PMA

qu'en est-il aujourd'hui au Maroc ?

Le sujet de l’Assistance médicale à la procréation (PMA) fait régulièrement débat au Maroc. Un projet de loi est en cours d’élaboration. Le Dr Mohamed Bennis, président de la Société marocaine de fertilité et de contraception, se propose de faire le point à travers cette interview.

Doctinews N°101 Juillet 2017


Dr Mohamed Bennis

Président de la Société marocaine de fertilité et de contraception


 

Doctinews. Pouvez-vous présenter brièvement la Société marocaine de fertilité et de contraception ?

Dr Mohamed Bennis. La Société marocaine de fertilité et de contraception existe depuis 1982. En 1989, elle a organisé à Marrakech le grand congrès mondial de l’IFFS réunissant près de 5 000 congressistes du monde entier et elle œuvre, depuis l’apparition des nouvelles pratiques de la PMA, à la formation continue post universitaire des gynécologues et des biologistes de la reproduction au Maroc. Elle lutte par ailleurs pour une couverture sanitaire de la santé reproductive de la femme marocaine.

Quel est le chiffre de la prévalence de l’infertilité des couples au Maroc ?

800 000 Marocains souffriraient d’infertilité ! Ce chiffre n’est étayé par aucune étude épidémiologique, mais le nombre de 800 000 est une « estimation » avancée dans la presse écrite et audiovisuelle depuis longtemps. Pourquoi ce chiffre ? Parce qu’il n’existe pas de registre national concernant cette affection qu’est l’infertilité. Parce que l’infertilité n’est pas reconnue comme maladie, ni par les assurances privées, ni par les mutuelles.
Tous les dossiers concernant l’infertilité sont rejetés par les assurances, ce qui est injuste envers ces couples à la recherche d’un projet parental. Nous insistons sur la terminologie du couple car l’infertilité, qui peut toucher toutes les couches sociales et aussi bien les hommes que les femmes, affecte le couple. En ce qui concerne sa prévalence, elle est estimée entre 15 et 17 %.

Y a-t-il un projet de loi envisageant la règlementation de la PMA ?

Il existe un projet, le projet de loi 14-47 sur la PMA. Il a été adopté par le Conseil du gouvernement et est actuellement soumis au Parlement. Ce texte comporte deux parties :
l Une partie régissant la PMA et expliquant tous les effets bénéfiques de la PMA, et surtout tout ce qui est permis et tout ce qui est interdit. La PMA ne peut s’exercer que chez un couple marié légalement, le mariage étant bien entendu un acte écrit par les autorités compétentes entre un homme et une femme et symbolisé par l’acte de mariage. Le projet de loi 14-47 interdit tout ce qui peut être dommageable à la filiation islamique du couple : don d’ovocyte, don de spermatozoïde, don d’embryon, la gestation pour autrui ainsi que la vente des gamètes ou des embryons. Cette disposition est tout à fait bénéfique dans l’activité strictement médicale et « halal » au sein du couple, et tant que le couple marié est en vie.
l En ce qui concerne la deuxième partie de ce projet, les praticiens de la PMA demandent actuellement de revoir l’aspect répressif du projet de loi 14-47 consacré par l’administration responsable de ce projet et de tenir compte du rôle capital du Conseil national de l’Ordre des médecins.

Les centres de PMA se verront-ils octroyer un agrément par l’autorité responsable ?

Bien entendu car les conditions de la pratique de la PMA nécessitent l’octroi d’un agrément par l’autorité compétente. Dans le projet de loi 14-47, aucun centre ne pourrait se prévaloir de pratiquer la PMA s’il n’est pas autorisé par un texte administratif délivré par l’autorité compétente. L’octroi d’agrément existe pratiquement dans tous les pays du monde et permet de garantir une qualité de soins quel que soit le centre autorisé, et tant qu’il est autorisé.

“ LA RÉUSSITE D’UNE PMA EST CONCRÉTISÉE PAR UN BÉBÉ DANS LES BRAS DE LA MAMAN ”


Que faut-il penser du diagnostic pré-implantatoire (DPI) ? Sera-t-il bien encadré ?

En ce qui concerne la pratique du DPI (diagnostic pré-implantatoire), il sera bien encadré par la loi qui interdira le DPI lié au sexage, sauf si la maladie de l’embryon est liée elle-même au sexe de l’embryon. Ceci pour éviter tout choix social lié à l’eugénisme avec tous les dérapages que l’on peut imaginer. D’ailleurs, le DPI ne serait confié, en cas d’indication médicale, qu’à des centres autorisés par la loi, comme il l’est spécifié dans les pays européens.

Qu’en est-il de la congélation embryonnaire et ovocytaire ?

La congélation embryonnaire est actuellement au centre de l’évolution des techniques de PMA. Elle est parfaitement licite et pratiquée par la plupart des centres de PMA. La vitrification, qui est une forme de congélation, est une excellente méthode qui permet de préserver les embryons surnuméraires pour la réalisation d’une nouvelle tentative, d’autant plus que les frais sont à la charge du couple infertile. Elle pose certes quelques soucis de gestion et d’organisation, mais la performance d’un centre de PMA est liée à sa maitrise de la congélation. La vitrification peut même être une thérapeutique dans certaines indications. En ce qui concerne la congélation ovocytaire par vitrification, elle représente un espoir dans la préservation de la fertilité chez les patientes moins de 36 ans. Les indications médicales sont cependant beaucoup plus rares.

Une banque de sperme peut-elle exister ?

Une banque de sperme ne peut exister dans un pays islamique, le don de sperme étant interdit dans l’Islam ! Mais à l’échelon individuel, il est permis de déposer le sperme à sauvegarder en cas d’un traitement qui pourrait le léser et le reprendre quand le traitement est achevé et que le patient a un projet parental sans danger pour sa descendance et pour lui-même.
Chaque centre peut répondre cependant à des demandes de congélation du sperme pour des causes médicales (traitement anti-cancéreux par exemple). Ce sperme congelé n’appartient qu’au patient lui-même et ne peut bénéficier à personne d’autre.

Dans quels pays musulmans les frais de PMA sont-ils remboursés ?

Si nous comparons par exemple le Maroc et la Tunisie en matière de PMA :
Maroc : 33 millions d’habitants, 3 500 fécondations in vitro par an !
Tunisie : 11 millions d’habitants, 10 000 fécondations in vitro par an !
Que peut-on tirer comme conclusion de cette comparaison : les Tunisiens seraient-ils plus infertiles que les Marocains ? Non, en Tunisie la PMA est partiellement prise en charge, les CHU tunisiens ont depuis longtemps développé et enseigné la PMA. Par conséquent, ils reçoivent de nombreux couples de leur pays et même de pays voisins.
Au Maroc, il n’y a aucun projet de remboursement en vue, à part la CNOPS qui rembourserait 5 000 dhs et pour une seule tentative. Les CHU peinent à mettre en place des centres performants, alors que notre situation géographique attire aussi de nombreux couples provenant de l’Afrique de l’Ouest, faisant appel à des centres marocains.
Quant aux résultats des FIV (fécondation in vitro) et ICSI (injection intracytoplasmique de spermatozoïdes), on entend souvent dans les médias promettre que 30 % des FIV et ICSI sont des réussites. La réussite d’une PMA est concrétisée par un bébé dans les bras de la maman. Voilà une question qui ne peut être source de discorde. Il y a probablement des centres qui font mieux que d’autres, mais tant que nous ne disposons pas de registre national, chacun peut prétendre à un meilleur score que le voisin !

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