Dr Abdelhamid Nacer

Dr Abdelhamid Nacer 13 mars 2018

Président de la Fédération nationale des syndicats des pharmaciens du Maroc (FNSPM)

Pharmacien d’officine depuis 1988 à Khémisset, membre du syndicat de Khémisset depuis 1990 dont il est le président depuis 2000, le Dr Abdelhamid Nacer a intégré la Fédération nationale des syndicats des pharmaciens du Maroc (FNSPM) en qualité de trésorier. Il en est le président depuis le début de l’année 2017.

 

 Doctinews N°108 Mars 2018

 Dr Abdelhamid Nacer

 Président de la Fédération nationale des syndicats des pharmaciens du Maroc (FNSPM)


 Doctinews.Pouvez-vous présenter brièvement la FNSPM ?

Dr Abdelhamid Nacer.La Fédération nationale des syndicats des pharmaciens du Maroc (FNSPM) est composée de 58 syndicats couvrant tout le Royaume, et constituée de deux organes, le Conseil fédéral et le bureau exécutif. Le Conseil fédéral regroupe tous les présidents des syndicats. Il est l’organe de décisions, lesquelles sont appliquées par le bureau exécutif composé de 15 personnes actuellement. Le rôle de la fédération est de défendre les intérêts de la profession pour tout ce qui est d’ordre matériel.

Depuis plusieurs années déjà, certaines pharmacies rencontrent des difficultés. Les chiffres récemment publiés font état de 3 500 pharmacies en situation de faillite. Peut-on parler de mauvaise gestion ?

Nous n’avons pas de chiffres exacts mais ces estimations sont basées sur une évaluation des grossistes répartiteurs qui soutiennent les pharmacies en difficulté. Ainsi, sur 10 800 pharmacies, 1/3 sont aujourd’hui en difficulté. Plusieurs raisons sont avancées pour expliquer cette situation. Certains évoquent la mauvaise gestion, d’autres la mauvaise création (installation sans étude de faisabilité préalable) et d’autres encore le surnombre. Sur ce dernier point, l’Organisation mondiale de la santé recommande un ratio de 5 000 citoyens pour 1 pharmacie dans des pays où la consommation de médicaments dépasse 4 000 dirhams par an et par habitant. Au Maroc, ce ratio est de 3 700 à 4 000 par officine avec une consommation de l’ordre de 400 dhs. En ce qui me concerne, je pense que les difficultés que connait l’officine sont liées à la faiblesse de la consommation, à la non application des textes de loi et à la non promulgation des décrets d’application de la loi 17-04 portant Code du médicament et de la pharmacie.

En tant que président de la FNSPM, que préconisez-vous pour améliorer la situation ?

En premier lieu, il faut rendre le monopole aux officinaux. Dans ce sens, nous attendons avec impatience la promulgation de l’arrêté sur la pharmacopée qui est déjà prêt. Ce décret nous permettra de régulariser le circuit des dispositifs médicaux stériles et administrés stériles. Nous avons travaillé durant plus d’une année avec la Direction du médicament et les associations concernées par ces produits pour élaborer un texte qui donne satisfaction à tous les intervenants. L’arrêté est prêt, il n’attendait que la signature du Pr El Houssaine Louardi lorsqu’il était ministre. Ce point est très important car, d’après les chiffres que nous avons à disposition, nous estimons que le chiffre d’affaires généré par ces dispositifs médicaux est quasiment similaire à celui des médicaments. Ce qui revient à dire que nous pourrions doubler le chiffre d’affaires de l’officine et ainsi améliorer sa situation financière. Le deuxième point concerne le respect de la loi sur les produits vétérinaires pour permettre aux pharmacies rurales de survivre et, plus globalement, l’application de la loi 17/04 sur le circuit des ventes parallèles des médicaments, à savoir les médicaments vétérinaires, les vaccins, l’insuline,…et la vente et détention de médicaments par les associations et les communes. Les produits vétérinaires, par exemple, représentent près de 30 à 40 % du marché du médicament actuel et représentaient environ 60 % du chiffre d’affaires des pharmacies installées en milieu rural. Depuis que ces produits ont quitté l’officine, de nombreuses pharmacies ont donc connu des difficultés. Nous demandons au ministère ce qui nous a été promis, à savoir l’élaboration d’une circulaire co-signée avec le ministre de l’Agriculture (ministère de tutelle pour les vétérinaires) pour rappeler à l’ordre les vétérinaires et rétablir le circuit de distribution. Le troisième point, en termes d’application de la loi 17-04, concerne la vente par les cliniques de médicaments à leurs patients pour les soins ambulatoires. Il faut établir par décret la liste limitative des produits qui peuvent être utilisés en clinique et définir un nombre de lits à partir duquel une clinique doit embaucher un pharmacien responsable ce qui permettra, de surcroit, de créer des postes. Dans le même ordre d’idée, il faut définir la liste des médicaments à usage hospitalier et la limiter aux seuls médicaments nécessitant un plateau technique pour leur administration.

