DR MUSTAPHA AKIKI

DR MUSTAPHA AKIKI 23 octobre 2019

 SPÉCIALISTE EN RADIOLOGIE

 Il a accompli un exploit en médecine marocaine. En 2018, le Dr Mustapha Akiki remporte le premier prix décerné par le Collège national des gynécoobstétriciens de France pour le meilleur poster parmi 200. Ce spécialiste de la radiologie, lauréat de la Faculté de Médecine de Nancy et ancien enseignant à la Faculté de Casablanca, a fait de l’échographie son fer de lance et milite pour la formation continue pour hisser le niveau de cette discipline.

Doctinews N°125 Octobre 2019


  Dr Mustapha AKIKI

 Spécialiste en radiologie


 

Doctinews.Parlez-nous plus de vous, de votre parcours et de votre activité aujourd’hui.

 Mustapha Akiki..Je suis spécialiste en imagerie médicale avec une option particulière en échographie générale et en obstétrique. J’ai été, d’ailleurs, parmi les premiers utilisateurs de cette technique à l’échelle nationale. Et pour cause, l’échographie est un examen facile à mettre en oeuvre qui ne coûte pas cher et qui peut aider à élaborer un bon diagnostic lorsqu’elle est bien réalisée. Dans ce sens, je tiens à insister sur l’importance de la formation continue pour rendre cette discipline utile et accessible. C’est pour cela, que j’ai créé le Cercle d'Echographie Gynéco-Obstétricale (CEGO) dont l’objet est la promotion de la qualité de l’échographie gynéco-obstétricale et foetale au Maroc. Dans le cadre du CEGO, nous avons mis en place un programme de formation par le biais d’un partenariat public-privé pour prendre en charge les médecins généralistes du secteur public. N’ayant pas beaucoup de moyens à leur disposition, nous les aidons en les formant sur les techniques de l’échographie.

Le 15 juin 2018, vous vous êtes vu décerner à Paris, le prix du meilleur poster. Peut-on revenir sur cette consécration ?

C’est lors des 3èmes journées d’imagerie de la femme et du foetus, organisées au mois de juin 2018 par le Collège national des gynécoobstétriciens de France, que j’ai reçu le premier prix de posters. Sélectionné parmi 200 autres posters en compétition, ce prix consacre le meilleur travail exposé sous forme d’un poster. Le poster a mis l’accent sur le diagnostic, la prise en charge et l’évolution du cas exposé. Ce sont ces trois aspects qui ont séduit le comité organisateur. Concrètement, cela consistait en un cas rare peu rapporté dans la littérature médicale : un volvulus. Il s’agit d’une véritable urgence foetale engageant sérieusement le pronostic vital par nécrose et péritonite méconiale. Généralement, le diagnostic est posé en postnatal quand les complications sont déjà survenues. Sauf que cette fois, l’observation a pu être faite sur le foetus de 7 mois grâce à l’échographie, confirmée par un examen IRM. Après quoi, la prise en charge a été très rapide : dans les 24h, nous avons procédé à une césarienne puis à une intervention chirurgicale sur l’intestin qui était déjà en voie de nécrose. Il y a eu résection d’une partie de l’intestin, ensuite les choses ont bien évolué pour cette petite fille qui a pu s’en sortir après quelques jours de réanimation. Il s’agit d’une première pour la médecine marocaine.

Quelle est l’importance de l’échographie dans le suivi des femmes enceintes ? Et quels spécialistes sont habilités à l’effectuer ?

