Pr Mohammed Ridaï

Pr Mohammed Ridaï 21 décembre 2017

“ Nous devons définir un langage commun avec les organismes en charge de l’assurance maladie ”

Chirurgie tertiaire de pointe, la chirurgie thoracique s'est développée rapidement au cours des dernières années au Maroc. Tour d'horizon de cette spécialité avec le Pr Mohammed Ridaï, président de la Société marocaine de chirurgie thoracique.

 

 Doctinews N°105 Décembre 2017

Pr Mohammed Ridaï

Président de la Société marocaine de chirurgie thoracique et de l’Intergroupe d’oncologie thoracique


 Doctinews. Vous êtes président de la Société marocaine de chirurgie thoracique (SMCT) depuis 2015. Pouvez-vous nous présenter brièvement cette société savante ?

Pr Mohammed Ridaï.

La Société marocaine de chirurgie thoracique (SMCT) est une société savante à but non lucratif. Elle a été créée en 2008 et réunit l’ensemble des médecins et physiciens qui interviennent dans les domaines de la pathologie thoracique.

Sa mission consiste à améliorer la prise en charge des patients et la formation des intervenants dans cette pathologie. Parallèlement, nous poursuivons d’autres objectifs comme le développement de la recherche clinique et technique en chirurgie thoracique pour lequel nous mettons à la disposition de nos collègues chirurgiens thoraciques un plateau technique et factuel. Dans ce cadre, et pour assurer la formation continue des professionnels en exercice et des générations à venir, la SMCT organise des congrès, des ateliers, des conférences, des colloques, des controverses, des sessions interactives… Notre prochain congrès aura d’ailleurs lieu au mois d’avril 2018 et traitera des innovations techniques, notamment la chirurgie robotique, et des actualités thérapeutiques dans l’emphysème, dans la chirurgie des déformations thoraciques, dans la vidéochirurgie des cancers bronchiques et des lésions pulmonaires inflammatoires et infectieuses….

Nous souhaitons également créer un collège de chirurgie thoracique à l’image de ce qui se pratique en France, en Angleterre ou aux Etats-Unis afin d’harmoniser la formation dispensée au sein de nos facultés. Tous les résidents, quelle que soit leur ville d’exercice, doivent avoir la même formation de qualité. Nous devons, pour ceci, établir un programme commun, définir les mêmes objectifs pour les stages, envisager des échanges entre les universités marocaines mais aussi étrangères… Ces missions de formation, comme l’ambition de créer un registre national de chirurgie thoracique, relèvent de l’activité d’un collège.

Vous avez également pour objectif d’instaurer une nomenclature spécifique à la chirurgie thoracique. Certains actes ne sont donc pas encore répertoriés au Maroc ?

Je vous donne un exemple concret : nous pratiquons quotidiennement des vidéomédiastinoscopies.

Il s’agit d’une intervention qui se pratique sous anesthésie générale et qui doit être côtée en tant que telle, mais les documents officiels classent cette intervention dans la rubrique des bronchoscopies qui se pratiquent en ambulatoire ! Il en est de même pour la vidéothoracoscopie pour chirurgie d’exérèse pulmonaire. Elle est considérée comme une pleuroscopie qui est un acte diagnostic réalisé par nos collègues pneumologues. Aujourd’hui, il est temps d’interpeller les responsables afin de parler le même langage.

S’il est vrai que dans les années 1990, lorsque j’ai commencé à m’occuper des patients thoraciques, je n’opérais pas plus de trois patients par mois, actuellement, nous en opérons trois par jour. Nous devons donc définir un langage commun avec les organismes en charge de l’assurance maladie, et ceci est en cours dans le cadre d’une fédération regroupant les différentes sociétés savantes.

Comment évolue la chirurgie thoracique au Maroc ?

Lorsque j’ai commencé à exercer en 1994, il n’y avait que trois professeurs agrégés en chirurgie thoracique exerçant à Rabat. Il a fallu attendre l’an 2000 que je sois agrégé en chirurgie thoracique pour pouvoir former une équipe très motivée et développer cette spécialité à Casablanca et, enfin, créer un service dédié à cette chirurgie.

Je remercie d’ailleurs le Pr Najib Zerouali qui m’a aiguillé vers cette discipline car je me destinais plutôt à la chirurgie digestive. Nous étions donc une poignée d’agrégés et, petit à petit, nous avons réussi à faire connaître la discipline. Aujourd’hui, nous sommes une vingtaine de professeurs agrégés en chirurgie thoracique répartis sur l’ensemble du Maroc et la spécialité compte environ une cinquantaine de chirurgiens thoraciques. Cette belle chirurgie s’est développée rapidement au cours de ces dernières années, avec un certain engouement d’ailleurs, mais cet engouement s’est stabilisé depuis.

En effet, la chirurgie thoracique est une chirurgie tertiaire de pointe nécessitant un environnement très adéquat. Lorsque les chirurgiens thoraciques sont affectés au sein d’un CHU, ils peuvent exercer cette spécialité en toute sécurité, mais lorsqu’ils sont affectés en dehors des grandes villes, ils ont rarement l’occasion de réaliser des interventions pour lesquelles ils ont été formés.

