COMMUNICATION THÉRAPEUTIQUE

COMMUNICATION THÉRAPEUTIQUE 01 octobre 2020

SOIGNER SA COMMUNICATION POUR MIEUX SOIGNER SES PATIENTS

La communication thérapeutique oriente le patient vers une position d’acteur et de gestionnaire de sa santé. Elle permet d'humaniser la relation soignantsoigné en réintroduisant des mots, de la parole, de l’écoute et du lien et possède des vertus anxiolytiques et antalgiques, indépendamment de tout apport pharmacologique.

  Doctinews N°135 SEPTEMBRE  2020

Par le Dr Myriam BELGHAZI NCIRI

Médecin hypnothérapeute, Présidente fondatrice de l’Association marocaine d’hypnose clinique (AMHYC)


 Une bonne communication est un art complexe, alliant la capacité du médecin à s’exprimer clairement à celle du patient d’interpréter correctement les paroles prononcées, pour éviter tout malentendu ou quiproquo. La parole du médecin a le pouvoir d’influencer la perception de la maladie, et les mots qu’il utilise peuvent être les médicaments les plus efficaces donnant espoir, confiance et réconfort. Chacun de ses gestes et des mots qu’il prononce à l’annonce d’un diagnostic ou d’un pronostic grave a un effet puissant sur le malade et sur ses proches. S’il s’en acquitte mal, le patient et ses parents ne lui pardonneront jamais …s’il réussit, ils se souviendront de lui pour toujours (1). Depuis la 2ème moitié du XXe siècle, la relation médecinmalade a subi de profonds changements ; le modèle paternaliste qui prévalait depuis Hippocrate a été remplacé par un modèle plus égalitaire qui a valorisé l’autonomie du patient devenu partenaire de soin. L’arrivée de l’intelligence artificielle a accéléré ce phénomène obligeant les médecins à s’investir dans une relation plus humaine avec une meilleure écoute des émotions, des besoins et des croyances de leurs patients.

UNE COMMUNICATION PERSONNALISÉE

La communication thérapeutique permet d’arrêter de soigner des maladies pour enfin soigner des personnes. Milton Erickson (1901- 1980), psychiatre américain proche de ses patients et de leur vécu quotidien et grand maître de l’hypnose thérapeutique, a montré la nécessité d’une communication sur mesure, personnalisée en fonction des besoins et des capacités de chacun (2). Cette communication utilise des techniques d’hypnose et oriente le patient vers une position d’acteur et de gestionnaire de sa santé. Elle vise d'abord à ne pas nuire « Primum non nocere » et humanise la relation patient/soignant en réintroduisant des mots, de la parole, de l’écoute et du lien. Elle possède des vertus anxiolytiques et antalgiques, indépendamment de tout apport pharmacologique. Il s’agit d’une communication soignée et donc soignante loin du paternalisme «soi niant». En favorisant l’émergence d’un état d’hypnose spontanée, elle agit aussi sur la réduction du stress des soignants. (3)

LE POIDS DES MOTS

Les mots prononcés par le médecin sont d’une importance capitale pour le malade et pour ses proches. Certains médecins ignorent trop souvent l'effet nocebo de leurs paroles qui peuvent s'avérer destructrices pour la santé de leurs patients. A 17 ans, Milton Erickson alité, entièrement paralysé par la poliomyélite et fébrile, observe les médecins venus à son chevet, l’air grave, faire signe à sa mère inquiète de sortir de la chambre et de les suivre sur le palier. Milton les entend déclarer : « Madame, votre fils ne passera pas la nuit ». Révolté par leur grossièreté et leur manque d’humanité vis-à-vis de sa mère angoissée, Milton Erickson qui, contrairement à leur pronostic, atteindra l’âge de 80 ans, fera preuve toute sa vie de tact, de discrétion et de bienveillance, aux antipodes de l’attitude impardonnable des médecins venus chez lui. (2)

CHAQUE MOT COMPTE

En se formant à l’hypnose, outil thérapeutique de plus en plus en vogue, les médecins apprennent à choisir leurs mots et leurs postures afin d’induire un changement bénéfique pour le patient. Le choix des mots est capital, non pas qu’ils changent la maladie mais parce qu’ils peuvent modifier sa perception par le patient contribuant ainsi au processus thérapeutique.

 Des mots et des expressions à bannir

On peut citer ici quelques exemples rapportés par les malades :« On ne peut plus rien faire pour vous !», déclaration d’abandon inacceptable de la part d’un médecin qui peut toujours faire quelque chose. « Il fallait y penser plus tôt et arrêter de fumer », propos culpabilisants face à un fumeur atteint d’un cancer du poumon. « C’est un petit cancer !»: Quel peut être le ressenti d’un patient après une telle déclaration , d’autant qu’il va devoir subir des traitements souvent lourds pour guérir «son petit cancer» ? « Ce n’est rien mais nous allons quand même faire une surveillance régulière », affirmation paradoxale particulièrement inquiétante. « Nous allons essayer ce traitement », déclaration qui inclut un risque d’échec ; il est préférable de suggérer quelque chose de positif : « Je vous prescris ce traitement efficace qui donne de très bons résultats dans votre indication ».

