Pr Samir Ztot

Pr Samir Ztot 05 septembre 2018

Président de la Société marocaine de cardiologie

Cardiologue interventionnel, le Pr Samir Ztot préside la Société marocaine de cardiologie (SMC) depuis le 1er janvier 2016 (deuxième mandat). S’il est convaincu des efforts qui ont été déployés pour porter la cardiologie marocaine à un haut niveau, il plaide pour la prise en charge par les organismes d’assurance maladie des nouvelles techniques de traitement. Car à ce niveau, et comparativement à des pays comme la Tunisie ou l’Egypte, le Maroc a pris du retard.

 

 Doctinews N°113 Septembre 2018

 Pr Samir Ztot

  Président de la Société marocaine de cardiologie


 Doctinews. La société marocaine de cardiologie cumule plus de 30 années d’existence. Comment a-t-elle évolué ?

Pr Samir Ztot..La Société marocaine de cardiologie (SMC) a été créée en 1974, à l’initiative du Pr Mohamed Benomar lorsqu’il dirigeait le service de cardiologie de l’hôpital Avicenne de Rabat. Elle a été placée sous sa tutelle pendant plusieurs années. Actuellement, le durée du mandat de président est limitée à deux années, renouvelable une fois. La SMC regroupe près de 800 membres, essentiellement des cardiologues, et près de 50 chirurgiens cardiovasculaires issus des secteurs universitaire, hospitalier et libéral. Elle a pour missions de mettre en exergue la formation des cardiologues, qu’il s’agisse de la formation universitaire ou post universitaire, d’organiser des congrès nationaux et régionaux pour atteindre le plus grand nombre de cardiologues dans le cadre de la formation médicale continue et de sensibiliser la population (médicale et non médicale) aux maladies cardiovasculaires et aux risques de ces maladies. Par ailleurs, nous travaillons à la mise en place de registres afin d’avoir de la visibilité sur l’organisation et l’évolution de la cardiologie au Maroc : Dans quel sens allons-nous ? Comment peut-on améliorer les pratiques ? Comment travailler avec les autorités publiques ?...

Pour mener à bien ses missions, la SMC a déployé des « filiales ». Comment fonctionnent-elles ?

Sur le plan scientifique, la SMC est organisée autour de filiales et de groupes de travail. Les filiales sont au nombre de cinq : cardiologie interventionnelle, rythmologie, prévention cardiovasculaire, cardiopathies congénitales et imagerie cardiaque. Elles s’inscrivent dans la durée et participent aux congrès nationaux et régionaux, mettent en place des séminaires, des enseignements post universitaires… Parallèlement, et en fonction des besoins, des groupes de travail sont formés qui regroupent des spécialistes intéressés par un domaine en particulier. Actuellement, deux groupes de travail ont été créés, un dans le domaine de l’insuffisance cardiaque et l’autre dans celui de l’hypertension artérielle.

Vous avez également permis aux jeunes cardiologues de se réunir dans le cadre d’un groupe ?

Nous avons effectivement créé il y a deux ans un groupe de jeunes cardiologues âgés de moins de 35 ans. Je crois qu’il est important que les jeunes cardiologues soient intégrés d’emblée dans les activités de la SMC afin, d’une part, de préparer la relève et, d’autre part, de leur proposer un espace de communication aussi bien au niveau national qu’international. En effet, les congrès nationaux et internationaux sont toujours animés par des sommités et des professionnels plus âgés et, par conséquent, les jeunes cardiologues se retrouvent toujours au stade d’« apprentis » lors de ces manifestations. Sous la tutelle de la SMC, ils ont désormais la possibilité d’animer une session lors des congrès. Par ailleurs, ils sont en contact avec le groupe des jeunes cardiologues français, le groupe des jeunes cardiologues européens… ce qui offre une véritable opportunité en termes d’échanges.

Vous avez parlé de mettre en exergue la formation des cardiologues. Si elle est organisée dans le cadre universitaire, elle n’est absolument pas structurée au-delà de ce stade. Quel schéma préconiseriez-vous pour une formation médicale continue de qualité ?

Il faut réglementer la formation médicale continue (FMC). Actuellement, beaucoup d’acteurs prennent des initiatives pour organiser des séminaires, des formations diplômantes, … Ces initiatives sont louables mais elles méritent d’être encadrées et placées sous la tutelle de la société savante concernée par la spécialité. Nous avons assisté à une journée dédiée à la FMC avec le conseil de l’Ordre l’année dernière au cours de laquelle beaucoup de propositions ont émergé. Nous avons évoqué le principe des accréditations, du nombre d’heures à consacrer à la FMC… Depuis, aucune mesure concrète n’a vu le jour. C’est dommage car la FMC est nécessaire, notamment pour les médecins généralistes qui partent travailler dans des régions éloignées après l’obtention de leur diplôme.

