Pr ABDELMAJID CHRAIBI

Pr ABDELMAJID  CHRAIBI 30 janvier 2020

Professeur en Endocrinologie et Doyen de la faculté de médecine et de pharmacie d'Agadir

Actuellement Doyen de la faculté de médecine et de pharmacie d'Agadir, Pr Abdelmajid Chraibi a auparavant cumulé les responsabilités en tant que médecin chef du service d'endocrinologie et diabétologie du CHU Ibn Sina de Rabat, directeur de l'Unité de Formation et de Recherche d'endocrinologie et diabétologie-Faculté de médecine et pharmacie de Rabat.

Doctinews N°128 JANVIER 2020


   Pr Abdelmajid CHRAIBI

 Professeur en Endocrinologie et Doyen de la faculté de médecine et de pharmacie d'Agadir


 

Doctinews. Vous êtes le doyen de la Faculté de Médecine et de Pharmacie d’Agadir qui a récemment ouvert ses portes. Pouvez-vous nous en dire plus sur cet établissement ?

Pr Abdelmajid Chraibi..La Faculté de Médecine et de Pharmacie fait partie des 19 établissements relevant de l’Université Ibn Zohr. Il s’agit de la plus grande université au Maroc en termes de nombre d’étudiants, soit plus de 120.000 et elle couvre plus de quatre régions du royaume (depuis Agadir jusqu’à Dakhla).  Nous avons reçu notre première promotion en septembre 2016. Nous avions commencé dans des locaux provisoires, à l’annexe de la Faculté avec les deux premières promotions. Ensuite, la 3 ème promotion a intégré la nouvelle Faculté directement en septembre 2018. Et cette année, nous avons accueilli notre 4 ème promotion.

Concernant le nombre d’étudiants, nous comptons 159 étudiants en 1 ère année, 141 en 2 ème année, 113 en 3 ème année et 102 en 4 ème année, dont une cinquantaine de non marocains (Tunisie, Mauritanie, Egypte, Congo, Tchad, Djibouti, Palestine…). Cela a été possible grâce à l'Agence Marocaine de Coopération Internationale (AMCI)qui s’occupe de cette collaboration. Chaque année, nous recevons 10 à 20 étudiants étrangersen 1 ère année de médecine. Côté enseignants, nous en comptons 49 dont 8 enseignants militaires.  S’agissant des installations de la Faculté, nous disposons de 4 amphithéâtres ; 6 salles de cours, 16 salles de travaux dirigés, 16 laboratoires de travaux pratiques, 16 laboratoires de recherche, 1 bibliothèque et médiathèque, 1 centre de formation continue, 1 centre multimédia, 3 Salles de thèse, les locaux administratifs et 1 centre de simulation médicale.

À ce sujet, la Faculté d’Agadir peut se targuer de disposerd’un véritable centre de simulation, très bien équipé avec une nouvelle génération d’appareils. Partant du principe « jamais la première fois sur le patient », notre centre permet aux étudiants d’apprendre des gestes simples ou compliqués et d’acquérir des reflexes avant de les pratiquer sur le patient.

Par exemple, la simple injection intraveineuse ou le prélèvement sanguin peuvent être réalisés sur le bras du mannequin. Il y a également des simulateurs très sophistiqués pouvant reproduire de véritables interventions chirurgicales. Et donc le jeune résident peut pratiquer ces actes à l’aide d’un ordinateur qui va valider ou non son geste et il peut s’exercer plusieurs fois avant de passer au terrain.Nous avons déjà entamé des formations continues dans ce centre pour les étudiants mais aussi pour des médecins désirant affiner leurs aptitudes dans une technique donnée.  Pa ailleurs, notre faculté met un point d’honneur à capitaliser sur les potentialités de nos étudiants en les mettant au centre de nos préoccupations. Par exemple, nous disposons de 7 clubs d’étudiants qui organisent leurs propres activités (sport, cinéma, théâtre, peinture…), auxquelles la Faculté participe financièrement et logistiquement.

 En outre, nos étudiants collaborent avec des étudiants d’autres établissements comme l’ENSA ou l’ENCG pour profiter du recul et de l’expérience de ces écoles. Ceci est important pour faire en sorte de former des étudiants ouverts sur leur environnement et de futurs médecins polyvalents.

Que faites-vous en matière deformation continue ?