 L’utilisation de mots positifs réduit l’incidence de la douleur

Les mots qui focalisent le patient sur la douleur peuvent le conduire à interpréter certaines sensations comme de la douleur et les études cliniques (4) montrent que la douleur post-opératoire est significativement plus fréquente quand on pose la question « Avez-vous mal ?» que quand on pose la question « Comment vous sentez vous ?» ou « Etes-vous suffisamment confortable ?» (54,3% vs 24,1%). De la même manière, il est important de projeter le malade positivement au delà de ce qui lui fait peur, en choisissant d’utiliser des mots et des expressions plus positives. Ainsi, au lieu de dire : « Attention, je vais vous piquer », on peut dire « Je vais poser une perfusion pour vous soulager » ou chez un patient qui a peur des aiguilles, il est préférable de détourner son attention en disant : « Une partie de vous reste là avec moi pour vos soins, pendant qu’une autre partie de vous peut penser aux vacances …. Tiens, vous rappelez- vous de votre dernière destination de vacances ?» 

Certains mots ou expressions sont bien plus rassurants que d’autres

On peut remplacer « Ne vous inquiétez pas, ça ne fait pas mal» par » « Soyez rassuré , tout va bien se passer ». Aussi, au lieu de dire à un enfant : « Je vais décoller ton pansement, ne t’inquiète pas, ça ne fait pas mal » qui suggère quelque chose de douloureux, il est préférable de le projeter dans un futur proche agréable avec par exemple une phrase du type « A quoi vas-tu jouer dès que nous aurons fait un beau pansement tout neuf ? ».

Notre langage quotidien est parsemé d’expressions négatives

Ces expressions imposent le contraire de ce que l’on cherche. Si l’intention est bonne, le résultat peut être mauvais du fait de la très grande suggestibilité des patients. La communication hypnotique nous apprend à éviter les suggestions négatives et à les remplacer par des suggestions positives. Par exemple, on ne dira plus à une femme en salle de travail : « Vous n’êtes qu’à 6 cm de dilatation » mais « Bravo, vous êtes déjà à 6 cm de dilatation » ou « Prenez vos comprimés avant les repas » plutôt que « Ne prenez pas vos comprimés pendant les repas ». Ainsi, tous les mots qui suggèrent l’inconfort, la douleur ou l’insécurité (problèmes, risques, soucis, douleur, nul, dernier, sombrer, abandonner, froid, mal, piquer, tranchant, couper, potence, électrodes …) doivent être évités. Il faut les remplacer à chaque fois que possible par des mots qui apaisent et suggèrent le mieux-être (confort, chaleur, calme, énergie, confiance, tonique, détente, sécurité …).

CHAQUE GESTE COMPTE

Dans une communication interpersonnelle, le message est transmis seulement par 7% des mots, 38% par le ton de la voix et 55% à travers le langage du corps (5). Le non verbal, c'est-à-dire les attitudes, les expressions, les gestes et l’intonation de la voix, signe la qualité de nos échanges. Il est directement lié à ce qu’on pense et à ce qu’on ressent et signe l’authenticité de nos propos. Le langage non verbal involontaire et inconscient ne peut être totalement simulé. Plus le jargon médical est technique et complexe, plus le malade essaye de l’interpréter. Sachant cela, les médecins peuvent apprendre, non pas à contrôler leur langage non verbal mais à mieux gérer leurs émotions grâce à l’apprentissage de différentes techniques d’optimisation du potentiel telles que l’hypnose, la méditation ou la visualisation active. En guise de conclusion, nous pouvons dire qu’il est important de soigner sa communication pour mieux soigner ses patients. L’apprentissage de techniques simples issues de l’hypnose permet de

construire une démarche thérapeutique favorisant la réussite d’un traitement. 

BIBLIOGRAPHIE

1- Robert Buckman - S'asseoir pour parler : L'art de communiquer de mauvaises nouvelles aux malades. 2- Dr Dominique Megglé - Erickson, hypnose et psychothérapie. 3- Olivier Bertholet, Maryse Davadant, Mette M Berger, Ioan Cromec- L’hypnose intégrée aux soins de patients brûlés : impact sur le niveau de stress de l’équipe soignante Rev Med Suisse 2013; volume 9. 1646-1649. 4- Chooi CS1, Nerlekar R, Raju A, Cyna AM. The effects of positive or negative words when assessing postoperative pain. Anaesth Intensive Care. 2011 Jan;39(1):101-6. 5- Antoine Bioy, Thierry Servillat - Construire la communication thérapeutique avec l'hypnose -Dunod.

 

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