Bien que la cardiologie soit une spécialité bien développée au Maroc, certains freins semblent subsister qu’il serait nécessaire de lever pour lui permettre de s’épanouir pleinement. Quelles sont les actions menées par la SMC dans ce sens ?

La cardiologie est une spécialité qui a, dès le départ, connu un développement privilégié comparativement aux autres spécialités médicales. Elle a rapidement atteint les standards des pays européens et poursuit son développement dans ce sens. Les spécialistes qui se forment à l’étranger trouvent, lorsqu’ils reviennent au Maroc, le même niveau de compétences et d’infrastructures qu’ils avaient à l’étranger. Ce constat vaut aussi bien dans le secteur public (CHU de Rabat, Casablanca, Fès, Marrakech et maintenant Oujda et Tanger) que privé. Cela dit, le secteur privé dispose de moyens plus importants pour investir dans une infrastructure de dernière génération. Cependant, ces derniers temps, nous constatons un recul essentiellement imputé à l’absence de prise en charge de certains actes par les assurances maladies. Pour donner un exemple, la technique de remplacement valvulaire aortique percutané existe aux Etats-Unis depuis 2006. Ma première demande pour obtenir le remboursement de cette technique date de 2008, lorsque j’exerçais à l’hôpital Cheikh Zayed. Depuis, nous n’avons toujours pas obtenu de prise en charge. Ces techniques coûtent cher. Comme peu de patients peuvent en bénéficier pour des raisons financières, elle est pratiquée à petite échelle ce qui freine le développement de cette technique (et d’autres techniques nouvelles) auxquelles les médecins sont déjà formés. Depuis plus d’un an, nous avons adressés plusieurs courriers aux autorités (ministre et agence de l’assurance maladie) en leur expliquant qu’il est inconcevable que des techniques éprouvées et maîtrisées par les cardiologues marocains ne soient pas prises en charge. Mais nous nous heurtons à une fin de non recevoir. Le Maroc a entamé sa transition épidémiologique des maladies cardiovasculaires et, dans ce sens, la prise en charge des nouvelles techniques de traitement est nécessaire.

Quelles sont les pathologies cardiovasculaires qui font leur apparition avec la transition épidémiologique ?

Dans les années 70/80, les principales pathologies étaient représentées par les valvulopathies, conséquences d’une infection pharyngée à streptocoque avec atteinte et détérioration des valves. Si l’amélioration du niveau de vie a permis de maîtriser ces maladies rhumatismales, elle a également fait apparaître d’autres pathologies car les comportements hygiéno-diététiques ont été modifiés. Actuellement, l’hypertension artérielle, les maladies des artères coronaires et, à plus petite échelle, les maladies liées au vieillissement des valves sont les plus fréquentes.

La SMC a initié la mise en place d’un registre dédié à l’infarctus. Où en êtes-vous dans ce domaine ?

Le projet est né voilà un an et demi et a pris forme au mois de janvier dernier. Le registre recense la population marocaine qui consulte pour un syndrome douloureux thoracique en tenant compte de certains critères. Il nous donne des informations concernant la prise en charge des malades, la pose du diagnostic, les traitements proposés… et les cardiologues marocains se sont impliqués pour l’alimenter. Ce registre est d’un grand intérêt car il nous permet, à partir d’une « photographie » de l’infarctus au Maroc, d’alerter les autorités publiques sur la gravité de la maladie à l’origine de nombreux décès et sur la nécessité de déployer les moyens d’une prise en charge rapide. Il faut par exemple développer des SAMU, mettre en place des centres interventionnels aussi bien dans le secteur privé que public, généraliser la thrombolyse, etc. Il n’existe pas aujourd’hui, même dans les grandes villes, une organisation qui permette cette prise en charge rapide. Or, dans le cas d’un infarctus, « plus on perd de minutes et plus on perd son cœur ». Et, parallèlement à ces structures, il est essentiel de sensibiliser la population générale pour l’inciter à consulter dès l’apparition d’une douleur thoracique. Nous avons besoin de l’appui du ministère de tutelle et des médias pour y parvenir. Je regrette d’ailleurs que les médias ne s’intéressent pas à ce sujet.

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