Il va de soit que la formation continue occupe une place important dans notre système pédagogique. Cependant, nous venons de recevoir nos deux premières promotions d’internes et de résidents qui sont arrivés d’autres facultés (Marrakech, Casablanca, Fès, Oujda). Et pour cause, nos étudiants n’ont pas encore accédé à la 6ème année. Au cours des mois de janvier et février de l’année en cours, nous allons organiser les concours pour la 2ème promotion. De plus, la Faculté possède un centre de formation très prisé pour la formation médicale continue des médecins, généralistes ou spécialistes.Il joue également un rôle sociétal auprès des facultés de médecine qui y organisent beaucoup de congrès médicaux, de manifestations, ayant trait à l’enseignement, à l’éducation ou encore à l’environnement ... . Ce centre de formation offre un plateau important avec une salle de conférence contenant 212 places, tout le matériel de projection, des téléviseurs et tous les équipements nécessaires pour faciliter le suivi de l’auditoire. En plus de cinq salles workshop qui peuvent contenir une cinquantaine de personnes chacune et un espace d’exposition.

La Faculté de médecine d’Agadir est très active sur le volet événementiel. Pouvez-vous nous en dire plus à ce sujet ?

En parallèle à la formation initiale, la Faculté est effectivement très active dans l’organisation d’événements nationaux et internationaux. Pour n’en citer que quelques- uns, nous avons abrité le premier Forum national sur la loi-cadre de l’enseignement organisé par la Fédération de l’Enseignement Privé. Ce forum a été présidé par Mr le Chef du gouvernementet Mr le ministre de l’éducation nationale, de la formation professionnelle, de l’enseignement supérieur de la recherche scientifique, le samedi 21 décembre 2019. Dans le même temps, un congrès international sur la génomique s’étalant sur trois jours a eu lieu dans l’un de nos amphithéâtres.Aussi,la 5ème édition de la conférence « Protecting the Past » a été tenue du 10 au 13 décembre dernier dans notre journée en février 2020. Pour vous dire le nombre important des manifestations qui se tiennent dans notre établissement dont l’agenda d’événements est très chargé.

Sur un autre volet, quelle place accorde votre université à la recherche scientifique dans le domaine de la santé ?

Les enseignants universitaires sont des enseignants- chercheurs, et donc nous avons créé il y a 2 ans un laboratoire de recherche qui regroupe 6 équipes de recherche. Ces équipes ont été accréditées par l’université et ont des projets de recherche. C’est-à-dire qu’il existe une qu’actuellement le pays ne forme que 1.900 par an et ce même après la création des facultés de médecine de Tanger et Agadir (celle de Laâyoune est en construction et celle de Benslimane et à l’étude).

Le Maroc avait pour objectif de former 3.300 médecins par an à l’horizon 2020.Alors qu’actuellement le pays ne forme que 1.900 par an et ce même après la création des facultés de médecine de Tanger et Agadir (celle de Laâyoune est en construction et celle de Benslimane et à l’étude). Quelle en est la cause à votre avis ?

L’initiative visant à former 3300 médecins a été lancée officiellement par Mr Driss Jettou alors premier ministre, le 1er août 2017 à la Faculté de médecine et de pharmacie de Rabat. À cette époque, les seules facultés existantes étaient celles de Rabat, Casablanca, Fès et Marrakech. Et donc pour arriver à cet objectif, il était prévu de créer d’autres facultés de médecine, notamment celles d’Oujda, d’Agadir, de Tanger mais aussi d’augmenter la capacité d’accueil de toutes les facultés anciennes et nouvelles.La Faculté d’Oujda a effectivement ouvert ses portes en 2008 mais celles d’Agadir et de Tanger dont l’ouverture était prévue pour 2011, ont accusé du retard. Ces dernières n’ont ouvert leurs portes qu’en 2016. L’autre difficulté se rapportait à la capacité d’accueil et de recrutement des nouveaux inscrits qui n’a pas atteint les objectifs escomptés. Et ce pour plusieurs raisons, notamment parce que les études de médecine sont des études spéciales. C'est-à-dire que le cursus en médecine ne ressemble pas à celui de droit, de lettres ou d’école de commerce par exemple. La formation d’un médecin nécessite non seulement des bancs à la faculté mais aussi et surtout des lits hospitaliers. En effet, le cursus médical est de 7 ans durant lesquels les étudiants passent des stages Alors  d’externat à partir de la 3ème année et un stage à plein temps en 6ème année. Puis,un stage en périphérie lors de la 7ème année. Sachant que la présence aux cours magistraux n’est pas obligatoire pour les étudiants alors que la présence aux stages l’est. D’une manière générale, plus de 70% de la formation se fait au niveau de l’hôpital et donc même si la capacité d’accueil au niveau de la faculté peut être augmentée, il persiste un frein dans l’encadrement au niveau des hôpitaux. Il y a également des problèmes en termes de massification des étudiants externes au niveau des stages. Et c’est pour cela, que nous voulons élargir les terrains de stage notamment au niveau de certains hôpitaux non universitaires, avec le ministère de la Santé et le ministère de l'Education Nationale, de la Formation professionnelle, de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique. Dans ce cadre, une convention visant à étendre les stages hospitaliers au niveau de l’hôpital de Salé, qui jusqu’à maintenant ne dépend pas du CHU Ibn Sina, a été signée à Rabat récemment. Notons que des facultés de médecine privées ou qui dépendent des fondations ont fait leur apparition à Rabat, à Casablanca et à Marrakech. Ces dernières ne sont pas encore arrivées à maturité, et ne formeront des lauréats que dans quelques années. Il y a aussi la Faculté de médecine de Laayoune qui est en cours de construction et qui sera prête dans près de 4 ans ainsi que le CHU en parallèle. Ce qui fera 8 facultés publiques en tout. Cela va sans doute améliorer et augmenter l’effectif des médecins formés chaque année. Mais l’objectif d’atteindre 3300 médecins formés annuellement nécessite encore plusieurs années.