L’échographie est un outil important parce qu’elle facilite la réalisation de diagnostics précoces et fiables. Actuellement, l’échographie fait partie d’un programme de suivi de grossesse. Ce dernier a été établi par consensus international qui stipule la nécessité de pratiquer au minimum deux échographies sur la femme enceinte. La première échographie se déroule au premier trimestre (entre 11 et 14 semaines) et va permette de définir l’âge de la grossesse, d’observer la morphologie globale du foetus et éventuellement déceler, déjà à ce stade, les malformations. Généralement, à 14 semaines, le foetus mesure 7cm et tous ses organes sont déjà constitués. Le premier trimestre

est donc le meilleur moment pour effectuer une bonne observation. De plus, la première échographie permet de savoir, en cas de grossesse gémellaire, si celle-ci est monochoriale ou bichoriale. La deuxième échographie est pratiquée, quant à elle, entre la 22ème et la 24ème semaine. On l’appelle échographie morphologique ou encore en 3D ou 4D pour la distinguer de l’échographie de première base. Par faute de moyens, s’il y a bien une échographie à privilégier, c’est celle du premier et du deuxième trimestre. La troisième échographie reste facultative. Quel que soit le stade de l’échographie, elle peut être pratiquée par tous les gynécologues, radiologues et même par les médecins généralistes à condition de détenir une formation approfondie dans ce sens.

Comment procédez-vous dans le cas où une éventuelle anomalie foetale a été détectée ?

Lorsqu’une anomalie est détectée au premier trimestre, cela nous permet déjà de distinguer les foetus ayant une malformation incompatible avec la vie. Dans ce cas, il est nécessaire d’interrompre la grossesse. D’où l’importance de faire une échographie au premier trimestre pour déceler ces anomalies et demander l’interruption de grossesse. Après, c‘est aux parents que revient la décision. Mais au moins, ils peuvent le faire en connaissance de cause et en présence d’un diagnostic. Maintenant, quand on est en présence de malformations pouvant être réparées comme le cas du volvulus, on prépare l’accouchement et on constitue une cellule réunissant plusieurs spécialistes (réanimateurs, chirurgiens, viscéralistes…) qui peuvent prendre en charge l’enfant dès sa naissance. De cette façon, nous savons qui fait quoi. Ainsi, cette préparation nous permet de décider quel spécialiste doit être présent, soit le jour de l’accouchement ou quelques jours après. L’intérêt est avant tout de créer une dynamique multidisciplinaire rassemblant plusieurs spécialistes autour de ce foetus malade pour que la réparation se passe dans les meilleures conditions possibles.

Justement, quelles actions engagez-vous pour encourager cette collaboration multidisciplinaire en matière de médecine foetale au Maroc ?

Tout au long de l’année, nous organisons des réunions auxquelles sont conviés des spécialistes de l’étranger. Nous invitons également des médecins de différentes spécialités (viscéralistes cardiologues…) autour d’une thématique donnée. Et de là, des connexions sont créées entre les différents spécialistes qui échangent et partagent leurs expériences. Le dernier exemple en date est le congrès international du CEGO organisé autour de l’échographie. Ce congrès est le couronnement de plusieurs formations médicales continues sur le foetus que je mène depuis 2013 avec le Dr Jean Philippe Bault, un éminent expert international parisien de l’échographie obstétricale. Nous avions commencé dans mon cabinet avec un petit staff d’une vingtaine de personnes puis la demande s’est accrue et nous avons été obligés de délocaliser la formation vers de plus grands locaux, lesquels nous sont fournis par T2S que je remercie à cette occasion. Grâce aux locaux et aux machines mis à notre disposition, nous avons pu faire évoluer cette formation et nous adresser à un plus large public. Désormais, nous organisons 3 à 4 formations continues par an sur différentes thématiques. La majorité des participants à ces formations sont des gynécologues obstétriciens et quelques radiologues.

En parallèle, vous êtes également le président du Cercle d'Echographie Gynéco-Obstétricale. Quelles sont vos missions dans ce cadre ?

