Badr Merezack

Badr Merezack 20 décembre 2018

 Président du Conseil régional de l’Ordre des pharmaciens d’officine du Nord et trésorier du Conseil national de l’Ordre des pharmaciens

Président du Conseil régional de l’Ordre des pharmaciens d’officine du Nord et trésorier du Conseil national de l’Ordre des pharmaciens, Badr Merezack est un professionnel convaincu de la valeur ajoutée du rôle du pharmacien dans le système de santé. Dans cet entretien, il livre le bilan de l’action de l’instance ordinale et donne son point de vue sur les leviers de développement de la profession.

 

 Doctinews N°116 Décembre 2017

 Badr Merezack

 Président du Conseil régional de l’Ordre des pharmaciens d’officine du Nord et trésorier du Conseil national de l’Ordre des pharmaciens


 Doctinews. Vous présidez le Conseil régional de l’Ordre des pharmaciens d’officine du Nord depuis les élections qui ont eu lieu en 2015. Après plus de trois années d’activité, quel bilan peut-on dresser ?

Badr Merezack.Avant les élections de 2015, la profession a connu une période de vide au niveau de ses instances ordinales régionales. Lorsque nous sommes arrivés, et afin de permettre au pharmacien d’exercer sereinement son métier et de sauvegarder la pharmacie, nous avons donc ouvert de nombreux chantiers. Parmi les principaux, je citerais l’amendement du Dahir de 1922 relatif aux substances vénéneuses, l’amendement du Dahir de 1976 relatif à l’Ordre des pharmaciens, la publication de l’arrêté sur la pharmacopée de référence afin, notamment, de rétablir le circuit de distribution des dispositifs médicaux, l’instauration du droit de substitution, la formation médicale continue, la mise en place de la couverture médicale et, bien entendu, le dossier de la fiscalité pour permettre au pharmacien d’exercer sereinement son métier.

Prenons tout d’abord l’amendement des Dahirs de 1922 et de 1976. Que demandez-vous ?

Le Dahir de 1922 relatif aux substances vénéneuses est très ancien et pose des problèmes liés à son interprétation dans la mesure où il s’applique à différents secteurs d’activité. En qualité de pharmacien, nous délivrons des produits « psychotropes » ce qui, selon ce texte, engagent notre responsabilité pénale. Pour cette raison notamment, nous demandons un amendement de ce Dahir avec la révision de certaines définitions ainsi que l’instauration d’un système basé sur une ordonnance sécurisée pour protéger le pharmacien. En ce qui concerne le Dahir de 1976, nous pensons que la régionalisation des conseils sur la base du découpage administratif est devenue une nécessité. Aujourd’hui en effet, les prérogatives du Conseil régional des pharmaciens d’officine du Nord couvrent des villes très éloignées géographiquement comme Rabat, Tanger ou Oujda par exemple. Nous souhaitons installer une proximité entre les pharmaciens et leurs instances ordinales et travaillons sur ce dossier depuis le mois de décembre 2015. Nous avons tenu plusieurs réunions avec le Secrétariat général du gouvernement (SGG) et nous avons élaboré un projet avec des solutions pertinentes qui va être soumis sous peu.

La publication de l’arrêté sur la pharmacopée de référence est attendue depuis longtemps. Où en êtes-vous dans ce domaine ?

La pharmacopée de référence permettra d’identifier précisément l’ensemble des produits dont la dispensation relève uniquement de l’officine. Ce dossier est capital pour rendre aux pharmaciens le monopole de la distribution des dispositifs médicaux stériles dont certains circulent aujourd’hui par le biais d’un marché parallèle. Le texte est prêt, il ne maque que la signature du ministre et l’aval du SGG.

Depuis plusieurs années, la profession évoque l’instauration du droit de substitution. Cette demande est-elle entendue ?

Le pharmacien est spécialiste du médicament. Il a été formé pour cela mais cette compétence ne lui est pas reconnue. Le droit de substitution peut lui permettre de mettre à profit cette compétence. En effet, il ne faut pas se tromper. Le droit de substitution n’est pas une mesure destinée à enrichir le pharmacien, et il ne peut être instauré que s’il est assorti de mesures d’accompagnement. Pour illustrer mes propos, je vais prendre l’exemple d’un patient qui se présente au comptoir avec une ordonnance substituable. A l’officine, je peux lui proposer plusieurs médicaments génériques à différents prix. Mais quel médicament vais-je délivrer ? Celui qui coûte 100 dhs pour lequel je gagne 10 dhs ou celui qui coûte 70 dhs pour lequel je gagne 7 dhs ? Où est l’intérêt du patient ? Où est l’intérêt des organismes payeurs ? Où est l’intérêt du pharmacien ? Pour que cette mesure fonctionne, il faut un décrochage entre le prix du médicament princeps et le prix du médicament générique et des marges arrière permettant de compenser le manque à gagner en officine. En France, par exemple, dans le cadre de la substitution, la rémunération du pharmacien est identique qu’il vende un médicament princeps ou un médicament générique. Nous en avons parlé au Chef du gouvernement et nous avons un nouveau directeur à la Direction du médicament qui connait bien les spécificités de la profession. Nous sommes optimistes quant à l’évolution favorable de ce dossier.

