Micronutrition

Micronutrition 03 septembre 2020

 UNE DISCIPLINE EN PLEIN ESSOR

 La micronutrition est une discipline en plein essor. Son but est de « corriger » les carences en micronutriments, de prévenir les maladies liées aux déficiences en micronutriments, à une alimentation déséquilibrée et à une mauvaise hygiène de vie.

Doctinews N°134 juillet août 2020


 Avec la collaboration du Dr Karim OUALI

Médecin nutritionniste, phytothérapeute et homéopathe


 Les micronutriments jouent un rôle essentiel dans le bon fonctionnement de l’organisme. Les carences en ces nutriments vitaux peuvent être à l’origine de nombreux problèmes de santé, d’où l’importance d’une alimentation variée, équilibrée et suffisamment riche en ces nutriments. Ils regroupent les vitamines, les minéraux, les antioxydants, les acides aminés, les acides gras essentiels et les pré et probiotiques. Même s’ils sont dépourvus de valeur énergétique, ils jouent un rôle de premier plan dans la prévention et la gestion de certaines maladies non transmissibles liées à une alimentation déséquilibrée

UN PROBLÈME DE SANTÉ PUBLIQUE

Les carences en micronutriments sont très fréquentes. Selon l’OMS, plus de 2 milliards de personnes dans le monde souffrent de ce problème de santé. Au Maroc, des enquêtes menées par le ministère de la Santé ont révélé que 10 % des femmes en âge de procréer et 40,9 % des enfants âgés entre 6 et 72 mois souffrent d’une carence en vitamine A (3,2 % ont une carence sévère). Elles ont également montré que 63% des enfants âgés de 6 à 12 ans ont une carence en iode (dont 22% présentent un goitre) et 2,5 % des enfants de moins de 2 ans présentent un rachitisme radiologique qui serait lié à un déficit en vitamine D. Une autre étude réalisée par la Société Marocaine de Nutrition a révélé que les personnes obèses présentent très souvent des carences importantes en micronutriments. Par ailleurs, les  carences en micronutriments ont un impact économique très lourd. A titre d’exemple, selon un rapport de la Banque Mondiale datant de 2009, la carence en fer au Maroc engendre un coût de 2 milliards de dirhams par an. Une autre étude menée par le cabinet McKinsey a révélé que l’obésité (due notamment à des carences en micronutriments) engendre un cout annuel de 24 milliards de dh. Plus globalement, les coûts de santé et la perte de productivité liés aux carences en micronutriments au Maroc représentent 5% du Produit Intérieur Brut ! Ces chiffres éloquents montrent que les carences en micronutriments constituent un vrai problème de santé publique.

UN CHAMP D’APPLICATION TRÈS

LARGE Discipline récente, datant des années 1990, la micronutrition a pour objectif d’aider l’organisme à combler les carences nutritionnelles qui peuvent favoriser l’apparition de nombreuses maladies. Son champ d’application est très vaste et comprend les troubles digestifs (assimilation des aliments, confort et transit digestif, allergies, intolérances, problèmes de perméabilité intestinale), la prévention et le traitement du surpoids et de ses complications cardiométaboliques, les troubles de l’humeur et du sommeil, les troubles du comportement alimentaire, le sevrage tabagique, la lutte contre le vieillissement et les maladies dégénératives, les performances sportives (surtout en matière de récupération physique), la prévention des maladies cardio-vasculaires, du syndrome métabolique et de l’ostéoporose. Ces indications très larges s’appuient sur les résultats de travaux scientifiques qui ont été menées dans plusieurs pays et qui ont permis de révéler les bienfaits des micronutriments. Par ailleurs, la micronutrition s’inscrit aujourd’hui dans une médecine dite « intégrative » qui permet à la fois de prévenir la survenue des maladies que peuvent engendrer les déficiences en micronutriments et d’optimiser la prise en charge des patients souffrant de certaines maladies, notamment chroniques, en renforçant leur capacité à lutter contre leur maladie par le biais des micronutriments.

PERSONNALISER LA PRISE EN CHARGE

Pour qu’elle puisse atteindre ses objectifs, l’approche micronutritionnelle doit être personnalisée et tenir compte, notamment, du profil de chaque patient et de ses antécédents médicaux. Lors de la première consultation, le nutritionniste essaie d’établir un bilan nutritionnel du patient en évaluant différents paramètres tels que la taille, le poids, les habitudes alimentaires, le mode de vie… Il a aussi recours à des bilans sanguins et tests d’urine pour connaitre, entre autres, les carences du patient en matière de micronutriments (vitamines, oligoéléments, acides aminés…) et les indicateurs de stress oxydant. Lorsque les déficits et les besoins sont clairement identifiés, le nutritionniste fournit au patient les clés d’une alimentation équilibrée qui pourra l’aider à prévenir les maladies liées aux carences en micronutriments ou optimiser la prise en charge de d’autres types de maladies. Mais aussi riche et variée soit-elle, l’alimentation à elle seule ne permet pas toujours de combler les carences en micronutriments. A titre d’exemple, pour atteindre une dose de 300 mg de magnésium, une personne doit consommer 6 tablettes de chocolat noir ou 500 gr d’épinard ou 250 g de flocon d’avoine ou 5 sardines ! Heureusement, grâce à la supplémentation, il est aujourd’hui possible de « traiter » plus facilement les carences en micronutriments en fournissant à l’organisme les quantités de micronutriments dont il a besoin. La durée de la cure et les doses doivent être définies par le nutritionniste sur la base des résultats de l’évaluation de l’état nutritionnel du patient. Ainsi, les bienfaits de la micronutrition sont réels, surtout lorsqu’elle est associée à d’autres approches médicales dites « préventives ». Eu égard aux nombreuses études scientifiques qui, chaque jour, révèlent les pouvoirs étonnants des micronutriments, nul doute que le champ d’application de la micronutrition s’élargira davantage dans les prochaines années au fil des découvertes scientifiques. 

 

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