Diagnostic de l’hépatite E

Diagnostic de l’hépatite E 04 juillet 2018

De nouveaux tests innovants disponibles

Dans le cadre de la soirée scientifique qui s’est tenue à l’initiative du Syndicat des biologistes médicaux du Grand Casablanca et de l’Association des gastroentérologues privés de Casablanca centre, la Société IM Alliance a organisé un symposium dédié à l’hépatite E.

 

nimé par le Dr Florence Abravanel, virologue-biologiste au CHU de Toulouse et chercheuse à l’Institut national de la santé et de la recherche médicale, le symposium a été marqué par la participation de nombreux gastroentérologues et biologistes marocains et a été l’occasion de jeter la lumière sur l’hépatite E, une pathologie qui était jusqu’à une époque récente mal connue et sous-diagnostiquée.

Une pathologie sous-diagnostiquée

Selon l’OMS, l’hépatite E toucherait chaque année près de 20 millions de personnes dans le monde. En 2015, cette infection a provoqué plus de 44 000 décès, soit 3,3 % de la mortalité due à l’hépatite virale dans le monde. En Europe, l’hépatite E est la cause la plus fréquente de l’hépatite virale, loin devant l’hépatite A ou B. Au Maroc, la prévalence exacte de cette infection est inconnue. Les seuls chiffres disponibles sont issus d’études qui ont été menées dans les années 2000 et qui font état d’une prévalence estimée à 10 %. Une étude récente menée en 2016 auprès de migrants marocains aux Pays-Bas indique même une prévalence de 44 %. Même si ce chiffre ne concerne pas la population générale, il indique que cette infection est répandue. Ces études révèlent en outre que le génotype 1 de l’hépatite E est le plus fréquent au Maroc.Selon IM Alliance, l’absence de données sur cette infection est liée au sous-diagnostic de la maladie. « Les responsables du laboratoire de bactériologie et immuno-sérologie du CHU de Casablanca nous ont confirmé qu’aucune étude sur la population marocaine n’a été menée ces dernières années. Je pense que le temps est venu de conjuguer nos efforts et d’initier une étude, en collaboration avec le CHU de Toulouse, les biologistes et les gastroentérologues marocains, pour que nous puissions disposer de données maroco-marocaines sur cette maladie ».

Des complications extra-hépatiques

Selon le Dr Said El Hafiane, pharmacien biologiste et président du Syndicat des biologistes médicaux du Grand Casablanca, le sous-diagnostic de cette infection au Maroc s’explique notamment par la méconnaissance des professionnels de santé de l’hépatite E et l’absence d’outils de diagnostic efficaces pendant longtemps. « Nous avons connu un vide au niveau du diagnostic de cette infection depuis les années 2000 jusqu’à aujourd’hui. Les données relatives à cette pathologie datent de cette époque et n’ont pas été actualisées depuis », a-t-il expliqué. Pour le Dr Florence Abravanel, ce défaut de connaissance des cliniciens et des biologistes est constaté même dans les pays développés, notamment en France. « Les chiffres relatifs au diagnostic de cette infection datent de 2010, lorsque nous avons eu les bons outils de diagnostic et que les biologistes ont commencé à proposer aux cliniciens de faire le test de l’hépatite E », a-t-elle souligné. Il est extrêmement difficile, voire impossible, de distinguer l’hépatite E des autres types d’hépatites en se basant uniquement sur la clinique. Comme pour l’hépatite A aigüe ou B aigüe, les signes cliniques incluent des nausées, une fièvre, des vomissements, un ictère (même s’il n’est pas toujours présent) et une fatigue. « L’hépatite E peut aussi entrainer des manifestations cliniques extra-hépatiques, notamment des complications neurologiques telles que le syndrome de Parsonage-Turner, le Guillain-Barré et l’encéphalite/myélite, des glomérulonéphrites, des thrombocytopénies et des cryoglobulinémies », a expliqué le Dr Abravanel. Les personnes les plus exposées au risque de l’hépatite E sont les patients immunodéprimés, les personnes présentant une hépatopathie sous-jacente et les femmes enceintes (avec un taux de létalité de 20 à 25 % au dernier trimestre). Selon le Dr Abravanel, cette dernière catégorie présente en outre un risque accru d’insuffisance hépatique aigüe, de pré-éclampsie, d’hémorragie et de fausse couche. Chez les immunodéprimés, le risque de développer une infection chronique concerne les patients transplantés d’organes solides, les patients en hémato-oncologie, les personnes infectées par une infection avec CD4 inférieurs à 200/mm³ et celles sous traitement immunosuppresseur en rhumatologie.