La discipline suit-elle l’évolution technologique que connaît la chirurgie ces dernières années ?

Le champ de la chirurgie thoracique est à la fois vaste et pointu. Nous intervenons dans le domaine des pathologies infectieuses et inflammatoires du poumon, de la cancérologie du poumon et du médiastin, des pathologies bénignes, malignes et malformatives du diaphragme et de la paroi thoracique… En chirurgie thoracique, nous avons suivi l’évolution de la technologie au même rythme que les pays occidentaux et nous n’avons pas pris de retard dans les domaines innovants notamment la chirurgie vidéo-assistée… Nous avons adopté et adapté les techniques à notre contexte. Ainsi, par exemple, nous commençons à traiter les lésions inflammatoires et infectieuses sous vidéothoracoscopie.

Nous avons avec nous des jeunes chirurgiens qui sont très habiles pour réaliser les interventions de prise en charge des aspergillomes, des bronchectasies et des poumons détruits et séquellaires avec cette technique moderne, et nous sommes souvent invités en Europe (European Society of Thoracic Surgery, EACTS, …) pour parler de nos expériences dans ces domaines. Nous allons peut-être apporter un plus à la chirurgie des maladies inflammatoires et infectieuses. Comme techniques innovantes, nous avons aussi adopté et perfectionné l’endoscopie bronchique interventionnelle et tout récemment l’EBUS (EndoBronchoUltraSonography).

Vous êtes donc bien équipés au sein du service ?

En toute sincérité, oui, nous sommes bien équipés. La chirurgie thoracique est une chirurgie tertiaire comme je l’ai dit plus haut et l’administration, qui en a conscience, met à notre disposition le matériel dont nous avons besoin. De plus, depuis quelques années, la Fondation Lalla Salma a également pris le service en charge.

Le bloc opératoire a été entièrement refait avec du matériel de dernière génération et bientôt, au mois de janvier 2018, nous aurons un service hospitalier de dernière génération grâce à la Fondation Lalla Salma et à la direction du CHU Ibn Rochd. L’intervention de la Fondation se justifie car nous intervenons souvent dans les domaines de l’oncologie thoracique.

Je suis d’ailleurs président de l’Intergroupe d’oncologie thoracique qui va organiser, sous l’égide de la Fondation Lalla Salma, ses journées annuelles les 15 et 16 décembre 2017.

Cette expérience en cancérologie est très importante car, dans ce domaine, la création du registre est une réussite que nous souhaitons dupliquer. Je pense, en effet, qu’avec l’évolution de notre spécialité, il est maintenant important de mettre en place un registre national qui permette de répertorier les patients opérés du thorax.

Nous devons y inclure tous nos patients marocains, ce qui nous permettra, au bout de quelques années, de disposer d’une banque de données suffisante pour nous permettre de voir dans quelle direction nous évoluons. La chirurgie de la tuberculose ou encore la chirurgie des aspergilloses sur poumons séquellaires sont des chirurgies qui n’existent plus dans les pays développés, et nous savons qu’il n’y aura pas de recherche dans ces domaines-là.

C’est donc à nous de réfléchir à la possible évolution de la prise en charge de ces pathologies. Les informations qui émaneront du registre seront des éléments précieux pour nous permettre d'anticiper.

Si vous aviez un message à faire passer, quel serait-il ?

La chirurgie thoracique est certes une chirurgie de pointe, néanmoins elle reste une voie d’excellence. Si vous lui consacrez du temps, elle vous le rendra. Je pense qu’il faut surtout développer et privilégier la culture de l’échange et du partage pour continuer à évoluer et à faire évoluer cette discipline qui est devenue aujourd’hui un fleuron de la chirurgie marocaine.

Dans la même rubrique

Pr Samir Ztot

Pr Samir Ztot

Président de la Société marocaine de cardiologie

Cardiologue interventionnel, le Pr Samir Ztot préside la Société marocaine de cardiolog...

Lire la suite

Dr Najib AMGHAR

Dr Najib AMGHAR

  Président du Syndicat des néphrologues privés du Maroc

Afin de répondre aux attentes spécifiques des néphrologues issus du secteur p...

Lire la suite

Dr Ilham Slassi

Dr Ilham Slassi

  Professeur en neurologie

Enseignante en neurologie, le Pr Ilham Slassi a chapeauté le service et le département de neurologie au CHU Ibn...

Lire la suite

Jaâfar Rhissassi

Jaâfar Rhissassi

 Professeur agrégé en chirurgie cardiovasculaire

Professeur agrégé en chirurgie cardiovasculaire,le Dr Jaâfar Rhissassi est également s...

Lire la suite

Khalid Cheddadi

Khalid Cheddadi

Président Directeur Général de la CIMR

Avec l’adoption de son nouveau statut juridique de Société mutuelle de retraite, la Caisse inter...

Lire la suite

Dr Abdelhamid Nacer

Dr Abdelhamid Nacer

Président de la Fédération nationale des syndicats des pharmaciens du Maroc (FNSPM)

Pharmacien d’officine depuis 1988 à Khémisset, memb...

Lire la suite

Copyright © 2018 Doctinews.

All rights reserved.