Sur le volet de la formation continue, quel modèle préconisez-vous ?

En qualité d’instance ordinale, nous sommes garants de la qualité des compétences des professionnels de la pharmacie. La formation continue est donc essentielle et nécessaire. Toutefois, il faut préalablement harmoniser la formation initiale par la mise en place d’un examen d’habilitation par exemple. Concernant la formation continue, il faut l’instaurer sans la rendre obligatoire dans un premier temps, dans le cadre d’une phase de transition. Les pharmaciens pourraient acquérir des points de présence en participant aux congrès, séminaires, ateliers, journées de formation… avec des thèmes qui seraient définis au niveau national. Je pense par exemple à des thèmes qui intéressent la santé publique comme l’hypertension artérielle, le diabète,… Le pharmacien pourrait, grâce à sa formation, participer au dépistage et jouer le rôle de relais entre le citoyen et le médecin généraliste et spécialiste. Avec la mise en place d’un dossier patient informatisé, il pourrait même prendre en charge le suivi du patient dans une certaine limite bien entendu. Car, aujourd’hui, beaucoup de patients demandent le renouvellement de leur traitement avec une ordonnance qui n’est plus valide pour éviter le coût d’une consultation spécialisée. Dans le cadre de la formation continue, nous devons réfléchir à un ensemble de mesures pour instaurer une politique « gagnant-gagnant ». La formation ne doit pas non plus se limiter aux notions générales. Elle peut évoluer vers une spécialisation qui offre au pharmacien une accréditation dans un domaine précis. Il peut s’agir de l’orthopédie par exemple pour permettre au pharmacien de mieux conseiller son client sur une semelle orthopédique…

Sur le dossier de la fiscalité, quel est le rôle du conseil de l’Ordre ?

Le conseil de l’Ordre défend les intérêts moraux de la profession. Il peut donc défendre sur le plan moral des intérêts qui ont un impact financier. Dans le cadre de la loi de Finances 2019, nous avons sensibilisé le nouveau directeur de la Direction du médicament et de la pharmacie et nous avons pris contact avec des membres du Parlement pour leur expliquer la situation, surtout après l’effort que nous avons fait dans le cadre de la baisse des prix des médicaments qui a directement impacté notre chiffre d’affaires et nos marges, alors que les mesures de compensation promises ne sont pas effectives. Nous avons évoqué la problématique de la cotisation minimale appliquée sur le chiffre d’affaires global alors que pour les produits coûteux, nous sommes rémunérés sur la base d’un forfait. Nous avons également évoqué la suppression de la convention fiscale de 6 % d’abattement pour tenir compte des pertes liées au coulage et aux risques de péremption des médicaments alors qu’en qualité de pharmaciens, nous sommes tenus d’avoir un stock de médicaments en raison de la spécificité de nos produits. Dans le même ordre d’idées, si un pharmacien veut vendre son officine pour déplacer son activité, il est taxé sur la plus-value. Dans d’autres pays, lorsqu’un investissement est réinvesti, il est exonéré de la taxe sur la plus-value. Il est également taxé lors de la vente de son officine en raison de son départ à la retraite. Une exonération lui permettrait de se constituer une petite réserve, d’autant que bon nombre de pharmaciens n’ont aucune ressource une fois l’âge de la retraite atteint. Il ne faut pas oublier que le pharmacien, après le fonctionnaire, est l’un des meilleurs contribuables car son activité est très cadrée. La pharmacie est un commerce de proximité. Il faut la maintenir car elle joue un rôle essentiel, notamment dans le milieu rural où le médecin est peu présent. Elle est également un maillon dans la chaine du médicament avec la fabrication et la distribution. Or, ne dit-on pas que la résistance d’une chaine se mesure à son maillon le plus faible ? L’officine est le maillon le plus faible dans cette chaine. Il faut le sauvegarder si l’on veut sauvegarder toute la chaine.

Quels seraient selon vous les leviers de développement de la pharmacie au Maroc ?

Le premier levier s’appuie sur le mode de rémunération du pharmacien lié à ses nouvelles missions. Auparavant, le pharmacien réalisait des préparations. Aujourd’hui, même l’éosine est conditionnée ! Son métier a évolué et il doit encore évoluer en tenant compte des besoins de la population et de la société. Le pharmacien n’est pas un commerçant. Il délivre un produit qui met en jeu la santé du citoyen, raison pour laquelle il a été formé. Il est spécialiste du médicament et peut, à ce titre, développer son activité. En France, par exemple, une expérience pilote de vaccination de la population contre la grippe a été menée. Au Maroc, le pharmacien pourrait très bien vacciner le citoyen avant le grand pèlerinage ou contre la grippe car ses vaccins sont administrés en sous-cutané. L’autre levier est, à mon sens, celui de la formation médicale continue qui donnera plus d’assise à notre profession et permettra de justifier certains modes de rémunération. L’Etat doit se poser la question : quelle pharmacie voulons-nous ? En qualité d’instance ordinale, nous sommes là pour l’aider à trouver des réponses et des solutions. Nous sommes une force de propositions tel un conseil de sages doté d’une vision. A ce titre, il faut que nous soyons entendus.

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