Justement, la volonté gouvernementale de doter chaque région de son propre CHU a pout but de résorber ce déficit. Dans ce sens, quel est l’état d’avancement du CHU d’Agadir ?

Doté d’une enveloppe de 1,828 milliards de DH, le futur CHU d’Agadir va s’étaler sur une superficie de 30 ha avec une capacité d’accueil de 841 lits. Les constructions ont commencé en juin 2018 et s’achèveront normalement en décembre 2021. Justement, ce jeudi 26 décembre, nous avons effectué en compagnie de Mr le directeur du CHU, une visite du chantier du CHU avec Mr le établissement qui va indubitablement nous aider dans la prise en charge de nos futurs lauréats.

Si vous deviez énumérer les lacunes dont souffre l’enseignement en matière de santé aujourd’hui, que citeriez-vous ?

Pour ne parler que de la Faculté d’Agadir, nous accusons un manque important d’enseignants. En médecine, il existe quelques 60 spécialités et donc afin qu’une faculté fonctionne bien, il faudraitprévoir en moyenne 3 enseignants par spécialité. C’est dire qu’il nous faudrait entre 170 à 200 enseignants par faculté. Dans notre cas, nous ne disposons que de 39 enseignants et nous en attendons 10 autres. L’autre difficulté se rapporte au attribués qui retardent le déploiement des dépenses

. Dans un registre moins défaitiste, quels sont les atouts dont vous disposez pour faire avancer la formation en médecine et le domaine de la santé ?

Effectivement, à côté des points d’amélioration nous disposons d’atouts certains sur lesquels il faudrait capitaliser. Dans ce sens, nous citerons le domaine de la recherche qui est encourageant dans la mesure où le ministère de l'Education Nationale a déployé beaucoup d’efforts pour allouer un budget de plus en plus conséquent pour la recherche à travers le financement de projets. Pour en bénéficier, les enseignants doivent postuler à des projets de recherche. Dans ce sens, il existe des programmes comme Erasmus+ qui donnent la possibilité d’accéder à des projets de recherche internationaux avec un budget important. Cela contribuera certainement à donner une visibilité au Maroc en matière de recherche scientifique et à améliorer le rang des facultés marocaines au niveau international. Par ailleurs, dans la région Souss-Massa, il y a un nombre de mécènes et de bienfaiteurs qui contribuent également au financement de certains projets ou à la réhabilitation et à la mise a niveau de la Faculté. À ce titre, je précise que la région nous a octroyé un don d’1 million de DH pour équiper notre établissement et acheter des livres. En somme, il y a plusieurs pistes d’espoir pour innover en matière de ressources financières qui sont importantes pour le développement et la pérennité de notre Faculté.   NOUS VOULONS ÉLARGIR LES TERRAINS DE STAGE ministre de la Santé. Des enseignants de la Faculté d’Agadir ont également été présents lors de cette visite. Ainsi, cette structure ambitionne de promouvoir un nouveau pôle sanitaire et médical de référence en matière de soins, de formation et de recherche au service du développement régional. Elle vise également à accroître les capacités universitaires régionales. Le nouveau directeur du CHU aura la lourde tâche de suivre les processus de construction mais également de procéder au lancement des marchés concernant l’équipement du CHU et surtout de recruter le personnel. De notre côté, nous accompagnons le déroulement des travaux de cet personnel paramédical. Dans le monde entier et en particulier au Maroc, il y a un manque important de ce côté qui surpasse celui des médecins. Et sans le personnel paramédical, le médecin ne dispose pas des conditions nécessaires pour délivrer une formation adéquate aux étudiants. Ensuite, on retrouve un frein commun à toutes les structures publiques et qui est relatif au budget. Le plus souvent, celui-ci est insuffisant. Pour le cas de notre faculté, le budget est relativement suffisant mais il commence à diminuer au fil des années au vue des charges de maintenance des nouveaux locaux. Il y a aussi les contraintes administratives et les procédures complexes s’agissant des budgets 

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