l’investissement collectif que nous pourrons faire face.
Nous devons également assurer une veille, être attentif à l’environnement et identifier les opportunités de développement. C’est ainsi que SOTHEMA continue à investir tous les ans au-delà de 50 millions de dirhams.

En 2016, les laboratoires SOTHEMA ont considérablement investi dans les produits anticancéreux. Pouvez-vous nous en dire davantage sur ce grand projet ?


Ce projet nous tient à cœur depuis longtemps déjà. Nous savons que les produits anticancéreux sont des médicaments coûteux et que beaucoup de patients marocains n’ont pas accès à certains traitements.
Ce projet de biotechnologie a démarré depuis déjà 3 ans car nous estimons que les biosimilaires constitueront un apport très important au point de vue technologique et économique pour le Maroc.
De notre côté, nous avons opté pour la recherche de partenariats axés sur des produits de qualité pour bénéficier d’un transfert technologique dans ce domaine, ce qui nous a permis déjà de fabriquer deux biosimilaires localement, lesquels attendent l’autorisation de mise sur le marché de notre ministère de la Santé.
Je tiens d’ailleurs à remercier le ministère de l’Industrie, du Commerce, de l’Investissement et de l’Economie numérique dans ce sens qui participe à hauteur de 30 % de l’investissement dans le cadre d’un écosystème.

Quelles sont vos orientations stratégiques pour les prochaines années ?


Nous allons essayer de maintenir le cap pour continuer à nous développer principalement dans la biotechnologie. Nous sommes en train d’assurer la formation de nos cadres techniques dans ce domaine. Nous espérons aussi exporter ces médicaments biosimilaires anticancéreux que nous fabriquons.
Nous avons pris un engagement dans le cadre de l’écosystème visant à enregistrer rapidement ces produits en Afrique.
Mais, surtout, nous allons continuer à travailler avec la même rigueur et la même passion qui sont les clés de la réussite.

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