Cancer du col de l’utérus

Cancer du col de l’utérus 30 mai 2018

Du nouveau dans le diagnostic

Un nouveau test de dépistage du cancer du col de l'utérus est désormais disponible au Maroc. Il s'agit de l'OncoE6™ Cervical Test (« OncoE6 »), un test immunochromatographique à flux latéral qui permet de détecter les oncoprotéines E6 des HPV à haut risque de types 16 et 18, responsables d'environ 80 % des cancers du col de l'utérus à travers le monde.

 

e cancer du col de l'utérus est l'un des cancers les plus fréquents dans le monde et constitue l’une des principales causes de décès par cancer chez la femme. Les statistiques internationales révèlent que cette pathologie touche chaque année près de 525 000 femmes dans le monde. Au Maroc, le cancer du col de l'utérus représente le deuxième cancer le plus fréquent chez la femme après le cancer du sein. Par ailleurs, environ 80 % des décès dus à ce type de cancer surviennent dans des régions à faible et moyen revenu. Pourtant, le cancer du col de l'utérus est l'un des cancers les plus facilement évitables car il évolue sur plusieurs années (généralement plus de 10 années) et se présente initialement sous forme de lésions précancéreuses ou cancer in situ. Lorsqu'il est diagnostiqué et traité précocement, les chances de survie de la femme sont très élevées.

Un test faisable et fiable

Pour jeter la lumière sur cette problématique, la Société panarabe pour la recherche en cancérologie gynécologique (PARSGO) et l’Intergroupe de cancer gynécologique (GCIG) ont organisé un symposium international. Cette manifestation scientifique, qui s'est déroulée à Marrakech du 5 au 7 avril derniers sous le patronage de la Fondation Lalla Salma-Prévention et traitement des cancers, a été l’occasion de présenter une étude dédiée au dépistage du cancer du col de l'utérus dans la région de Tanger. Baptisée « MarocOncoE6 » et menée en collaboration avec la Fondation Lalla Salma, le ministère de la Santé du Royaume du Maroc, le Centre Mohammed VI pour le traitement des cancers, l'hôpital Charité Universitätsmedizin de Berlin, Arbor Vita Corporation et les laboratoires Zenith Pharma, cette étude avait pour but de comparer la méthode basée sur l'inspection visuelle à l'acide ascétique à celle de l'OncoE6™ permettant de détecter l’oncogène du papillomavirus responsable du cancer du col de l'utérus et d’évaluer la faisabilité de l’OncoE6 ™ chez la population cible. L’étude a été menée auprès de 100 patientes originaires de la zone urbaine, 100 femmes de la zone rurale et 20 autres atteintes de cancer du col. « Nous pouvons d'ores et déjà dire que la nouvelle méthode est tout à fait faisable et réalisable sans difficultés. Elle a aussi été acceptée facilement par les femmes qui ont pris part à l'étude », a expliqué le Pr Abdellatif Benider, directeur du Centre Mohammed VI pour le traitement des cancers au CHU Ibn Rochd de Casablanca et membre du comité scientifique de la Fondation Lalla Salma. Selon le Dr Johannes Schweizer, Chief Science Officer chez Arbor Vita Corporation, la société de la Silicon Valley qui a développé le biomarqueur, cette nouvelle solution permettra, à n’en point douter, d’améliorer significativement le diagnostic du cancer du col de l’utérus grâce à sa simplicité d’utilisation et sa fiabilité. « Non seulement ce test permet de détecter le cancer, mais il aide aussi à repérer les femmes qui présentent un haut risque de développer un cancer du col de l’utérus. Il constitue donc une avancée majeure dans la lutte contre ce type de cancer. Par ailleurs, le fait qu’il soit plus spécifique que les autres types de tests permettra d’éviter les couts liés au surtraitement », a-t-il souligné.

L’oncoproteine E6 comme cible

Selon le Pr Omar Sefrioui, président de la Société marocaine de médecine de la reproduction et de médecine fœtale (SMMR), qui a animé un symposium dédié au dépistage du cancer du col de l’utérus dans le cadre du 3e congrès de la SMMR, la spécificité du test est directement liée au type de l’oncoprotéine visée, en l’occurrence l’oncoprotéine E6. « L’oncoprotéine E6 est le premier élément incriminé dans la transformation cancéreuse. Elle interfère avec de nombreuses voies de signalisation cellulaire impliquées dans l’oncogenèse. Etant l’agent carcinogène initial, elle représente le moyen le plus direct en termes de sensibilité et de spécificité pour détecter la transformation cancéreuse », a-t-il affirmé. Il a ajouté que la détection de la protéine E6 responsable du cancer plutôt que la détection de l’infection HPV garantit une diminution des faux positifs et permet l’identification des véritables cancers du col de l’utérus.

Un test facile et fiable

Par rapport à la cytologie PAP, la sensibilité et la spécificité de ce nouveau test sont plus élevées. En outre, cette solution présente l’avantage de ne nécessiter qu’un équipement basique, elle ne requiert pas l’intervention de médecins pathologistes et le résultat s’obtient au bout de deux heures et demi seulement (contre plusieurs semaines pour le test basé sur la cytologie PAP). « Contrairement aux méthodes classiques, notamment la cytologie qui produit des faux positifs dans 20 à 35 % des cas et qui nécessite parfois une résection d’une partie du col pour complément de diagnostic, ce test est à la fois facile et fiable et peut être utilisé dans n’importe quel environnement », a expliqué le Pr Sefrioui. Les preuves de l’intérêt de ce test ont été apportées par de nombreuses études cliniques, notamment l’étude START UP qui a été menée en Chine, entre autres, par la Chinese Academy of Medical Sciences auprès de plusieurs milliers de femmes et l’étude ESTAMPA (en cours) initiée par une équipe du Centre pour la recherche contre les cancers (CIRC) et qui couvre plus de 10 pays en Amérique du Sud. Leurs résultats, publiés dans des journaux internationaux, ont notamment confirmé le haut degré de spécificité du nouveau test (environ 99 %, contre 86 % pour les tests HPV) et le faible taux de positivité par rapport aux tests HPV (ce qui réduit le surtraitement inutile). Dans une étude de suivi sur 10 ans, l’OncoE6™ Cervical Test s'est révélé non seulement capable d'identifier les femmes déjà atteintes d’un pré-cancer ou cancer du col de l'utérus, mais aussi d'identifier les femmes qui semblent être en bonne santé selon les méthodes de dépistage traditionnelles, mais qui, en réalité, présentent un risque élevé de développement du cancer dans les années à venir : dans 53 % des cas, un résultat positif à l’OncoE6™ Cervical Test prédit un pré-cancer de type CIN3 dans un délai de 10 ans.

 

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