Les missions du CEGO résument tout ce qui a été dit auparavant, à savoir la promotion de l’échographie à travers la formation. Pour cela, on met en place de manière régulière des ateliers pratiques. Parmi nos missions, il y a également la connexion avec la santé publique à travers un partenariat public-privé pour la formation des médecins du public et l’organisation de congrès et autres événements. Je suis parti du constat qu’il existe des centres de santé publique où les échographistes n’ont pas une formation adéquate. J’ai mis en place une consultation d’échographie en présence de ces médecins et ceci a porté ses fruits. Mené depuis 2017, ce partenariat a bénéficié à une quarantaine de médecins de Casa-Anfa que nous avons accompagnés à travers des séances pratiques sur patientes. Au fur et à mesure, nous nous sommes rendu compte que ceci rendait un grand service à ces médecins. Je tiens également à préciser que le secteur de la santé publique est disposé à accompagner les échographistes. D’ailleurs, la déléguée régionale de la Santé, Madame Nabila Rmili, est tout à fait favorable à relever le niveau dans ce sens et investir davantage pour la mise à disposition d’échographes dans tous les centres de santé qui n’en disposent pas. Il y a une réelle volonté d’aller plus loin dans ce partenariat.

Dans le cadre de ce partenariat public-privé, vous êtes surtout actifs dans la ville de Casablanca. Ambitionnez-vous d’étendre ce partenariat à d’autres régions du Maroc ?

Je tiens à rappeler que les missions du CEGO ne sont pas confinées à Casablanca. Nous avons des représentants sur tout le Maroc. Il s’agit de médecins référents à partir desquels nous voulons constituer d’autres cellules qui auront les mêmes objectifs qu’à Casablanca, à savoir, notamment, le partenariat avec la fonction publique pour organiser des staffs, des formations, des congrès…etc. À travers cela, nous voulons créer une dynamique à l’échelle nationale et non pas juste à Casablanca.

Un dernier mot…

Étant un fervent défenseur de l’échographie, je milite pour qu’elle soit de qualité. Pour cela, Il faut veiller à disposer d’un bon équipement et assurer des formations continues de qualité. Cela fait des décennies que je pratique cette discipline et je l’affectionne tout particulièrement car le médecin se place au plus près du patient pour discuter et élaborer un diagnostic. Alors que d’autres techniques, tels que le scanner et l’IRM, ne permettent pas ce genre de proximité. C’est une expérience humaine dont la particularité est de permettre au médecin de mener de bout en bout l’examen en étant à l’écoute du patient avant de lui proposer un quelconque traitement. Pour finir, je dirai qu’il est nécessaire de continuer les formations dans ce sens afin de rester opérationnels et rendre cet outil de travail efficace et efficient.

Dans la même rubrique

DR MUSTAPHA AKIKI

DR MUSTAPHA AKIKI

 SPÉCIALISTE EN RADIOLOGIE

 Il a accompli un exploit en médecine marocaine. En 2018, le Dr Mustapha Akiki remporte le premier prix décern...

Lire la suite

Dr Khadija Moussayer

Dr Khadija Moussayer

  Spécialiste en Médecine interne et en gériatrie et présidente de l’Alliance Maladies Rares Maroc

Présidente de l’AMRM depuis 2017,...

Lire la suite

FATIMA LAHMOUDDI

FATIMA LAHMOUDDI

Présidente du COPFR

Présidente du COPFR depuis 2015, Fatima Lahmouddi a conscience des avancées qu'a connues le secteur. Pour autant, des c...

Lire la suite

REDOUANE SAMLALI

REDOUANE SAMLALI

Président de l’Association nationale des cliniques privées

Président de l'Association nationale des cliniques privées depuis le mois de ...

Lire la suite

PR AMAL BOURQUIA

PR AMAL BOURQUIA

Professeur de Néphrologie, Présidente de l’association REINS

Développer la néphrologie pédiatrique à l’échelle nationale et du cont...

Lire la suite

ANASS DOUKKALI

ANASS DOUKKALI

Ministre de la Santé

Nommé ministre de la Santé le 22 janvier 2018, Anass Doukkali a travaillé sans relâche pour élaborer le "Plan Sant...

Lire la suite

Copyright © 2019 Doctinews.

All rights reserved.