Alimentation et cancer

Alimentation et cancer 07 mai 2020

Démêler le vrai du faux

Il est aujourd'hui établi que la nutrition, lorsqu'elle est associée à une activité physique pratiquée régulièrement, permet de réduire le risque de développer un cancer de 16 à 20 %. La prudence doit toutefois être de mise concernant les « vertus » de certains aliments censés agir sur la maladie.

 

 


Doctinews N°131 Avril  2020

 Par le Dr Narjiss BERRADA

Oncologue médicalcancérologue Vice secrétaire générale de l’Association Marocaine de Formation et de Recherche en Oncologie Médicale, représentante internationale du BGICCChellah Oncology, Rabat

 


L’augmentation croissante du nombre de nouveaux cas de cancers ces dernières années ainsi que les prévisions du GLOBOCCAN pour les années à venir ont mis au devant de la scène l’importance de la prévention des cancers comme moyen de lutte efficace contre ce fléau. La prévention primaire, basée sur l’adoption d’un mode de vie sain, permet de réduire de 40% le risque de développer un cancer. Elle comprend la lutte contre le tabac, l’alcool, l’obésité et la sédentarité. Par ailleurs, il est aujourd'hui établi que la nutrition, associée à l’activité physique régulière, permet de réduire ce risque de 16 à 20%.

DES ALIMENTS « MIRACLES »

Si tous les scientifiques s’accordent pour dire que le retour vers un régime « type méditerranéen» à un rôle protecteur, nous voyons apparaître dans la littérature grand public, les médias classiques et les réseaux sociaux, des régimes et remèdes « anti-cancer » ainsi que des aliments aux vertus « supranaturelles » permettant de prévenir, voire de guérir certains cancers (Tableau 1). Ces remèdes et régimes ne sont basés sur aucun fondement scientifique solide et sont souvent un détournement des données d’études sur des cultures cellulaires et chez la souris. L’engouement pour ces « régimes et remèdes » s’explique par l’angoisse et la peur croissante face à la maladie mais aussi le besoin d’agir pour le combattre. Cette sur-médiatisation autour de ces « aliments miracles » a parfois de lourdes conséquences ; Dénutrition, carences diverses, fonte de la masse musculaire… Ceci est d’autant plus grave lorsqu’ il s’agit d'un enfant en pleine croissance ou de personnes suivies pour des maladies chroniques. En cancérologie, la pratique du jeûne avant les séances de la chimiothérapie et les régimes restrictifs entrainent plus de complications que le traitement lui-même.

IMPORTANCE D'UNE ALIMENTATION ÉQUILIBRÉE

Le médecin traitant à un rôle primordial à jouer dans la lutte contre ce phénomène grandissant du fait de sa meilleure connaissance du profil psycho-social de ses patients. Ce combat comprend la lutte contre l’occidentalisation de notre mode alimentaire. Une alimentation type « fast-food » ainsi que les plats industrialisés et ultratransformés sont très riches en sucres rapides, en sel et en acides gras.

La consommation excessive de viandes rouges et de charcuterie est reconnue comme cancérigène pour l’homme (Tableau 2).

Les médecins traitants ont aussi un rôle dans la prêche d’une alimentation variée et équilibrée assurant les besoins nutritionnels quotidiens. Cette alimentation doit comprendre :

  • l Au moins 1 féculent complet par jour l Au moins 2 fois par semaine des légumes secs
  • l Au moins 400 grammes de fruits et légumes par jour
  • l Privilégier les viandes blanches et le poisson
  • l Ne pas dépasser 500 grammes de viandes rouges et 100 gramme de viande transformée (Charcuterie, Khli3, nuggets,..) par semaine l Réduire la consommation de sucre blanc et farine raffinée
  • l Utiliser de préférence de l’huile d’olive l Maintenir la consommation 

 

de lait et préférer les yaourts et fromages en cas de problème de digestion l Bannir les compléments alimentaires L’objectif de ce type d’alimentation est d’assurer un apport quotidien suffisant en micro et macro- nutriments essentiel au bon fonctionnement de l’organisme et au maintien de l’état du microbiote intestinal dont le rôle dans l’immunité anti-tumorale est scientifiquement prouvé. L’association d’une alimentation équilibrée avec une activité physique régulière permet de lutter contre l’obésité, responsable de 5,4% des cancers, et d'autres pathologies chroniques (maladies cardio-vasculaires, diabète,..).

Le message à véhiculer est qu'il n'existe pas de remède ou aliment miracle contre le cancer mais c’est l’ensemble des comportements de l’individu (alimentation équilibrée, activité physique, lutte contre l’obésité, arrêt du tabac,..) qui permettent de lutter efficacement contre le mal de notre siècle.

 

RÉFÉRENCES

1- https://gco.iarc.fr

2- World cancer research fund (WCRF), American institute for cancer research (AICR). Food, nutrition, physical activity, and the prevention of cancer : a global perspective. Continuous Update Project Expert Report 2018.

3- Soler M, Ducrot P, Lamore K, Latino-Martel P, Serry AJ, Foucaud J. Baromètre cancer 2015. Nutrition et cancer. Perception des risques et des facteurs protecteurs. Institut national du cancer. Santé publique France. Ed. Saint-Maurice: Santé publique France, 2019. 22 p.

4- Santé publique France. Recommandations sur l’alimentation, l’activité physique et la sédentarité pour les adultes. 2019. 5- //www6.inra.fr/nacre/Le-reseau-NACRe/Publications/ Rapport-NACRe-jeune-regimes-restrictifs-cancer-2017

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