Dr Saïd AFIF

“ Nous nous sommes toujours inscrits dans une politique participative et de dialogue ”

Premier vice-président de la Société marocaine des sciences médicales et président de l’Association casablancaise des pédiatres privés, le Dr Saïd Afif est également président du Collège syndical national des médecins spécialistes privés (CSNMSP) depuis le 21 décembre 2016. A ce titre, il revient sur les motivations de la grève de la journée du 30 mars 2017.

 

Doctinews N°99 Mai 2017

Dr Saïd AFIF

Président du Collège syndical national des médecins spécialistes privés


Doctinews. Comment a été décidé le mouvement de grève de la journée du 30 mars ?

Dr Saïd AFIF. Nous avons organisé conjointement avec l’Association nationale des cliniques privées (ANCP) notre Assemblée générale en date du 1er mars qui a réuni près de 500 participants. Nous avons échangé autour des difficultés qui perdurent dans notre profession et, à l’issue, l’Assemblée générale a décidé, par vote à mains levées, de ce mouvement de grève. Cette décision émane de l’Assemblée générale.

Comment s’est déroulée cette journée ?

Dans un souci de responsabilité, car nous sommes des médecins responsables, cette grève a été limitée à la fermeture des cabinets médicaux et aux interventions programmées au sein des cliniques privées. Les cliniques étaient donc ouvertes pour accueillir les urgences et nous avions mis en place un renforcement des équipes au sein des cliniques afin d’être certains de pouvoir prendre en charge toutes les urgences qui se présenteraient. Le succès de la grève a été au-delà de nos attentes car elle a été suivie à plus de 70 % avec des chiffres atteignant 100 % des cliniques à Rabat et plus de 90 % à Casablanca. Je précise à nouveau que la grève a été limitée aux interventions programmées dans les cliniques. Et comme vous avez pu le constater, aucun problème n’a été signalé ce jour-là.

Quelles sont les difficultés qui perdurent et qui ont motivé le déclenchement de ce mouvement ?

Le mouvement de grève reposait sur 4 revendications essentielles : restaurer la dignité du médecin, mettre en place une assurance maladie, proposer un système de retraite et revaloriser le tarif de référence.

Vous parlez de dignité. Cela veut-il dire que le médecin n’est plus reconnu à sa juste valeur ?

La dignité du médecin est en permanence bafouée, ce qui n’est pas normal eu égard aux services que nous rendons à la population. Nous sommes fiers de tous les progrès qui ont été réalisés dans le domaine de la santé dans notre pays grâce aux directives de Sa Majesté Le Roi Que Dieu L’Assiste, aux efforts des différents gouvernements et grâce aux efforts de l’ensemble des professionnels de santé, qu’il s’agisse des médecins, des infirmiers, des pharmaciens, des techniciens…. Il est temps de reconnaître ces efforts et il est temps d’arrêter d’incriminer le médecin à tout-va.
Le Maroc est un pays démocratique doté de lois. Ainsi, lorsqu’un professionnels de santé dépasse les limites, il existe des organes comme le Conseil national de l’Ordre des médecins, l’inspection du ministère de la Santé ou encore la justice, qui sont chargés de le sanctionner si nécessaire.
Dans notre culture, nous avons appris à respecter nos aînés, nos maîtres et le médecin, et nous voulons que cette relation de respect, qui est l’une des bases de notre société, soit restaurée.

L’assurance maladie est inscrite à la liste de vos revendications. Ce dossier n’est-il pas en train de prendre forme ?

La couverture médicale des professionnels de santé intervient dans le cadre de la couverture médicale des indépendants. Le projet de loi est actuellement en attente de validation en séance plénière du Parlement. Nous espérons que la loi sera validée mais, en attendant, nous aurions souhaité que la direction de la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS) entame des discussions avec les professionnels de santé et le ministère sur les aspects techniques pour ne pas perdre de temps lorsque la loi aura été votée.
Il faut tout de même savoir que l’ensemble des collaborateurs qui exercent dans les cabinets sont pris en charge par l’assurance maladie. Seuls les médecins ne le sont pas puisqu’ils exercent au titre de profession libérale. En conséquence, ils ne bénéficient d’aucune prise en charge en cas de maladie, même s’il s’agit d’une maladie coûteuse comme un cancer. Nous avons fait appel à plusieurs reprises à Sa Majesté Le Roi qui a accepté de prendre en charge la totalité de soins de plusieurs de nos confrères, et le corps médical le remercie pour tout l’intérêt qu’il porte à tous les professionnels de santé au Maroc. Nous remercions également le ministère de la Santé qui a pris également en charge les soins médicaux de plusieurs médecins. Mais nous voulons que les médecins puissent travailler en toute sérénité sans avoir à se soucier de ce qu’il adviendra s’ils tombent malades.

A propos de la retraite, qu’en est-il ?

Nous demandons à ce qu’une loi soit votée pour permettre aux médecins de bénéficier d’un système de retraite. Nous, qui prenons la parole, ne sommes pas concernés par ce système que nous défendons car nous avons dépassé la cinquantaine. Mais nous travaillons pour la génération à venir, pour nos enfants et nos petits enfants, au même titre que d’autres ont travaillé pour nous.

La revalorisation du tarif de référence est réclamée depuis plusieurs années. Rien n’a évolué depuis ?

