Dr Reda Benslim

Dr Reda Benslim 15 novembre 2017

LE BENCHMARK DEVRAIT ÊTRE APPLIQUÉ AUSSI BIEN DANS LE SENS DE LA BAISSE QUE DE LA HAUSSE

Plusieurs mouvements de grève ont été organisés ces derniers mois à l’initiative du Syndicat indépendant des médecins du secteur public (SIMSP). Les médecins n’ont pas l’intention de baisser les bras, comme l’explique le Dr Reda Benslim, Secrétaire régional du Syndicat indépendant des médecins du secteur public pour la région du Grand Casablanca-Settat.

 

N°104 Novembre 2017

Dr Reda BENSLIM

Secrétaire régional du Syndicat indépendant des médecins du secteur public pour la région du Grand Casablanca-Settat


 Doctinews. Quelle est l’origine de la création du syndicat ?
Dr Reda BENSLIM. Le syndicat a été créé en 2003. Il résulte du regroupement de médecins, pharmaciens et chirurgiens dentistes membres de différents syndicats en un seul mouvement afin de concentrer nos efforts sur les dossiers concernant le corps médical et mieux faire entendre nos revendications.
Actuellement, nous avons obtenu la majorité dans les commissions paritaires, 73 % aux élections de 2015, et nous sommes le syndicat le plus représentatif du corps médical au niveau du ministère de la Santé avec plus de 90 % des médecins affiliés.

Nous sommes présents sur l’ensemble du territoire avec un bureau national, 12 bureaux régionaux et des bureaux locaux dans chaque province.
Depuis le mois de septembre, vous êtes à l’initiative de plusieurs mouvements de grève. Le dernier date du 1er novembre.

Qu’est-ce qui a motivé cette succession de mouvements ?
Depuis la création du syndicat, nous n’avons pas cessé d’organiser des mouvements sans aucun résultat sur le plan pratique. Pire encore, la situation s’est nettement dégradée ces dernières années. Ainsi, au début du mandat du dernier ministre, nous étions 12 500 médecins dans le secteur public. Aujourd’hui, nous sommes 8 500. Plus de 3 600 médecins ont préféré démissionner au regard des conditions de travail qui nous sont imposées. L’état des hôpitaux est catastrophique au Maroc, il n’existe pas de normes scientifiques d’exercice de la profession médicale et les engagements du ministère pris en 2015 n’ont pas été tenus. Nous ne pouvons plus continuer à travailler dans ces conditions et nous sommes décidés à faire entendre nos voix.


Parmi vos revendications figure l’équivalence des diplômes. Cela veut-il dire que le doctorat en médecine n’est pas reconnu ?

Il n’existe pas d’équivalence entre le doctorat d’Etat et le doctorat en médecine. Pourtant, en tant que médecins, nous sommes titulaires d’un doctorat. Nous demandons à ce que cette équivalence nous soit accordée, ce qui permettrait à un médecin généraliste de bénéficier de l’indice 509 et de percevoir un salaire de 12 900 dirhams environ en début de carrière au lieu des 8 600 dirhams qui lui sont accordés aujourd’hui. Sur ce dossier, nous ne reviendrons pas en arrière. Depuis la mi-octobre, nous portons un brassard noir sur lequel est inscrit le chiffre 509 complet, et nous refusons d’utiliser nos cachets et de délivrer des certificats puisque nous sommes considérés par l’Etat comme des titulaires de master et non comme des docteurs.


Cette équivalence faisait partie d’un accord conclu avec le ministre. Quels étaient les autres points ?
Nous avions également demandé le rétablissement des deux hors grades supplémentaires après l’hors grade qui existaient dans la loi de 1958 et qui ont été supprimés au début des années 1990 sur demande de quelques syndicats.