Un arsenal thérapeutique insuffisant

Le traitement des formes bénignes de l’hépatite E est basé sur la symptomatologie. A l’heure actuelle, il n’existe aucun traitement antiviral spécifique contre le virus de l’hépatite E. « Nous avons utilisé de la ribavirine chez les personnes immunodéprimées souffrant des formes chroniques de la maladie. Cette vieille molécule présente l’avantage de ne pas être très onéreuse. Pour les immunocompétents qui souffrent des formes sévères de l’hépatite E, nous ne disposons pas pour l’instant de solutions thérapeutiques efficaces. Nous leur prescrivons de la ribavirine mais sans être certains que ce médicament les aide réellement à éviter les formes fulminantes de l’infection. Par ailleurs, la ribavirine présente l’inconvénient d’être contre-indiquée chez la femme enceinte car considérée comme tératogène », a de nouveau expliqué le Dr Abravanel. Elle a ajouté que des études se sont intéressées au potentiel thérapeutique du sofosbuvir, une molécule utilisée initialement dans le traitement de l’hépatite C, mais leurs résultats ont été décevants. Selon le Dr El Hafiane, l’amélioration de la prise en charge de l’hépatite E au Maroc passe surtout par le renforcement de la formation médicale continue dédiée à l’hépatite E et la sensibilisation des gastroentérologues à l’importance de penser à cette infection devant toute forme d’hépatite aigüe.

Tests sérologiques

Pour les aider, deux tests sérologiques VIDAS® Anti-HEV IgM et VIDAS® Anti-HEV IgG, ont été présentés au cours de ce symposium. Ces solutions de diagnostic de l’hépatite E, développées par bioMérieux, une société française acteur mondial dans le domaine du diagnostic in vitro et pionnière dans la lutte contre les maladies infectieuses depuis plus de 50 ans, ont été évaluées par le Centre national de référence. Selon Astrid Kerangueven, Global Product Manager Infectious Diseases chez bioMérieux, ces tests, simples d’utilisation, offrent des résultats plus rapides et permettent d’intégrer l’hépatite E dans les tests de routine des laboratoires. « Il s’agit des premiers tests automatisés permettant d’obtenir un résultat en 40 minutes seulement, une solution pertinente, avec un principe de « coup par coup » . Ils offrent en outre l’avantage de diagnostiquer les cas urgents avec des IgM résiduels qui sont détectés sur une période assez courte. Cela permet au clinicien d’obtenir des informations importantes pour la prise de décision médicale », a-t-elle indiqué. Ces tests constituent donc une avancée considérable dans le diagnostic des hépatites E et devraient améliorer significativement la prise en charge de cette maladie.

Virus de l’hépatite E

Une transmission principalement par voie féco-orale

Excrété dans les selles des personnes infectées, le virus de l’hépatite E se transmet principalement en buvant de l’eau contaminée. La consommation de viande mal cuite ou de produits dérivés provenant d’animaux infectés, la transfusion de produits sanguins infectés et l'ingestion de crustacés crus sont d’autres voies de transmission possibles du virus. Généralement, l’infection guérit spontanément au bout de 2 à 6 semaines. Toutefois, chez certains patients, elle évolue en insuffisance hépatique aigüe et peut entrainer le décès. Les plus fortes prévalences d’hépatite E sont observées dans les pays en voie de développement situés dans des régions caractérisées par une grande chaleur et dont les systèmes d’assainissement d’eau potable sont insuffisants.

 

 

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