La loi 65-00 qui régit l’Assurance maladie obligatoire (AMO) date de 2006. Elle prévoit une revalorisation des tarifs de référence tous les trois ans. Les tarifs auraient donc dû être revalorisés à quatre reprises si l’on tient compte de cette loi. Or, il n’en est rien, et cette situation crée des tensions au niveau relationnel entre le médecin et les patients. Aujourd’hui, les frais sont supportés par le patient qui, au lieu de dépenser 34 % des frais engagés, participe à hauteur de 54 % (pour les adhérents à la CNSS dans le cadre de l’AMO). Les organismes payeurs, CNOPS et CNSS, sont excédentaires à hauteur de 25 milliards de dirhams. Il n’est pas normal qu’ils ne fassent pas un effort pour le citoyen qui, aujourd’hui, est sous-remboursé. Les revalorisations que nous demandons sont des tarifs justes, qui tiennent compte du coût réel. Je peux citer l’exemple criant de la réanimation qui est remboursée à hauteur de 1 500 dirhams par jour. Une fois les honoraires des médecins déduits (le K50 à 1 125 dirhams), il ne reste que 375 dirhams pour les frais occasionnés par un lit de réanimation. A-t-on déjà vu un lit de réanimation qui ne coûterait que 375 dirhams, soit moins cher qu’un lit d’hospitalisation classique dans une chambre à deux lits, lequel est pris en charge à hauteur de 400 dirhams !
Nous sommes fiers de ce qu’a apporté l’Assurance maladie obligatoire à notre pays et nous nous sommes inscrits dès le départ dans cette dynamique pour lui donner vie. Toutefois, il existe des aberrations, des anomalies qu’il est temps de rectifier en révisant les prix.

Puisque vos demandes n’ont pas été entendues jusque-là, qu’est-ce qui vous permet encore d’espérer ?

Nos demandes sont des demandes justes. Les médecins ont été jusque là très calmes et ont revendiqué leurs droits en respectant l’institution. L’institution a maintenant le devoir de répondre à leurs revendications qui sont justes et claires. Nous espérons que les autorités ont compris le message et qu’elles apporteront des réponses concrètes à nos revendications pour nous permettre de poursuivre dans la voie du dialogue et de la discussion. Nous nous sommes toujours inscrits dans une politique participative et de dialogue et nous allons écrire au ministre de la Santé qui a été reconduit dans ses fonctions afin de reprendre le dialogue. Nous allons laisser le temps nécessaire au gouvernement qui vient de s’installer car plusieurs intervenants sont sollicités dans le cadre de nos revendications (pas seulement le ministère de la Santé) pour prendre les mesures nécessaires. Mais les médecins ont épuisé leur capital patience, ce qui a d’ailleurs motivé le mouvement de grève. Nous avons besoin de concret. En 2011, par exemple, nous avions signé un mémorandum d’entente à propos de la convention relative à l’AMO. Ce mémorandum avait été signé par les ministres de la Santé et du Travail ainsi que par les représentants de la CNOPS, de la CNSS, du CNOM et bien entendu du Collège et de l’ANCP. Aucun point de ce mémorandum n’a été appliqué. Nous ne pouvons plus rester dans l’expectative.
Nous avons prévu d’organiser une Assemblée générale après la rentrée. Nous verrons, à ce moment-là, quelle aura été la position du gouvernement qui aura eu le temps de répondre à nos revendications, et l’Assemblée générale prendra une décision.
Le droit à la santé est inscrit dans l’article 31 de la Constitution et n’importe quel médecin ou professionnel de santé qui exerce à titre libéral est concerné par ces revendications qui ne sont pas l’apanage du Collège ou de l’Association des cliniques privées.

La reconduction du Pr El Houssaine Louardi à la tête du ministère de la Santé peut-elle permettre de ne pas perdre de temps ?

Nous l’espérons. Je tiens d’ailleurs à souligner à ce propos que le ministère de la Santé a suspendu la publication des arrêtés sur les normes des cabinets médicaux et des cliniques et que le Conseil national de l’Ordre des médecins va lancer une concertation à travers les conseils régionaux auprès des médecins pour recueillir leurs remarques sur les projets. Nous espérons donc que cette reconduction permettra d’accélérer la cadence des réalisations dans la mesure où le ministre de la Santé connait les dossiers.

 

 

Dans la même rubrique

PMA

PMA

qu'en est-il aujourd'hui au Maroc ?

Le sujet de l’Assistance médicale à la procréation (PMA) fait régulièrement débat au Maroc. Un pro...

Lire la suite

Ordre national des médecins

Ordre national des médecins

L’ère des réformes

L’élection du Conseil national de l’Ordre des médecins (CNOM) et des Conseils régionaux de l’Ordre des médeci...

Lire la suite

Dr Saïd AFIF

Dr Saïd AFIF

“ Nous nous sommes toujours inscrits dans une politique participative et de dialogue ”

Premier vice-président de la Société marocaine d...

Lire la suite

Pr Mohammed Bouskraoui

Pr Mohammed Bouskraoui

“ L'objectif de la réforme est d'adapter le profil du Médecin généraliste aux besoins du pays ”

Doyen de la FMPM, le Pr Mohammed Bousk...

Lire la suite

Dr Bart Vanhauwere

Dr Bart Vanhauwere

“ Roche est un des premiers partenaires du plan national de lutte contre le cancer ”

Très présents dans le domaine de l’oncologie nota...

Lire la suite

Mokhtar Tazi

Mokhtar Tazi

“ il faut une confiance et un respect mutuels entre les responsables de la profession et ses membres ”

Pharmacien d’officine depuis de ...

Lire la suite

Copyright © 2017 Doctinews.

All rights reserved.