En effet, lorsqu’un médecin est intégré à la fonction publique, il l’est au 1er grade. Il peut ensuite obtenir le grade principal, le grade exceptionnel et l’hors grade, mais il stagne durant 20 à 25 années à ce niveau puisque les deux hors grades supplémentaires ont été supprimés. Ce point faisait partie de l’accord mais rien n’a évolué depuis. Nous n’avons pas non plus obtenu l’accélération du versement des indemnités de gardes et d’astreintes également prévue dans l’accord. Pire encore, elles ne sont plus versées depuis le mois de janvier 2016. Le ministère avait promis de débloquer cette situation au maximum avant septembre 2017. Nous attendons toujours !

Qu’est-ce qui est à l’origine de ce blocage ? 

Le blocage vient d’une loi qui stipule que les indemnités pour les “ IL FAUT DÉPLOYER UNE POLITIQUE DE SANTÉ À LONG TERME ” Dr Reda BENSLIM Secrétaire régional du Syndicat indépendant des médecins du secteur public pour la région du Grand Casablanca-Settat Plusieurs mouvements de grève ont été organisés ces derniers mois à l’initiative du Syndicat indépendant des médecins du secteur public (SIMSP). Les médecins n’ont pas l’intention de baisser les bras, comme l’explique le Dr Reda Benslim, Secrétaire régional du Syndicat indépendant des médecins du secteur public pour la région du Grand Casablanca-Settat. REDA BENSLIM NOV 2017 | #104 | DOCTINEWS | 33 gardes effectives et les gardes d’astreintes doivent être payées par les hôpitaux. Or, pour disposer de cette enveloppe, les hôpitaux ont besoin d’un accord du ministère ! Le blocage est donc administratif, à en croire le discours qui nous est tenu. Quoi qu’il en soit, nous voulons également mettre un terme au principe des gardes d’astreinte qui ont été instaurées en 2008 sans l’accord de notre syndicat. En effet, dans la prise d’urgences, les médecins de garde sont censés être présents pour, justement, répondre aux urgences. Or, comme les hôpitaux manquent de personnel pour assurer des gardes effectives, ils privilégient le système des gardes d’astreinte. Le médecin reste chez lui et attend qu’on l’appelle. Quelle que soit l’heure, il doit se rendre à l’hôpital par ses propres moyens, ce qui peut parfois prendre plus d’une demi-heure. Comment peut-on, dans ces conditions, prendre en charge une véritable urgence ? Le médecin doit être sur place et assurer une garde effective. Il en va de la sécurité et de la santé des citoyens. Quant à la rémunération, elle est fixée à 3,66 dirhams/h pour le médecin généraliste et 4,06 pour le médecin spécialiste. Pour être payé (je rappelle qu’aucune indemnité n’est plus versée depuis 2016), il faut comptabiliser aux maximum 20 unités. Le décompte des unités ne démarre que lorsque le médecin se présente à l’hôpital et chaque unité équivaut à seize heures et demi en jour de travail normal et vingt-quatre heures pendant les jours fériés et week-end.

Le partenariat public-privé ne pourrait-il pas être une solution pour pallier le manque de ressources humaines ?

C’est un grand débat. Le partenariat public-privé pourrait être une solution, notamment dans le cadre de la prise en charge des patients qui bénéficient du Ramed, un système de prise en charge qui a drainé beaucoup de patients et qui a mis certains établissements en grande difficulté. Pour donner un exemple, le CHU de Casablanca accuse une défaillance de paiement à hauteur de 8 milliards de centimes uniquement pour la première année de mise en place du Ramed, car il n’a pas été indemnisé par l’Etat. Le ministère propose que les médecins du secteur privé viennent à l’hôpital pour effectuer des consultations et des soins, mais il propose une rémunération dérisoire que peu de médecins du secteur privé peuvent accepter. Il faudrait également que le système soit équitable, c’est-à-dire que les médecins du secteur public puissent aussi exercer dans un cadre privé. Il existe de nombreuses solutions : en intra-muros, en extra-muros… Quoi qu’il en soit, nous sommes 24 000 médecins au Maroc dont 8 500 exercent dans le secteur public pour une population de 32 millions d’habitants. Il est donc impossible de proposer un service de qualité en se basant sur un seul secteur. Or, tout citoyen a droit à la santé. C’est un droit constitutionnel. Il doit pouvoir être pris en charge gratuitement et qualitativement. Il faut donc déployer une véritable stratégie qui s’appuie sur une volonté politique pour sortir de cette situation. Je ne parle pas d’une stratégie à 5 ans, mais d’une politique de santé à long terme qui doit être discutée et acceptée. Il faut poser les bases et nous allons le faire en nous appuyant sur les normes scientifiques d’exercice de la médecine.

