Etat inflammatoire d’origine infectieuse

Etat inflammatoire d’origine infectieuse 10 octobre 2018

Attention à l’Ibuprofène

L’ibuprofène est devenu actuellement la molécule de préférence pour le traitement symptomatique de la fièvre chez l’enfant : « c'est un médicament qui plaît souvent aux parents parce qu'il fait vite baisser la fièvre et il redonne vite du dynamisme à l'enfant » explique un médecin traitant. Il est toutefois nécessaire de s’interroger sur la sécurité de l’utilisation d’un anti-inflammatoire pour le traitement des états fébriles d’origine infectieuse.

 

comme tous les anti-inflammatoires non stéroïdiens, l’ibuprofène inhibe la synthèse des prostaglandines. Cette grande famille de médiateurs chimiques intervient dans plusieurs processus physiologiques : digestifs, cardiaques, rénaux, respiratoires et immunitaires… ce qui explique les risques d’effets indésirables (EI) potentiellement graves que comporte l’usage abusif de ces molécules. A ce risque d’EI pharmacologiques se surajoute le risque de réactions graves d’hypersensibilité aussi bien cutanées que systémiques. Aussi, une revue du profil de sécurité de l’ibuprofène est- elle indispensable pour une meilleure évaluation de la balance bénéfice/risque de l’usage de l’Ibuprofène pour le traitement de la fièvre chez l’enfant.

Principaux EI

Les principaux effets indésirables graves déclarés liés à l’usage de l’Ibuprofène chez l’enfant sont :

l Infections graves des tissus mous : 22 cas d’abcès cutané, de cellulite, de fasciite, de fasciite nécrosante, d’infection cutanée, de nécrose cutanée, de pyodermite et de pyodermite gangréneuse, survenus chez des enfants de moins de 15 ans ont été recensés par la commission de pharmacovigilance de l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) sur une durée de une année.

Sur ces 22 cas, 18 étaient atteints de varicelle. La varicelle peut, exceptionnellement, être à l’origine de graves complications infectieuses de la peau et des tissus mous et quelques publications internationales ne permettent pas d’écarter le rôle favorisant des AINS dans l’aggravation de ces infections. Dans ces conditions, la prise d’AINS doit être évitée en contexte de varicelle. La question qui se pose ici est de savoir comment, en automédication, les parents peuvent-ils reconnaitre une varicelle, surtout au stade initial où les lésions cutanées ne sont pas encore apparues ? En plus de la complication des infections cutanées, des cas de chocs septiques, de pneumonies aggravées et d’infections grippales compliquées ont été également imputés à l’usage de l’ibuprofène. l Effets indésirables digestifs : en 2003, une enquête nationale conduite par l’ANSM a recensé des cas exceptionnels d’hémorragies digestives et d’ulcérations œsophagiennes ou gastriques chez l’enfant de moins de 15 ans, confirmant le risque décrit dans la littérature internationale.

l Effets indésirables rénaux : en 2004, une enquête nationale de pharmacovigilance portant sur les AINS aryl-carboxyliques a recensé des cas exceptionnels d’insuffisance rénale aigüe, qui sont également décrits dans la littérature. La déshydratation (notamment en cas de gastroentérite) et la présence d’un terrain particulier (insuffisance rénale débutante, rein unique) sont des facteurs favorisants. l Effets sur l’hémostase : l’action réversible des AINS sur les plaquettes sanguines entraîne un risque d’allongement du temps de saignement. l Réactions graves d’hypersensibilité : d’exceptionnelles réactions allergiques cutanées, atteintes cutanées sévères (syndrome de Stevens-Johnson, syndrome de Lyell), atteintes hématologiques (anémie hémolytique, neutropénie…) et atteintes hépatiques (cytolyse, cholestase…) ont également été rapportées. Pour le professeur Jean-Marc Tréluyer, pédiatre-réanimateur et pharmacologue à l’APHP « hormis pour des enfants atteints d'une maladie inflammatoire, il faut que les parents prennent l'habitude d'ôter l'ibuprofène de la pharmacie et que l'Agence de sécurité des médicaments intervienne rapidement pour mettre en garde la population ; On ne va pas attendre de nouvelles études pour réagir. De toute façon, comme toujours avec les médicaments, on n'aura jamais la preuve absolue ».

Références

1- Lesko SM. The safety of ibuprofen suspension in children. Int J Clin Pract Suppl, 2003 ; 135 : 50 – 3 2- Zerr DM, Alexander ER, Duchin JS et al.. A case-control study of necrotizing fasciitis during primary varicella. Pediatrics, 1999 ; 103 (4 Pt 1) : 783 - 90. 3- Lesko SM. The safety of ibuprofen suspension in children. Int J Clin Pract Suppl, 2003 ; 135 : 50 - 3 4- Ulinski T, Guigonis V, Dunan O, Bensman A. Acute renal failure after treatment with non-steroidal anti-inflammatory drugs. Eur J Pediatr, 2004 ; 163 : 148-50. 5- Corinne Thébault ; Attention à l'ibuprofène ! Le Parisien : Société ; 09 septembre 2004

 

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