Si je comprends bien, une stricte application de la loi 17-04 par publication des décrets manquants permettrait d’améliorer le quotidien des pharmaciens ?

Exactement. Nous nous sommes réunis récemment avec la Direction du médicament qui nous propose d’ouvrir la loi 17-04 pour y apporter des amendements. En ce qui nous concerne, il suffit d’appliquer la loi. Nous avons travaillé plusieurs années pour rédiger des décrets d’applications qui n’ont pas encore été publiés. A quoi bon, dans ce contexte, revoir la loi ?

Toujours dans le cadre de cette loi, qu’en est-il des conventions pour lesquelles vous demandez la généralisation ?

Dans ce domaine, nous demandons l’intervention du ministre de la Santé pour rappeler à l’ordre les organismes concernés qui sont tenus par la loi de généraliser ces conventions. Il n’est pas normal qu’un organisme tel que l’ONE (je cite l’ONE car la convention COS ONE est la plus importante) ne travaille qu’avec un ou deux pharmaciens dans chaque ville. La convention existe. Il est donc facile de la généraliser. Nous travaillons d’ailleurs de concert avec le Conseil national de l’Ordre des pharmaciens pour traiter ce dossier.

Au-delà de l’application de la loi 17-04, d’autres mesures pourraient permettre à l’officine de sortir de la crise qu’elle vit actuellement. Quelles sont vos doléances dans ce domaine ?

Dans notre livre blanc, nous avons demandé au ministre de la Santé d’associer les pharmaciens dans le RAMED, sous forme d’un partenariat public-privé. En effet, la dispensation de médicaments doit passer par les officines. Or, et plus particulièrement en milieu rural, lorsque le dispensaire délivre des médicaments dans le cadre du Ramed, c’est un manque à gagner pour la pharmacie. Dans la province d’Azilal, là où la phase pilote du Ramed a été instaurée, les statistiques montrent que les pharmaciens avaient perdu jusqu’à 20 % de leur chiffre d’affaires au cours de cette période. Le partenariat que nous proposons doit inclure les industriels et les grossistes pour que le médicament soit disponible dans les officines vu les contraintes et les coûts logistiques pour le ministère. Le partenariat allait se concrétiser mais il est désormais en stand-by.

La mise en place de l’Assurance maladie obligatoire (AMO) n’a-t-elle pas permis à l’officine d’augmenter son chiffre d’affaires ?

