REDOUANE SAMLALI

REDOUANE SAMLALI 19 juin 2019

Président de l’Association nationale des cliniques privées

Président de l'Association nationale des cliniques privées depuis le mois de mars 2018, le Pr Redouane Samlali a fait le choix de médiatiser les actions de l'ANCP pour expliquer qui elle est et ce qu'elle fait. Le point sur ces actions.

 

 Doctinews N°122 Juin 2019

Pr Redouane SAMLALI

Président de l’Association nationale des cliniques privées


 Doctinews Le secteur de l’hospitalisation privée s’est considérablement développé ces dernières années sans véritable encadrement règlementaire. Par conséquent, si bon nombre de cliniques exercent dans le respect de la déontologie, d’autres ne le font pas, ce qui nuit à l’image de l’ensemble de la profession. Que compte faire l’Association nationale des cliniques privées (ANCP) pour enrayer cette situation ?

 Pr Redouane SAMLALI. :L’Association nationale des cliniques privées (ANCP) existe depuis le milieu des années 90. Elle était alors à l’image de la place qu’occupaient les cliniques dans le système de santé marocain, c’est-à-dire une association de cliniques de dimension très modeste, ayant très peu d’impact sur le système de soins marocain. Puis l’hospitalisation privée s’est beaucoup développée, à tel point qu’aujourd’hui elle constitue l’essentiel du système de soins, du moins dans le secteur concerné par l’assurance maladie. Ainsi, 9 malades sur 10 qui bénéficient d’une couverture médicale sont traités au sein d’un établissement privé. Il a donc fallu restructurer et professionnaliser l’ANCP. Nous avons tout d’abord déployé des antennes régionales, au nombre de 8, pour couvrir les régions de Casablanca, Rabat, Fès, Tanger, Oujda, Beni-Mellal, Marrakech et Agadir. Il s’agit de représentations qui dépendent de l’ANCP centrale mais qui sont dotées d’un bureau et chargées de gérer directement les problèmes spécifiques à chacune des régions. De son côté, l’ANCP centrale dispose désormais d’un siège permanent avec une directrice et un secrétariat. Cette configuration nouvellement mise en place doit permettre à l’association de jouer pleinement le rôle qui lui est imparti, c'est-à-dire organiser la profession, garantir un équilibre et dénoncer les établissements qui ne respectent pas les règles de la profession. Nous sommes donc en train d’améliorer et d’assainir le secteur. Parallèlement, l’ANCP a fait le choix de se médiatiser pour expliquer, aussi bien aux pouvoirs publics qu’à la population qui ont une mauvaise perception de ce secteur, qui elle est et ce qu’elle fait. Je pense que la communication est l’une des clés de la réussite.

Dernièrement, l’Association a justement rédigé un communiqué pour dénoncer les agissements de certaines cliniques qui incitent les ambulances à diriger les patients vers un établissement plutôt qu’un autre. Quelles actions allez-vous mettre en place pour faire cesser ces pratiques ?

Nous ne pouvons pas cautionner les malversations et accepter de telles pratiques anti-déontologiques. Nous leur avons demandé de cesser ces agissements et nous avons élaboré un plan de travail que nous souhaitons partager avec le ministère de tutelle et les autorités en place. Nous allons également mettre en place une charte de bonne conduite des cliniques qui permettra à chaque établissement répondant à des critères bien précis d’apposer une plaque devant sa porte. Parallèlement, nous travaillons à la mise à disposition de la population d’un numéro vert dédié au signalement des anomalies. Nous pourrons ainsi établir une cartographie des pratiques saines et malsaines et intervenir auprès des cliniques qui ne respectent pas la déontologie pour corriger ces agissements. Si besoin, nous remettrons les dossiers aux autorités compétentes. Notre rôle consiste à améliorer le système de santé pour améliorer la santé de nos patients.

Depuis de nombreuses années l’ANCP, avec d’autres professionnels de santé, demande la révision de la tarification nationale de référence. Vous avez eu récemment plusieurs réunions de travail avec le ministère de tutelle. La situation serait-elle en train d’évoluer ?

