RACHIDA FADIL

RACHIDA FADIL 20 février 2019

PRÉSIDENTE FONDATRICE DE L’ASSOCIATION NATIONALE DES SAGES-FEMMES DU MAROC.

Présidente fondatrice de l’Association nationale des sages-femmes du Maroc (ANSFM), Rachida Fadil est également députée au niveau de la région Rabat-Salé-Kénitra. Elle connait bien le tissu associatif puisqu’elle a été membre de plusieurs instances (voir encadré). Sage-femme de métier, elle défend les intérêts de la profession depuis de nombreuses années sans jamais avoir baissé les bras. Entretien.

 

 Doctinews N°118 Février 2019

  RACHIDA FADIL

 PRÉSIDENTE FONDATRICE DE L’ASSOCIATION NATIONALE DES SAGES-FEMMES DU MAROC.


 Doctinews.Pouvez-vous présenter brièvement l’association que vous présidez ?

Rachida Fadil.L’Association nationale des sages-femmes du Maroc a été créée au mois de janvier 2011 avec pour mission première de défendre les intérêts de la profession par l’institution d’un statut à part entière et la création d’un Ordre national. La profession était alors régie par le dahir de 1960 portant réglementation de l’exercice des professions de médecin, pharmacien, chirurgien –dentiste, herboriste et sage-femme. Dans un contexte marqué par des poursuites judiciaires à l’encontre de certaines consœurs, il était devenu plus que nécessaire de mettre en place un cadre spécifique à la sage-femme qui délimite ses responsabilités. Il faut savoir que plus de 80 % des accouchements eutociques au Maroc sont réalisés par la sage-femme dans le secteur public. Or, l’accouchement est un acte qui nécessite l’intervention d’une équipe multidisciplinaire où chacun a un rôle à jouer. Nous souhaitions donc la mise en place d’un statut permettant de limiter les responsabilités et les actes que doivent effectuer les sages-femmes afin de les protéger dans l’exercice de la profession.

Vous avez donc contribué à donner naissance à la loi 44-13 qui a été publiée au Bulletin Officiel en 2016. Qu’en est-il des textes d’application ?

Nous avons effectivement élaboré des textes que nous avons présentés au ministère de la Santé pour la rédaction de la loi. Depuis, en partenariat avec le Fonds des Nations Unies pour la Population (FNUAP), nous avons mandaté un expert afin d’élaborer les textes d’application ainsi qu’un projet pour la création d’un Ordre national des sages-femmes. Cette instance aura pour mission de réguler l’accès à la profession et de garantir le respect de l’éthique et de la déontologie. Elle pourra également infliger des sanctions si nécessaire et accompagner ses membres sur le plan juridictionnel en cas de plaintes. Ces préalables sont indispensables pour atteindre les objectifs très nobles du développement durable d’ici 2030, et plus particulièrement ceux qui nous intéressent en qualité de sage-femme, à savoir la santé maternelle et infantile. En effet, la sage-femme est un acteur clé dans la réduction de la mortalité maternelle et néonatale. Mais pour lui permettre d’agir convenablement, il faut lui donner les moyens d’intervenir. Une étude menée par le FNUAP a d’ailleurs démontré que tous les pays qui ont travaillé sur le profil de la sage-femme : formation, amélioration des conditions de travail et réglementation ont réduit de manière significative le taux de mortalité. Le même organisme, dans un document publié conjointement avec l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et la Confédération internationale des sages-femmes (l’Etat de la pratique de sage-femme dans le monde – 2014), indique que les sages-femmes qui sont formées et réglementées selon les normes internationales peuvent fournir 87 % des soins essentiels dont ont besoin les femmes et les nouveau-nés. L’enjeu est donc conséquent d’autant que le même document prévoit que, d’ici 2030, les sages-femmes devront répondre aux besoins de 0,9 million de femmes enceintes chaque année au Maroc. En donnant à la sage-femme la place qu’elle mérite et les moyens pour lui permettre d’assurer ses fonctions, nous offrons les meilleures chances de vie à la maman et au nouveau-né.

Que proposez-vous pour améliorer les conditions de travail des sages-femmes ?