Dans sa configuration actuelle, l’AMO n’a pas apporté grand-chose à l’officine. Le panier de médicaments et le niveau de remboursement ne sont pas suffisants. Il faut élargir l’AMO et le système du tiers payant aux maladies chroniques. En Tunisie par exemple, les pharmacies réalisaient en moyenne un chiffre d’affaires de 600 000 dirhams avant la mise en place de l’assurance maladie. Aujourd’hui, avec la généralisation de cette assurance et du tiers payant, elles ont vu leur chiffre d’affaires tripler en l’espace de 10 ans. Au Maroc, le chiffre d’affaires annuel moyen de l’officine est de l’ordre de 700 000 dirhams. La marge de progression est dérisoire car, je le répète, la consommation ne dépasse pas 400 dirhams par an et par habitant, contre 800 dirhams en Tunisie pour reprendre le même exemple. L’élargissement du tiers payant aura par ailleurs un double impact. Il permettra d’une part au citoyen d’acheter ses médicaments (aujourd’hui, certains ne les achètent pas ou ne renouvellent pas leur traitement) et, d’autre part, de dégager du pouvoir d’achat pour permettre d’acheter des produits complémentaires vendus en OTC. Le Maroc a la chance de disposer de la meilleure industrie pharmaceutique en Afrique avec une vision à l’export. Lorsque l’officine est affaiblie, l’industriel l’est aussi. Or, une industrie faible ne peut pas être concurrentielle sur d’autres marchés. Il est donc important de mettre en place des mesures qui viennent en aide à l’officine.

Le système du tiers payant, tel qu’il est mis en place actuellement, ne vous satisfait pas ?

Il ne s’applique qu’à une liste de 96 médicaments chers dans le cadre de la convention qui a été signée avec la CNSS puis avec la CNOPS, raison pour laquelle nous demandons son élargissement. Par ailleurs, nous avons constaté une certaine forme de dirigisme des patients qui résulte d’une entente entre certaines cliniques et certaines pharmacies. Nous avons demandé à la CNSS et à la CNOPS de nous fournir des chiffres sur ce dispositif qui montreraient que certaines pharmacies s’accaparent ce dispositif, mais les deux organismes ne jouent pas le jeu. Toutefois, il existe des points positifs puisque des pharmacies, qui ne les connaissaient pas auparavant, dispensent maintenant certains des médicaments inscrits sur cette liste. De plus, le dispositif a permis à une catégorie de traitement de rejoindre le circuit légal. C’est un bon début. Il faut maintenant consolider et recadrer ce dispositif.

Vous parliez également d’élargir l’AMO. L’extension aux professions libérales et indépendantes semble en bonne voie. Voilà au moins un point positif ?

Je ne suis pas aussi optimiste que vous dans ce domaine. Effectivement, l’extension est d’actualité. Mais nous avons constitué, il y a huit ans déjà, une fédération des professions libérales regroupant les médecins, les architectes, les avocats, les opticiens et les pharmaciens (qui sont des professions déjà organisées) pour travailler à la mise en place de cette assurance maladie. Huit ans plus tard, le texte de loi qui intègre ces professions commence à prendre forme. Mais je ne sais pas combien d’années seront encore nécessaires pour intégrer toutes les autres professions et couvrir les 11 millions de citoyens annoncés ? Et, quoi qu’il en soit, ils ne bénéficieront pas d’une assurance effective car la CNSS ne rembourse qu’à hauteur de 70 %, et seulement les médicaments inscrits sur une liste.

Quels sont, à votre avis, la place et le rôle actuels du pharmacien dans la société ?

Le pharmacien est présent dans les localités les plus reculées du Maroc. De par sa proximité avec les citoyens, il est donc un acteur incontournable dans le système de santé. Or, les pouvoirs publics ne lui octroient pas de place dans les programmes de santé nationaux (vaccination, sensibilisation..). Ils ne le considèrent pas comme un acteur de santé public, ce qu’il est pourtant au regard de tout ce qu’il accomplit envers ou pour le citoyen. La pharmacie est aujourd’hui un espace de santé. Ce statut doit être reconnu et il faut introduire le concept des soins pharmaceutiques que le pharmacien pourrait dispenser en toute légalité. Ces actes seraient rémunérés et le bénéfice serait triple : pour le pharmacien qui augmenterait ses revenus, pour le patient qui n’a pas toujours les moyens d’aller chez le médecin (renouvellement d’ordonnance par exemple) et pour les organismes payeurs. De la même manière, il faut définir une liste des médicaments de conseil que le pharmacien pourrait délivrer sans avoir besoin d’une ordonnance. Il faut aussi revoir les tableaux de classification des médicaments et actualiser le dahir de 1922 sur les substances vénéneuses, une appellation devenue obsolète. Pour ces dernières, il est d’ailleurs devenu urgent de mettre en place le principe de l’ordonnance sécurisée.