L’assurance maladie a été mise en place en 2006. A ce momentlà, nous savions que la tarification nationale de référence était faible. Les interlocuteurs de départ avaient accepté car il s’agissait d’un projet national structurant. De plus, ils avaient reçu la promesse que les tarifs seraient révisés au bout de trois années, soit en 2009. Aujourd’hui, nous sommes en 2019 et rien n’a été fait. Résultat, l’assurance maladie est menacée. Elle souffre d’insuffisances aussi bien qualitatives que quantitatives : l Qualitatives car le panier des soins admis au remboursement n’a pas évolué depuis l’instauration de l’assurance maladie. Or, de nombreuses thérapeutiques et actes techniques et/ou chirurgicaux ont enrichi l’offre de soins au cours de ces 10 dernières années. Malheureusement, ils ne figurent pas dans la liste des soins remboursés. l Quantitatives car, en termes de coût, le montant de la prise en charge de bon nombre d’actes est en dessous de la réalité. Par exemple, parmi les actes les plus importants, la réanimation est prise en charge sur la base d’un forfait évalué à 1 500 dirhams par jour. Il faut savoir que dans les structures publiques, l’évaluation du coût d’une journée de réanimation est estimée à 4 000 dirhams. La révision de la tarification nationale devient donc urgente car le patient marocain doit payer de sa poche, en moyenne 1 dirham sur 2, et il risque de payer davantage si rien n’est fait. De plus, il considère la clinique responsable de ces insuffisances. Pour répondre à votre question sur l’évolution de la situation, je peux seulement dire que des négociations sont en cours pour quelques actes. Mais il va falloir mettre en place une feuille de route pour avancer plus rapidement.

Quels sont les autres dossiers sur lesquels vous avez travaillé depuis le début de votre mandat ?

Nous avons ouvert un dialogue avec l’administration fiscale qui avait une mauvaise perception de l’activité des cliniques. Elle pensait que nos taux de rentabilité étaient très élevés et que nous ne payions pas assez d’impôts. Il faut savoir qu’en France par exemple, un pays qui bénéficie d’un système de soins avec une tarification plus valorisante et d’un nombre d’assurés beaucoup plus élevé, le bénéfice net d’une clinique (après impôts) s’élève à 1,5 % du chiffre d’affaires. Nous avons exposé la situation des cliniques marocaines à partir d’exemples transparents et montré à l’administration fiscale que notre rentabilité ne dépassait pas 1,5 à 2 % alors qu’elle l’estimait à 10 %. A partir de là, l’administration a élaboré une grille de correction fiscale à laquelle la majorité des cliniques ont adhéré.

La rentabilité des cliniques n’est donc pas celle que l’on imagine ?

Si le système d’hospitalisation privée joue un rôle important, la cadence de création des cliniques a connu un net ralentissement au cours de ces dernières années. Mieux encore, après la mise en oeuvre de la loi qui autorise l’ouverture du capital des cliniques privées à des non médecins, peu d’investisseurs ont manifesté un intérêt. Et ceux qui sont venus sont même en train de partir. C’est dire que le « business » clinique n’est pas rentable. Il faut tenir compte de plusieurs paramètres comme le coût du foncier qui a été multiplié par 10 dans certaines villes ces dernières années ou encore la lourdeur de l’investissement avec, de surcroit, une TVA de 20 %. A ce propos, le Maroc est l’un des rares pays, s’il n’est pas le seul, à appliquer une TVA sur l’investissement dans un secteur social. Si l’on ajoute la lourdeur fiscale avec 9 impôts auxquels s’ajoutent 27 impôts locaux, il est difficile de parler d’encouragement à l’investissement. Or, nous sommes à la veille de la mise en route de l’assurance maladie des indépendants qui concerne 10 millions de citoyens. Si l’investissement ralentit, comment fera-t-on pour accueillir les patients en demande de soins ?

Le développement du partenariat public-privé ne pourrait-il pas être l’une des solutions ?

Dans les systèmes de soins respectables, il n’y a pas de dichotomie entre le secteur public et le secteur privé. Le malade va là où se trouve l’efficacité. Ils ont réussi car ils ont su mutualiser leurs ressources. En ce qui nous concerne, nous avons peu de ressources. Alors autant apprendre à utiliser ce peu de ressources. Si le secteur public a installé un scanner à Ouarzazate, pourquoi ne pas permettre au secteur privé de l’utiliser ? Le partenariat public privé dans le domaine de la dialyse est une belle expérience car elle a permis de sauver des milliers de patients. Il faut mettre en place un partenariat bidirectionnel qui permette aux patients de bénéficier des meilleurs soins et des meilleurs traitements là où ils se trouvent. Parfois le patient sera dirigé vers le secteur privé et parfois il sera dirigé vers le secteur public. Il s’agit de développer l’échange, l’entraide et de mutualiser les ressources.

Avez-vous un message à transmettre ?

Je voudrais m’adresser à la population qui critique le secteur de l’hospitalisation privée. Nous les comprenons car, dans un pays qui se respecte, les citoyens ne devraient pas avoir à payer pour recevoir des soins. Nous faisons ce que nous pouvons pour alléger leur souffrance et le coût des soins, mais nous ne sommes pas responsables de cette situation. Aujourd’hui, les pouvoirs publics doivent relever le niveau de la tarification nationale de référence, ils doivent améliorer le dispositif de l’assurance maladie et le généraliser.

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