Il faut, tout d’abord, redéfinir le champ d’intervention de la sage-femme au Maroc. Elle doit pouvoir intervenir partout où se trouve la femme. Nous avons, dans notre pays, des problèmes d’accessibilité aux structures de soins. Par conséquent, si la femme ne peut pas venir vers nous, nous devons pouvoir aller vers elle, conformément à un cadre réglementaire. Or, jusqu’à ce jour, nous n’en avons pas le droit. Si, par exemple, une femme accouche devant l’hôpital, nous ne pouvons pas l’assister car elle est en dehors du centre de soins. Par ailleurs, il faut élargir le champ d’intervention de la sage-femme comme c’est le cas dans les pays développés pour qu’elle puisse prendre en charge les consultations prénatales, suivre la femme et le nouveau-né après l’accouchement,…. Enfin, parmi les priorités, il faut augmenter le nombre de postes budgétaires. Il faut savoir qu’au Maroc, près de 2 200 sages-femmes formées par l’Etat sont au chômage. Or, malgré tous les efforts qui ont permis de réduire le taux de mortalité maternelle et infantile dans notre pays, celui-ci reste élevé. Il faut donc faire un effort pour que les sages-femmes formées et diplômées puissent avoir accès au travail ! Surtout que, parallèlement, certaines maisons d’accouchement ne comptent que deux ou trois sages-femmes. Elles doivent assurer les gardes 24h/24, être disponibles pendant les astreintes, elles ne peuvent pas prendre de congés…, et sont bien souvent contraintes de mettre de côté leur vie personnelle. Et lorsqu’un problème se présente, elles sont considérées comme responsables. Nous plaidoyons pour une augmentation du nombre de postes budgétaires, ce qui ne relève pas uniquement du ministère de la Santé.

Le secteur privé n’est-il pas pourvoyeur d’emplois pour les sages-femmes ?

Le secteur privé ne peut pas absorber à lui seul le nombre de sages-femmes au chômage, et c’est sans compter sur les promotions de sages-femmes issues de l’enseignement privé qui rejoignent elles aussi chaque année le marché du travail. Elles ne peuvent pas non plus ouvrir un cabinet pour travailler en libéral car, non seulement, il faut investir financièrement, mais il faut également, et cela est tout à fait justifié car il s’agit de vies humaines, posséder une expérience professionnelle de cinq années au minimum. Les options sont donc limitées.

Vous avez évoqué un élargissement du champ d’intervention de la sage-femme. Le rôle de la sage-femme va donc bien au-delà de l’accompagnement à l’accouchement ?

Dans la définition de la profession de sage-femme, reconnue par l’OMS, la Confédération internationale des sages-femmes et la Fédération internationale des gynécologues obstétriciens, il est précisé que, outre le rôle qu’elle joue auprès de la femme enceinte et durant l’accouchement auprès de la femme et du nouveau-né, son travail doit inclure l’éducation prénatale et la préparation au rôle de parents et doit s’étendre dans certaines sphères de la gynécologie, de la planification familiale et des soins à donner à l’enfant . Cette définition reflète bien la raison d’être de notre existence qui est le couple mère-enfant. Dans le cadre de l’association, nous menons donc des actions destinées à encourager la vaccination des jeunes filles à partir de 15 ans, à sensibiliser les jeunes filles dans les lycées sur les infections sexuellement transmissibles par exemple, nous leur donnons des conseils en matière d’hygiène intime… Nous avons également acquis, dans le cadre de l’INDH (Initiative nationale pour le développement humain) un mammographe et un échographe mobiles pour le dépistage du cancer du sein,… Et nous sommes, bien entendu, présentes pour accompagner la femme tout au long de sa grossesse, au cours du travail, durant l’accouchement et en post-partum en tenant compte de chaque situation. Nous sommes formées pour cela.

La formation, justement, est une autre mission prioritaire pour l’association. Quelles ont été les avancées dans ce domaine ?

La formation de sage-femme a connu une évolution importante depuis les années 50, époque où le Maroc formait des « accoucheuses » en deux années après le certificat d’études. Aujourd’hui, le programme de formation qui se déroule sur trois années après obtention du baccalauréat est structuré et organisé et s’inscrit, depuis 2013, dans le cadre du système LMD (licence-master-doctorat). Cela peut paraître normal qu’une sage-femme ait suivi un cursus de formation sanctionné par un diplôme mais, dans notre pays, certaines femmes s’adressent encore à des accoucheuses traditionnelles. Or, la loi est claire : pour exercer, il faut un diplôme. C’est le minimum que nous puissions offrir au couple mère-enfant et à la famille en général. A l’issue de la formation initiale, la mise à jour des compétences relève de la formation continue. Elle devrait, à mon sens, être obligatoire, ce qui n’est pas encore le cas. Nous organisons donc des actions en faveur de la formation continue. Avec l’association Al Hayat-Chaîne de vie par exemple, nous avons organisé des formations sur les 4 chaines de vie, des gestes simples qui permettent de sauver des nouveau-nés.

Etes-vous globalement optimiste quant à l’évolution de la situation ?

A l’occasion de la célébration de la journée internationale de la sage-femme qui s’est déroulée le 5 mai dernier, le ministre de la Santé nous a promis que l’Ordre des sages-femmes verrait le jour d’ici la fin de son mandat. C’est un message d’espoir pour toutes les sages-femmes qui nous encourage à poursuivre notre action.

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