La loi de Finances 2018, avec la suppression du seuil du CA lié aux droits de timbre, est plutôt mal accueillie par la profession. La fédération a saisi les autorités à ce sujet. Vos requêtes ont-elles des chances d’aboutir ?

Pour être exact, la loi concernant les droits de timbre a été promulguée en 2015 et s’appliquait aux pharmacies qui réalisaient un chiffre d’affaires supérieur à 2 millions de dirhams. A cette époque, la FNSPM a demandé l’abrogation de cette loi. La réponse du directeur général des impôts a été claire sur ce sujet : la loi s’applique à tous les commerces et elle ne fait aucune exception. Avant l’adoption de la loi de Finances 2018, qui a supprimé le seuil des 2 millions de dirhams, nous avions présenté un dossier fiscal au Parlement pour demander à nouveau une dérogation. La réponse qui nous est opposée est la suivante : Pourquoi demander une exonération puisque vous n’êtes pas payeur mais collecteur ? Effectivement, nous sommes collecteurs. Mais le prix du médicament est fixe et imprimé sur chacune des boites. Il est donc difficile de demander au client/patient de payer un supplément ! Nous avons formé un recours auprès du Chef de gouvernement et écrit à nouveau à la Direction générale des impôts pour leur expliquer la situation et, dans chaque région, les syndicats d’adressent également aux directions régionales des impôts. Nous suivons ce dossier de près.

En tenant compte de tout ce que vous venez d’exposer, il semble donc que la baisse des prix des médicaments ne soit qu’un facteur qui a contribué à l’érosion du chiffre d’affaires de la pharmacie ?

La situation de crise que vit actuellement l’officine résulte en effet d’une succession d’événements que nous venons d’évoquer, dont la baisse des prix des médicaments qui n’a pas eu l’effet escompté sur l’augmentation de la consommation, pas même l’effet suffisant pour absorber les nouvelles installations.

Un nouveau ministre de la Santé vient d’être nommé. Quel est le dossier que vous souhaiteriez voir traiter en priorité ?

Le dossier prioritaire est celui du droit de substitution. Il nous tient particulièrement à cœur car il met en exergue la valeur du diplôme et la valeur du pharmacien en lui permettant d’exercer son métier. Le droit de substitution facilitera également la gestion des stocks de l’officine qui devient de plus en plus complexe au regard du nombre de médicaments génériques proposés sur le marché. Je crois d’ailleurs qu’il serait temps de mettre en place une véritable politique du médicament générique afin d’alléger la facture du médicament, politique qui passe nécessairement par le droit de substitution. Aux Etats-Unis, la part des médicaments génériques s’élève à 78 %, elle est d’environ 50 % en France et aux alentours de 20 % au Maroc. Actuellement, dans le cadre de l’Assurance maladie obligatoire, le remboursement des médicaments s’effectue sur la base du prix du médicament générique dont le prix est le plus proche du princeps (lorsqu’il existe un médicament générique bien sûr). Aujourd’hui, l’écart n’est pas encore très important, mais il va le devenir rapidement car la loi sur la fixation des prix prévoit que le prix du premier médicament générique ne dépasse pas 60 % du prix du princeps lors du renouvellement de l’AMM. Le patient à qui le médecin aura prescrit un médicament princeps devra donc assumer la charge des 40 % non remboursés à laquelle s’ajoutera, sur la base du remboursement, celle des 30 % restant à charge (hors ALD). Si le pharmacien obtient le droit de substitution, le patient pourra choisir entre le médicament princeps et le médicament générique, et donc choisir le niveau de sa contribution à la facture finale ! Nous espérons nous réunir prochainement avec le nouveau ministre pour lui exposer la situation dans ce domaine, et lui faire part de l’ensemble de nos revendications

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