De quelles normes s’agit-il exactement ?

Il s’agit de normes édictées par l’Organisation mondiale de la santé. Elles tiennent compte du nombre de consultations, du type d’hospitalisation… pour préciser le minimum d’équipement et de personnel requis pour faire fonctionner un service ou un bloc opératoire, elles indiquent les règles à suivre dans un local avant d’installer un scanner par exemple (local plombé, matériel de protection pour le personnel, affichage pour le patient, dosimètre pour le personnel, l’indication médicale, la conformité et la sécurité des équipements…), …. Lorsque nous aurons établi une comparaison entre ces normes à minima et les conditions dans lesquelles nous exerçons, nous pourrons dire : voilà où nous en sommes et voilà ce à quoi nous voulons arriver. Et il n’y aura plus d’opérations sans banque de sang, plus de transports sans ambulanciers qualifiés ou ambulance non médicalisée, plus d’appareils de radiologie sans médecins radiologues, plus de gardes effectives sans le minimum de médecins spécialistes requis… Je crois qu’avant de se lancer dans l’accréditation des cliniques, il faudrait se lancer dans l’accréditation des hôpitaux publics. Un citoyen doit pouvoir être pris en charge aussi bien dans le secteur public que dans le secteur privé.

A-t- on les moyens d’y parvenir ?

Bien sûr que nous avons les moyens. Il s’agit, encore une fois, de volonté politique. Nous avons acquis pour plus de 100 milliards de matériel radiologique. Nous avons des hélicoptères, quelques dizaines d’ambulances équipées… Nous avons donc les moyens. Mais nous devons investir dans les ressources humaines. Nous avons des jeunes médecins au chômage. Aujourd’hui, s’ils veulent intégrer la fonction publique, ils se trouvent face au refus du ministère de leur accorder l'autorisation pour passer le résidanat en tant que fonctionnaire alors que le droit à la formation continue est universellement reconnu. Ils n’ont également pas le droit de demander de mutation au cours de cette même période allant jusqu’à 8 ans. Parallèlement, ils ont le droit d’être bénévoles, c’est-à-dire qu’ils ont la possibilité d’effectuer un résidanat sans aucun attachement pour obtenir leur spécialité. Libre à eux ensuite d’aller vers le privé. Dans ce contexte, ils ne sont pas nombreux à choisir la voie de l’engagement. Plus de 70 % des médecins résidents au CHU sont des bénévoles.

Etes-vous optimiste aujourd’hui ?

Nous avons entamé des discussions avec les différentes équipes parlementaires pour que nos voix soient entendues. Nous restons optimistes. Nous n’avons pas aujourd’hui l’intention de démissionner comme l’ont fait 3 000 d’entre nous. Mais, en 2017, nous n’allons plus continuer à exercer comme jadis. Nous avons tenu un comité administratif et un conseil national le 4 novembre qui ont précisé les différents modes revendicatifs que prendra le syndicat en deuxième phase du mouvement protestataire. Le conseil national a donné son aval à l’adoption de l’exigence des normes scientifiques de l’exercice de la médecine dans différents hôpitaux du Royaume et dans le service des réseaux des établissements de santé afin de garantir à chaque patient des soins de santé efficaces et de bonne qualité. Des sit-in régionaux et locaux seront tenus prochainement ainsi que la continuité des formes de protestation déjà mises en place (port du brassard, abstention d’utilisation des griffes et grèves de travail…). Nous allons continuer à lutter.

 

 

 

 

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